Pourquoi les Japonais roulent à gauche ? Histoire et origines

Voitures circulant sur la voie de gauche de la route nationale 6 à Katsushika, Tokyo
Route nationale 6 à Yotsugi (Katsushika, Tokyo), 2019. Photo : LERK, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

Au Japon, les voitures roulent à gauche et le volant est à droite, comme au Royaume-Uni. Mais pourquoi les Japonais roulent-ils à gauche ? Ce choix n’a rien d’un hasard. Il s’est construit en plusieurs étapes : une vieille habitude de l’époque d’Edo, les premiers chemins de fer bâtis avec des ingénieurs britanniques, puis des règlements de police qui l’ont rendu obligatoire, d’abord à Tokyo, puis dans tout le pays. Et pendant plus de trente ans, une partie du Japon a même roulé à droite : Okinawa. Voici l’histoire complète, et ce qu’elle change pour vous si vous voyagez sur place.

Sommaire

Pourquoi les Japonais roulent à gauche : la réponse courte

Les Japonais roulent à gauche pour trois raisons qui se sont additionnées :

  • Une habitude ancienne : bien avant l’automobile, on se croisait déjà par la gauche sur les routes japonaises. L’explication la plus connue fait intervenir le sabre des samouraïs, mais elle n’est pas prouvée.
  • Le modèle britannique : le premier chemin de fer du pays, inauguré en 1872 entre Shinbashi et Yokohama, a été construit avec des ingénieurs britanniques, et les trains y circulaient à gauche, comme en Grande-Bretagne.
  • La loi : la police de Tokyo impose la gauche aux véhicules en 1900, puis le ministère de l’Intérieur l’étend à tout le pays en 1920. Le code de la route actuel, de 1960, l’a conservée.

Depuis 1949, les règles distinguent toutefois les piétons et les véhicules : « les personnes à droite, les voitures à gauche » (hito wa migi, kuruma wa hidari).

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Avant l’automobile : une habitude de l’époque d’Edo

Sous les Tokugawa (1603-1868), on circule à pied, à cheval, en palanquin ou avec des charrettes à bras. Aucune loi nationale ne fixe alors le côté de la route. Une tradition très répandue veut pourtant que l’on se soit déjà croisé par la gauche.

La théorie du sabre des samouraïs

C’est l’explication la plus souvent avancée. Les samouraïs portaient leurs deux sabres au côté gauche, glissés dans la ceinture, la poignée vers l’avant. En marchant à gauche, deux guerriers qui se croisaient évitaient que leurs fourreaux s’entrechoquent. Ce heurt, appelé saya-ate (鞘当て, « choc des fourreaux »), passait pour une offense et pouvait dégénérer en duel. Le mot est d’ailleurs resté dans la langue japonaise pour désigner une querelle provoquée par un rien.

L’idée est séduisante, mais il faut la prendre avec prudence : aucun texte de l’époque n’impose ce sens de marche, et la presse spécialisée japonaise la classe parmi les explications populaires non vérifiées. Elle explique peut-être une habitude ; elle ne suffit pas à expliquer la règle actuelle, qui date de l’ère Meiji.

1872 : les premiers trains roulent à gauche, à la britannique

Après la restauration de Meiji (1868), le Japon se modernise à marche forcée et fait appel à des experts étrangers. Pour son premier chemin de fer, le gouvernement engage l’ingénieur britannique Edmund Morel. Les travaux commencent en 1870, et la ligne Shinbashi–Yokohama est inaugurée le 14 octobre 1872, après une ouverture partielle entre Shinagawa et Yokohama en juin de la même année.

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Conçue selon les normes britanniques, la ligne en reprend aussi le sens de circulation : à gauche. Le réseau ferroviaire japonais s’est ensuite développé sur ce modèle, et les trains roulent toujours à gauche aujourd’hui, y compris le Shinkansen.

Estampe d'Hiroshige III montrant un train à vapeur longeant le littoral de Yokohama en 1874
Le train à vapeur sur le littoral de Yokohama, estampe d’Utagawa Hiroshige III (1874). Domaine public, via Wikimedia Commons.

On lit parfois que le Japon roule à gauche « parce que les Anglais l’ont imposé ». C’est inexact : le Japon n’a jamais été une colonie britannique, et le gouvernement de Meiji tenait à garder la maîtrise de ses chemins de fer. Il a emprunté une technique, et le sens de circulation est venu avec.

1881-1920 : la gauche devient la loi

Avec les pousse-pousse (jinrikisha), les tramways et les premières voitures, il faut des règles. Elles arrivent en plusieurs étapes :

Année Texte Ce qu’il prévoit
1881 Règles de la préfecture de police de Tokyo (Keishichō) Les pousse-pousse qui se croisent doivent s’écarter par la gauche.
1900 Règlement sur la police des routes (dōro torishimari kisoku), Tokyo Les véhicules et les bêtes de somme circulent du côté gauche de la chaussée.
1920 Ordonnance sur la police des routes (dōro torishimari rei), ministère de l’Intérieur La circulation à gauche des piétons et des véhicules s’applique dans tout le Japon.
1947 Loi sur la police de la circulation routière (dōro kōtsū torishimari hō) Premier grand texte d’après-guerre sur la sécurité routière.
1949 Révision de la loi de 1947 Les piétons passent à droite, les véhicules restent à gauche.
1960 Code de la route actuel (dōro kōtsū hō) Les véhicules doivent circuler à gauche du centre de la chaussée.

L’ordonnance de 1920 est le vrai tournant : à partir de là, rouler à gauche n’est plus une habitude ni une règle locale, mais une obligation nationale. Quand l’automobile se répand dans les années 1920 et 1930, le pays est déjà organisé autour de ce sens de circulation, et les véhicules importés ou fabriqués sur place ont leur volant à droite.

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Pourquoi l’occupation américaine n’a pas tout changé

Après 1945, le Japon est placé sous occupation américaine. Les États-Unis roulent à droite, et le quartier général des forces alliées (GHQ) envisage d’aligner le Japon sur ce modèle pour faciliter les déplacements de ses propres véhicules.

Selon l’explication la plus répandue, le projet est abandonné pour une raison très concrète : les bus. Une grande partie des bus d’avant-guerre est encore en service, avec des portes du côté gauche. Passer à droite aurait obligé à faire descendre les voyageurs au milieu de la chaussée, ou à racheter ou modifier tout le parc, ce dont un pays ruiné par la guerre n’avait pas les moyens.

L’occupation laisse pourtant une trace : la révision de 1949. Faute de trottoirs sur beaucoup de routes, les piétons qui marchaient à gauche avaient les voitures dans le dos. La loi adopte alors la circulation « face à face » (taimen kōtsū) : les piétons marchent à droite, pour voir arriver les véhicules. C’est la règle encore en vigueur.

Okinawa, l’exception : 33 ans de circulation à droite

Une partie du Japon a bel et bien roulé à droite : Okinawa. Restée sous administration américaine après la guerre, l’île adopte la circulation à droite en 1945 et la garde jusqu’en 1978, soit six ans après son retour au Japon, le 15 mai 1972.

Carrefour de Koza à Okinawa dans les années 1950, à l'époque de la circulation à droite
Le carrefour de Koza (Okinawa) vers 1955, sous administration américaine. Auteur inconnu, domaine public, via Wikimedia Commons.

Après la rétrocession, le Japon doit unifier ses règles. La Convention de Genève de 1949 sur la circulation routière, à laquelle il est partie depuis 1964, prévoit qu’un même pays applique un seul sens de circulation. Le gouvernement fixe le changement au 30 juillet 1978 : c’est l’opération « 730 » (nana-san-maru), d’après la date.

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L’opération est préparée pendant des années :

  • Le 29 juillet à 22 heures, la circulation est interdite pendant huit heures, le temps de basculer les panneaux, les feux et les marquages au sol.
  • À 6 heures du matin, le 30 juillet, l’île roule à gauche.
  • Les compagnies de bus remplacent la plupart de leurs véhicules par des bus neufs, avec la porte du bon côté. Certains de ces « bus 730 » circulaient encore en 2024.
  • Écoles, télévision, radio et brochures préparent la population, y compris les militaires américains stationnés sur l’île.

Les jours suivants, le changement provoque des embouteillages et une hausse des accrochages, le temps que chacun prenne ses nouveaux réflexes. Un monument « 730 » à Ishigaki et le carrefour du même nom rappellent aujourd’hui cette nuit historique.

Le monument 730 à Ishigaki, qui commémore le passage d'Okinawa à la circulation à gauche le 30 juillet 1978
Le monument « 730 » d’Ishigaki, à Okinawa. Photo : iloverjoa, Wikimedia Commons, CC BY 3.0.

Le Japon n’est pas seul : qui roule à gauche dans le monde ?

Environ 75 pays et territoires roulent à gauche. Ils sont minoritaires en nombre, mais pas en population : avec l’Inde, l’Indonésie, le Pakistan et le Bangladesh, cela représente environ un tiers de l’humanité.

Carte du monde des pays où l'on roule à gauche et à droite
Les pays qui roulent à gauche et à droite. Carte : Benjamin D. Esham, domaine public, via Wikimedia Commons.

La plupart de ces pays sont d’anciennes colonies ou possessions britanniques : Inde, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Kenya, Malaisie, Singapour… Le Japon et la Thaïlande font partie des rares pays qui roulent à gauche sans avoir jamais été colonisés.

Changer de côté reste exceptionnel, car c’est très coûteux. Les cas les plus célèbres sont la Suède, passée à droite le 3 septembre 1967 lors du « Dagen H », et les îles Samoa, passées à gauche en 2009 pour pouvoir importer des voitures d’occasion d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Le cas d’Okinawa, qui a changé deux fois de côté en un peu plus de trente ans, est presque unique.

Ce que ça change pour vous au Japon

En tant que piéton

  • Regardez d’abord à droite avant de traverser : les voitures arrivent de ce côté sur la voie la plus proche.
  • Sur une route sans trottoir, la loi demande de marcher à droite, face aux voitures.
  • Dans les gares, les couloirs indiquent souvent de tenir sa gauche, alors que la règle de 1949 ne s’applique qu’à la voie publique. Suivez simplement les flèches au sol.

Au volant

  • Les voitures japonaises ont le volant à droite. Sur la plupart d’entre elles, la commande des clignotants est aussi à droite et celle des essuie-glaces à gauche : beaucoup de visiteurs actionnent les essuie-glaces en voulant tourner…
  • Avec un permis français, le permis international ne suffit pas : il faut une traduction officielle en japonais, délivrée notamment par la JAF (l’automobile-club japonais) ou par l’ambassade. Elle permet de conduire pendant un an à partir de l’arrivée au Japon. Les démarches sont détaillées dans notre guide pour faire traduire son permis français.
  • Pour choisir un loueur et connaître les pièges, consultez notre article sur la location de voiture au Japon.

Pour la plupart des séjours, le train reste toutefois le moyen le plus simple de se déplacer : notre guide des trains japonais, celui du Japan Rail Pass et celui du premier voyage au Japon vous aideront à organiser votre itinéraire.

Questions fréquentes

Est-ce que les samouraïs expliquent vraiment la conduite à gauche ?

En partie seulement, et sans preuve écrite. L’habitude de se croiser par la gauche pour éviter le choc des fourreaux est plausible, mais la règle elle-même vient des chemins de fer de modèle britannique et des règlements de police de 1900 et 1920.

Le Japon a-t-il déjà roulé à droite ?

Pas le Japon dans son ensemble, mais Okinawa, oui : de 1945 au 30 juillet 1978, sous administration américaine puis pendant six ans après son retour au Japon.

Pourquoi les piétons marchent-ils à droite ?

Depuis la révision de 1949, les piétons marchent face aux voitures, à droite, pour mieux les voir venir sur les routes sans trottoir. La règle se résume par « les personnes à droite, les voitures à gauche ».

Les trains et le métro roulent-ils aussi à gauche ?

Oui. Héritage du premier chemin de fer de 1872, les trains japonais circulent à gauche sur les lignes à double voie, Shinkansen compris.

Sources

Article mis à jour le 9 octobre 2026.

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