Le Japon prépare une deuxième capitale. Depuis le 30 octobre 2026, une loi permet à l’État de désigner une ou plusieurs « capitales secondaires » (副首都, fukushuto) capables de prendre le relais de Tokyo si la capitale était paralysée par une catastrophe. Quatre départements remplissent aujourd’hui les critères : Hokkaidō (Sapporo), Aichi (Nagoya), Osaka et Fukuoka. Voici, point par point, ce que prévoit ce projet qui veut changer « la forme du pays ».
Ce qu’il faut retenir, au 31 octobre 2026 :
- La loi a été adoptée le 24 juillet 2026 et est entrée en vigueur le 30 octobre 2026.
- Le but : doubler les fonctions de Tokyo en cas de séisme majeur et réduire la concentration du pays sur sa capitale.
- Les candidats : Hokkaidō, Aichi, Osaka et Fukuoka, les seuls à remplir les critères fixés le 27 octobre 2026.
- La suite : un calendrier de désignation attendu en novembre 2026, puis une politique de base d’ici octobre 2027.
Qu’est-ce que la « capitale secondaire » ?
Le mot japonais fukushuto (副首都) se traduit par « capitale secondaire » ou « vice-capitale ». Il ne s’agit pas de déménager le gouvernement : Tokyo reste la capitale, avec la Diète, le Premier ministre et les ministères. La capitale secondaire est une ville qui doit pouvoir assurer les fonctions essentielles de l’État si Tokyo était hors d’usage, et, en temps normal, servir de deuxième pôle économique et administratif.
Fait étonnant : aucune loi japonaise ne définit officiellement la « capitale ». Tokyo l’est de fait depuis 1868, quand l’empereur a quitté Kyōto (voir notre carte du Japon et de ses 47 préfectures). C’est l’une des raisons pour lesquelles le texte parle de « fonctions centrales » à doubler plutôt que de capitale au sens strict.
Pourquoi le Japon veut une deuxième capitale
Le projet poursuit deux objectifs, rappelés par le ministre chargé du dossier, Hisayuki Fujii, le 30 octobre 2026 : sécuriser l’État face aux catastrophes et corriger ce que les Japonais appellent le Tōkyō ikkyoku shūchū (東京一極集中), la concentration de tout le pays sur Tokyo. Il parle d’une « réforme qui change la forme du pays ».
Le risque d’un séisme sous Tokyo
Le gouvernement estime à environ 70 % la probabilité d’un séisme majeur sous la région de Tokyo dans les 30 prochaines années. Selon les dernières estimations du Conseil central de prévention des catastrophes, il pourrait faire jusqu’à environ 18 000 morts et 83 000 milliards de yens de dégâts. Le pays a aussi en mémoire le grand séisme du Kantō de 1923, qui avait détruit une grande partie de Tokyo et de Yokohama (voir notre guide des tremblements de terre au Japon). Une éruption du mont Fuji, dont les cendres pourraient paralyser la capitale, fait aussi partie des scénarios pris en compte.
Or, aujourd’hui, presque tout est à Tokyo : la Diète, les ministères, la Banque du Japon, les sièges des grandes entreprises et la Bourse. Si la ville était paralysée plusieurs semaines, c’est tout l’État qui risquerait de l’être.
Un pays trop centré sur sa capitale
La région de Tokyo concentre environ trois Japonais sur dix et une part encore plus grande de l’activité économique, pendant que les régions se vident. La capitale secondaire doit créer un deuxième grand pôle, avec des avantages pour attirer administrations et entreprises.
La loi de 2026 : ce qu’elle prévoit
Le texte est l’une des promesses phares du Parti de l’innovation du Japon (Nippon Ishin no Kai), le parti né à Osaka, inscrite dans l’accord de coalition qu’il a signé avec le Parti libéral-démocrate de Sanae Takaichi en octobre 2025. Après une prolongation de la session parlementaire, il a été adopté le 24 juillet 2026 par la Chambre des conseillers, de justesse : 123 voix contre 121.
La loi est entrée en vigueur le 30 octobre 2026. Le même jour, le gouvernement a créé un bureau de promotion de la capitale secondaire, présidé par la Première ministre Sanae Takaichi, avec Hisayuki Fujii, ministre de l’Intérieur, comme ministre chargé du dossier. Une ville désignée pourra bénéficier d’assouplissements de la réglementation et d’avantages fiscaux pour accueillir des fonctions de l’État et des entreprises.
Les critères pour devenir capitale secondaire
Le décret adopté en Conseil des ministres le 27 octobre 2026 fixe des conditions précises. Un département (préfecture) doit réunir :
- Une grande ville : une commune qui compte au moins 1,2 % de la population du Japon, soit environ 1,5 million d’habitants.
- Un poids économique : un produit intérieur du département égal à au moins 2,1 % du PIB japonais.
- Un faible risque d’être touché en même temps que Tokyo : être hors de la zone d’urgence du séisme sous la capitale et hors de la zone d’alerte volcanique du mont Fuji.
- Une organisation locale adaptée : soit transformer la grande ville en « arrondissements spéciaux », comme à Tokyo, soit signer un accord de coopération entre la ville et le département et créer un service commun dédié au projet.
Les départements qui remplissent ces conditions pourront tous être désignés : il peut donc y avoir plusieurs capitales secondaires.
Osaka, Nagoya, Sapporo, Fukuoka : les candidates
Au 31 octobre 2026, quatre départements remplissent les critères chiffrés. Aucun n’est encore désigné.
| Département | Grande ville | Où en est la candidature |
|---|---|---|
| Osaka | Osaka | La plus avancée : service commun ville-département depuis 2016, projet de bâtiment administratif pour l’État |
| Aichi | Nagoya | Candidate dix minutes après le vote de la loi ; équipe dédiée mise en place au 1er novembre 2026 |
| Hokkaidō | Sapporo | Conseil de promotion lancé le 15 octobre 2026 avec Sapporo |
| Fukuoka | Fukuoka et Kitakyūshū | Comité de liaison avec les deux grandes villes du département |
Osaka, la candidate naturelle

L’idée de capitale secondaire vient d’Osaka, qui en parle depuis plus de dix ans. Le département et la ville ont créé dès 2016 un service commun, le « bureau de promotion de la capitale secondaire », et ont lancé en juin 2026 une équipe pour préparer le projet. Ils prévoient de construire près du siège du département un bâtiment administratif pour la capitale secondaire, pensé pour accueillir les antennes de l’État chargées de la gestion des catastrophes.
Osaka veut aller plus loin que l’accord de coopération : son gouverneur, Hirofumi Yoshimura, souhaite transformer la ville en arrondissements spéciaux, c’est le fameux « projet de métropole d’Osaka » (大阪都構想). Les habitants l’ont déjà rejeté deux fois par référendum, en 2015 et en 2020. Une troisième consultation est envisagée au printemps 2027, en même temps que les élections locales.
Nagoya, Sapporo et Fukuoka



Aichi, Hokkaidō et Fukuoka misent sur la voie la plus simple, l’accord de coopération entre le département et sa grande ville, qui évite de redécouper les communes. Les trois départements disent toutefois manquer de détails sur la taille du service commun à créer, le personnel et le budget. Le maire de Kitakyūshū, Kazuhisa Takeuchi, a salué « un pas historique pour changer la structure du pays ».
Les recalées
Hiroshima, candidate déclarée, ne remplit pas une partie des critères chiffrés : sa gouverneure Mika Yokota a parlé d’un chiffre « à un pas » du seuil. Gunma et Saitama, proches de Tokyo, ont aussi demandé sans succès que la proximité avec la capitale compte, en faisant valoir qu’elle permettrait de réagir plus vite.
Les critiques du projet
Le projet divise. Ses opposants, à commencer par le Parti démocrate constitutionnel, y voient une loi « faite pour Osaka » : les critères semblent taillés pour la ville du parti qui l’a porté.
Autre critique : les critères tiennent compte du séisme sous Tokyo et du mont Fuji, mais pas du méga-séisme de la fosse de Nankai, que les autorités jugent le plus meurtrier possible (jusqu’à environ 298 000 morts et 292 000 milliards de yens de dégâts selon l’estimation de 2025). Or ce séisme pourrait frapper à la fois Nagoya, Osaka et la côte pacifique, c’est-à-dire deux des quatre candidates. Dans l’histoire, des séismes de Nankai et une éruption du Fuji se sont déjà succédé, comme en 1707.
Enfin, le texte ne précise pas encore quelles fonctions de l’État iraient où. L’opinion reste partagée : en août 2026, 44 % des personnes interrogées par l’agence Jiji jugeaient positivement la loi, et environ la moitié dans le Kansai.
Le calendrier : ce qui va se passer
- Novembre 2026 : le gouvernement publie sa « conception de base » de la désignation et le calendrier.
- Printemps 2027 : un possible troisième référendum sur la métropole d’Osaka.
- D’ici octobre 2027 : une politique de base sur les fonctions de la capitale secondaire, après avoir entendu les collectivités et des experts.
- Ensuite : la désignation des départements qui auront mis en place l’organisation demandée.
Un vieux rêve : déplacer la capitale
Ce n’est pas la première fois que le Japon cherche à soulager Tokyo. En 1990, la Diète a voté une résolution pour déplacer le Parlement et les ministères hors de la capitale, suivie d’une loi en 1992. En 1999, un conseil d’experts avait même retenu deux zones candidates, « Tochigi-Fukushima » et « Gifu-Aichi ». L’idée a ensuite été abandonnée, faute de budget et de consensus.
La capitale secondaire est une version plus modeste de ce projet : au lieu de déménager l’État, on lui prépare un « plan B ». Le Japon a d’ailleurs connu bien des capitales au cours de son histoire, de Nara à Kyōto, jusqu’à Tokyo, comme on le rappelle dans notre article sur la structure de l’État japonais.
Questions fréquentes
Le Japon va-t-il changer de capitale ?
Non. Tokyo reste la capitale. La capitale secondaire doit seulement pouvoir prendre le relais de certaines fonctions de l’État en cas de catastrophe, et servir de deuxième pôle en temps normal.
Quelle ville sera la deuxième capitale du Japon ?
Rien n’est décidé au 31 octobre 2026. Quatre départements remplissent les critères : Osaka, Aichi (Nagoya), Hokkaidō (Sapporo) et Fukuoka. Il pourra y avoir plusieurs capitales secondaires.
Quand la capitale secondaire sera-t-elle désignée ?
Le gouvernement doit publier son calendrier en novembre 2026 et adopter une politique de base d’ici octobre 2027. Les désignations viendront ensuite, une fois l’organisation locale mise en place.
Pourquoi pas Kyōto, l’ancienne capitale ?
Kyōto ne remplit pas le critère de population : aucune ville du département n’atteint environ 1,5 million d’habitants. Le département de Kyōto n’a d’ailleurs pas fait partie des candidats retenus.
Qu’est-ce que le « projet de métropole d’Osaka » ?
C’est le projet de transformer la ville d’Osaka en arrondissements spéciaux, sur le modèle des 23 arrondissements de Tokyo. Rejeté par référendum en 2015 et 2020, il pourrait être soumis une troisième fois aux habitants en 2027.
Sources
- NHK : les critères de désignation (27 octobre 2026)
- NHK : entrée en vigueur de la loi (30 octobre 2026)
- Yomiuri Shimbun : les quatre départements qui remplissent les critères (27 octobre 2026)
- Yomiuri Shimbun : critères chiffrés, avantages et calendrier (30 octobre 2026)
- Nikkei : création du bureau de promotion (30 octobre 2026)
- Sankei Shimbun : risques de catastrophe et débats (27 octobre 2026)
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