Samouraï – Les guerriers japonais

samourai

Le samouraï (侍), également orthographié samurai, est un guerrier aristocratique japonais. Le terme s’est démocratisé au fil des siècles. Il a fini par concerner tous les membres de la classe guerrière qui ont accédé au pouvoir à partir du XIIe siècle. Les samouraïs ont incarné la casse sociale la plus élevée de la période Edo entre 1603 et 1867. Ils ont dominé la politique japonaise jusqu’à la restauration de Meiji en 1868.

Les samouraïs sont des soldats mondialement connus pour leur application du code éthique du bushido (la voie du guerrier). La nature confucéenne de leur doctrine les incite à exacerber des concepts tels que la loyauté, l’autodiscipline et le comportement respectueux. Ils se démarquent aussi par leur katana, le sabre traditionnel japonais. Toutefois, ils manipulaient une large gamme d’armes comme des arcs, des lances et des fusils.

Histoire

L’histoire du samouraï débute dans les campagnes de la période Heian (710 – 1185). L’empereur japonais Kanmu réfléchit alors à consolider et à accroître son pouvoir dans le nord de Honshu. Il amorce de multiples expéditions martiales contre les Emishi qui résistent à son autorité basée à Kyoto. Les campagnes militaires s’appuient sur les puissantes factions régionales, jugées habiles au combat monté et au tir à l’arc (kyudo). Ils sont graduellement déployés pour mater les rébellions comme la Sukanoue no Tamuramaro.

L’armée est ensuite dissoute par l’empereur. L’influence de ce dernier décline au fil des années. Des clans très redoutables et puissants de Kyoto conquièrent des fonctions de ministres. Il n’est pas inhabituel que leurs proches acquièrent des postes de magistrat. Les aristocrates ont progressivement accumulé du pouvoir politique. Ils ont fini par excéder la noblesse traditionnelle.

Certains de ces clans qui avaient grimpé l’échelle sociale étaient composés par des fermiers qui avaient pris les armes pour se protéger des magistrats impériaux. Leur résistance est généralement le fait de formation de diverses alliances entre familles. Au milieu de l’époque Heian, ils ont entrepris de revêtir des armures et des armes caractéristiques comme le tachi.

La période de Kamakura (1185 – 1333) incarne l’essor des samouraïs. Les deux clans les plus puissants, les Minamoto et les Taira, défient le gouvernement central et se battent pour la suprématie de tout le pays. C’est Minamoto Yoritomo qui ressort victorieux et qui implante sa propre autorité militaire en 1192. Cette entreprise est chapeautée par un commandant stratégique suprême, également nommé le shogun. À partir de cette période, les samouraïs vont régner sur le Japon pendant la majeure partie des 700 prochaines années.

Les samouraïs de cette époque ont développé des compétences militaires et une culture disciplinée, très distincte du raffinement silencieux de la cour impériale. Le combattant idyllique est supposé être un guerrier stoïque qui honore un code de conduite non écrit. Celui-ci sera formalisé plus tard comme le Bushido. La bravoure, la dignité et la loyauté personnelle sont trois valeurs placées au-dessus de la vie elle-même. Le suicide rituel par éventration (seppuku) est institutionnalisé comme une alternative respectée au déshonneur ou à la défaite.

La période Muromachi (1333 – 1573) voit le Japon se subdiviser en une dizaine d’états indépendants. Les conflits sont permanents. Ces nouveaux territoires réalisent des politiques d’alliance et de trahison typiques de la période. Les guerres répétitives favorisent l’émergence et le développement des combattants samouraïs. C’est aussi à cette époque que les ninjas, des soldats spécialisés dans la bataille non conventionnelle, sont les plus actifs.

Le XVIe siècle est une phase de réunification du Japon sous plusieurs personnalités historiques comme Oda Nobunaga. Ce seigneur de la région de Nagoya (autrefois appelé la province d’Owari) est un exemple remarquable de samouraïs pendant l’ère Sengoku. Il est parvenu à réunifier un pays en une poignée d’années. C’est sous son pouvoir que prospère un nouveau shogunat (bafuku), sorte d’autorité centrale et gouvernementale. Il est suivi par Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu, qui achèveront d’uniformiser le pays et de repousser les frontières à l’archipel.

C’est sous l’impulsion d’Oda que se développent les tactiques de conflit et l’organisation stratégique. Les samouraïs en sont les premiers bénéficiaires. Le seigneur fait un usage intensif des arquebuses et révolutionne les options militaires. Il met l’accent sur l’innovation, propriété dorénavant fondamentale dans l’art de la guerre. Il parvient aussi au désarmement des pouvoirs militaires des moines bouddhistes.

Toyotomi Hideyoshi a édicté une loi en 1588 qui affirme que les non-samouraïs ne sont pas autorisés à porter des armes. Il va peu à peu codifier la caste des samouraïs. La permanence et l’hérédité du statut sont désormais la norme. On relate une nette séparation entre les samouraïs et le reste de la population. Il faut dire que les frontières étaient perméables jusqu’au XVIe siècle : la majorité des adultes de sexe masculin se rattachait à au moins une organisation militaire et servait dans les conflits avant le règne de Hideyoshi.

Lorsque les nombreuses escarmouches et l’époque d’affrontements se terminent avec la bataille de Sekigahara (20 et 21 octobre 1600), les samouraïs sont contraints à l’évolution. Ils se transforment progressivement en courtisans, bureaucrates et administrateurs plutôt que des guerriers. Ils ont perdu leur fonction militaire pendant l’ère Tokugawa (aussi appelée période Edo). Leurs célèbres katanas deviennent essentiellement un emblème symbolique du pouvoir au lieu d’une arme utilisée dans l’existence quotidienne. Ils gagnent leur vie grâce à une allocation fixe des propriétaires fonciers. Celle-ci s’est amoindrie et de multiples samouraïs de niveau inférieur ont été frustrés par leur incapacité à bonifier leur situation financière.

Ils avaient malgré tout le droit légal d’abattre le moindre roturier qui ne leur témoignait pas du respect. Les guerriers ont le monopole de la violence, car ils sont les seuls autorisés à enfiler une arme. Le comportement de ces combattants servait toutefois de modèle aux différentes classes sociales. La littérature nipponne ruisselle d’exemples de samouraïs qui, sur leur temps libre, se consacrent à d’autres activités artistiques. D’autres préfèrent se muer des érudits.

La restauration de Meiji porte le coup fatal à la caste des samouraïs. La stabilité du régime Tokugawa a été minée par de nombreux facteurs sociaux au milieu du XIXe siècle. Les puissances occidentales au Japon (et notamment l’arrivée en 1853 du commodore Matthew C. Perry) contraignent le pays du soleil levant à s’ouvrir vers l’étranger. En 1858, le Japon est obligé de signer un traité commercial avec les États-Unis. Il est vite suivi par des conventions avec la Russie, la France, la Hollande et la Grande-Bretagne. Les investissements occidentaux stimulent la résistance au shogunat. Les samouraïs se rangent alors dans les milices conservatrices au Japon et appellent à la réhabilitation du pouvoir de l’empereur.

Celle-ci s’exécute grâce aux redoutables clans Choshu et Satsuma. Ensemble, ils renversent le shogun Tokugawa et promeuvent une restauration impériale. C’est chose faite en 1868 avec le nouvel empereur Meiji. Le féodalisme est vite aboli en 1871. En 1876, le port des épées et des sabres est proscrit, sauf aux membres des forces armées nationales. Toutes les allocations des samouraïs sont converties en obligations d’État. Cela s’accompagne dans les faits par une perte financière importante.

Une armée nationale japonaise est fondée sur le modèle des puissances occidentales. Les samouraïs ne sont pas incorporés. Ils se rebellent au cours des années 1870 et sont méthodiquement écrasés. Ironiquement, le bushido, lui, est catapulté sur le devant de la scène. Il est embrassé comme code moral prédominant au Japon. Le shintoïsme devient la religion d’État du Japon aux dépens de du confucianisme, du bouddhisme et du christianisme.

Dans les années 1870, les samouraïs ne représentent que 5 % de la population (soit environ 400 000 familles pour 1,9 million de membres).

La figure emblématique et spirituelle du samouraï revient dans les esprits des soldats japonais de la Seconde Guerre mondiale. Les katanas se transmettent toujours de génération en génération. Les épées antiques sont amenées au combat. Des exemples d’attaques suicidaires « banzai » sont relatés vers la fin du conflit. Des dizaines de militaires nippons s’engagent dans un assaut désespéré avec leur sabre, contre les Américains. Cela réfère au principe bushido selon lequel la mort prévaut sur le déshonneur ou la défaite.

Le samouraï et son maître

samourai-maitre

L’expression samouraï est dérivée du verbe saburau qui signifie littéralement « servir ». Depuis 1600, un samouraï fait référence à un guerrier qui entre au service d’un seigneur nommé daimyo. Si le guerrier est un vassal direct du shogun, il est appelé hatamoto.

Il ne faut donc pas confondre le terme de samouraï avec celui de bushi. Ce dernier renvoie à un ancien guerrier qui aide un seigneur en échange d’une récompense. Celle-ci est constituée d’une rémunération pécuniaire ou de terres exploitées.

Certains barons féodaux comme Shiba Yoshimasa (1350 – 1410) n’hésitent pas à affirmer qu’un guerrier escompte avec impatience une mort illustre au service d’un chef militaire ou de l’empereur. L’importance du devoir envers son maître est placée au cœur de toutes les priorités. Le samouraï doit se tenir paré en permanence à partir au combat pour son seigneur.

La pension qu’un soldat reçoit découle de son maître. Certains sabreurs ne sont pas fortunés. Quand ils ont faim, ils ne doivent jamais en faire état. Quelques samouraïs demeuraient des parents de propriétaires terriens qu’ils se mettent à protéger. D’autres étaient simplement perçus comme des mercenaires qui louent leurs compétences à l’épée. L’idée était de respecter le code des samouraïs qui plaçaient l’accent sur la fidélité envers son maître. Cela s’étend à la loyauté familiale.

On recense de multiples exemples de samouraïs très dévoués qui sont des membres de la famille, ou des personnes à charge financière de leur seigneur. Cela est surtout vrai à partir du Xe siècle, quand l’empereur perd son influence au-delà de la capitale impériale. Le shogunat permet aux guerriers japonais d’acquérir un pouvoir militaire et politique sur une vaste partie de l’archipel.

La culture du samouraï

Le samouraï est aujourd’hui apprécié comme un guerrier fiable et hautement qualifié. Les contemporains avaient un jugement analogue. Non seulement ils étaient des combattants habiles, mais on s’attendait à ce qu’ils soient très cultivés et alphabétisés. Le bun bu ryo do est un ancien adage qui fait allusion à cette polyvalence : « la plume et l’épée en accord ». Ce n’est donc pas surprenant que de nombreux samouraïs soient devenus des spécialistes en cérémonie du thé, de la poésie, de la musique ou de la calligraphie.

À partir du XIIIe siècle, la conduite des samouraïs est fortement influencée par le bouddhisme zen. Celui-ci parachevait pleinement le bushido. L’idée que tout est éphémère et que l’illumination peut être atteinte par la discipline spirituelle et physique a été adoptée. La vie d’un samouraï ne doit attacher aucune préoccupation pour la mort.

C’est surtout le courant Rinzai qui s’est élargi à la caste des guerriers japonais. Originaire de Chine, cette doctrine met l’accent sur la concentration intensive de la méditation. Cela est largement estimé comme une aide décisive pour améliorer les compétences en arts martiaux et réduire la peur de la mort sur un champ de bataille. Quelques samouraïs se sont élevés au rang de maître Rinzai. Cependant, il apparaît que la majorité pratiquait le zen uniquement pour développer une discipline mentale.

L’auteur Nukariya Kaiten (1867-1934) écrit que le zen « a d’abord été introduit dans l’île en tant que religion pour les samouraïs ou la classe militaire, et a façonné les caractères de nombreux des soldats distingués ». On trouve aussi un lien entre l’arrangement floral zen et japonais, avec la calligraphie ou la poésie (le haïku en est un bon exemple).

Des femmes samouraïs

onna-bugeisha

Le terme samouraï est un mot masculin qui ne s’applique pas aux femmes. Ainsi, il n’existe pas de « femmes samouraïs » à proprement parler. Néanmoins, personne ne peut nier que pendant des centaines d’années, certaines femmes japonaises de la classe supérieure ont appris le maniement des armes. Elles ont participé à des batailles aux côtés des samouraïs masculins. Ce sont les onna-bugeisha (女武芸者).

Les Japonaises ont toujours été éduquées pour devenir des épouses et des mères. La plupart expérimentaient la politique, les arts martiaux et la diplomatie. Elles n’étaient pas autorisées à succéder à la direction du clan. Il y avait pourtant des exceptions comme Li Naotoro qui prend la tête de son foyer après la mort de tous les hommes de sa famille. Elle devient même une seigneur de guerre (daimyo). La plus renommée des « femmes samouraïs » est Tomoe Gozen.

Le XVIe siècle témoigne d’unités composées uniquement de femmes. C’est le cas de Ikeda Sen qui dirige 200 femmes sous l’unité Teppo. Elle assiste à l’affrontement de Shizugatake et Komaki-Nagakute. L’existence de filles ninjas (kunoichi) est souvent mise en avant dans la littérature nipponne. Elles s’entraînaient comme les hommes au ninjutsu, kenjutsu et taijutsu. En revanche, le reste de la formation était distincte.

Les progrès scientifiques et archéologiques en la matière sont captivants. On estime aujourd’hui qu’un nombre considérable de femmes ont contribué aux guerres historiques. Les tests ADN entrepris sur 105 corps localisés lors du conflit de Senbon Matsubaru en 1580 révèlent que 35 d’entre eux étaient des dames. Il demeure plus fréquent de découvrir des ossements féminins et d’enfants là où les sièges de châteaux ont eu lieu, car toute la famille devait participer à la défense. L’étude prouve néanmoins que 30 % des cadavres de bataille loin des châteaux étaient des femmes. Des résultats similaires ont été observés sur d’autres sites de l’archipel nippon.

Comment voir les samouraïs aujourd’hui

Le Japon propose de nos jours des attractions liées aux samouraïs. Elles prennent la forme de châteaux, de demeures historiques, de parc d’attractions à thème, de musées ou de visites déguisées. Elles sont accessibles aux résidents locaux comme aux touristes étrangers.

On se rend dans les châteaux qui ont été réalisés au fil des siècles à partir de petits forts défensifs. Ils sont généralement construits en hauteur sur des montagnes, mais peuvent se trouver au cœur des villes. Ils ont durablement symbolisé le centre administratif et résidentiel du seigneur local. Les vassaux samouraïs logeaient aussi dans la ville qui bordait le château. Plus leur rang était élevé, plus ils résidaient près du château.

On dénombre plus d’une centaine de châteaux disséminés à travers l’archipel nippon. Seulement 12 sont originaux. On peut explorer une majorité de reconstructions modernes. Lors de la visite d’un château, on parcourt systématiquement des expositions ou des musées entiers qui présentent des artefacts, le mode de vie des samouraïs ou des conférences historiques.

Les demeures des différentes classes sociales étaient cloisonnées pendant la période Edo. Quelques-uns de ces quartiers restent parfaitement préservés. Ils offrent une atmosphère authentique. On les distingue par leurs ruelles étroites, des murs en terre, des portes d’entrée, des résidences atypiques… de quoi s’immerger en tant que touristes dans le mode de vie des samouraïs. D’autres exemples au Japon mettent en scène des habitations réaménagées et ouvertes au public. Le plus connu est le secteur des samouraïs de Kakunodate. On vous recommande de parcourir aussi celui de Kitsuki, de Nagamachi ou de Chiran.