manga-cafe-2

Un manga café (まんが喫茶, manga kissa) désigne au Japon un cybercafé avec des cabines individuelles où l’on peut lire des mangas (bandes dessinées japonaises ) en libre-service. Le nom est une abréviation du mot kissaten qui signifie « salon de thé » ou encore « café » dans son sens pratique. On accède aussi à toute une gamme de services, notamment des ordinateurs avec accès Internet. Ils sont récemment devenus des options d’hébergement populaire à petit budget. En effet, la plupart des établissements sont ouverts 24 heures sur 24 et proposent désormais des douches et des boissons gratuites pour environ 2000 yens (en moyenne) par nuit.

Origine

Le premier manga café est apparu à Nagoya au Japon. L’idée était de proposer un endroit convivial où le visiteur pouvait retrouver ses passions (et notamment les mangas). Le client est le bienvenu, seul ou accompagné. Le concept a rapidement été couronné de succès. Un véritable boom, d’abord centralisé à Nagoya, puis au Japon, émerge dans les années 1970.

La multiplication des offres pousse les acteurs à innover. Les enseignes deviennent novatrices : on peut regarder des films, des animes, lire des magazines en plus des mangas, mais également jouer à la console, faire une partie de karaoké, de billard ou de fléchettes. Des boissons à volonté sont progressivement incluses dans les services de base. Certains établissements osent proposer une ouverture en permanence (24 heures sur 24) ce qui fait du manga café une option de logement pour certains.

Cet appartement de fortune au prix attractif ne tarde pas à être fréquenté par une clientèle pauvre, qui n’a pas les moyens de s’octroyer une chambre classique. Les chômeurs et les travailleurs à temps partiel sont notamment des consommateurs fréquents. En 2007, on estimait qu’il y avait 5400 sans-abri qui séjournaient quotidiennement dans des mangas cafés.

Une enquête de 2018 précise que ces établissements hébergent 15 000 fidèles chaque nuit. Environ 4000 d’entre eux seraient des sans-abri, et une bonne part du reste serait des hommes et des femmes sans un revenu suffisant pour s’offrir un autre type de logement. Beaucoup de voyageurs occidentaux, de jeunes étudiants ou des salariés de passage dorment aussi dans ces lieux pour des raisons financières.

Services

La plupart des mangas café contemporains détiennent une énorme quantité de mangas, généralement entre 1000 et 30 000. Ils disposent aussi des principaux magazines du Japon, ainsi que des parutions liées au secteur (comme le Weekly Shonen Jump). Chacun peut emprunter un ouvrage à sa guise pour le découvrir. Les volumes et les œuvres possédés sont fréquemment renseignés sur le site internet de l’établissement. Nous vous recommandons d’y faire un tour en amont. Les livraisons sont récurrentes et les dernières publications sont souvent disponibles !

La réservation se fait en arrivant dans l’établissement. Il y a deux grandes catégories : les espaces privés (une cabine cloisonnée avec un peu d’intimité) ou des sièges ouverts, comme dans un cybercafé.

  • Espaces privés : ce sont de petites pièces qui ont juste assez d’espace pour loger un bureau, un ordinateur, une télévision, un lecteur DVD et une chaise de bureau. Il est parfois impossible de s’étendre tant la largeur de maigre. On peut cependant incliner sa chaise de bureau pour y faire une sieste, ou la replier pour positionner un futon sous le bureau. Il existe aussi des cabines plus luxueuses qui sont suffisamment vastes pour accueillir deux personnes !
  • Siège ouvert : ce sont des rangées de P.C. et de sièges de bureau côte à côte. On a accès à l’un d’entre eux et l’on peut utiliser le Wi-Fi pour y faire des recherches ou lire des mangas électroniques. Les voisins sont visibles en tournant la tête. Toutefois, une petite cloison en bois est disposée pour ne pas pouvoir observer les écrans de chacun.

Les mangas cafés japonais contemporains ne sont plus réduits à leur bibliothèque de bande dessinée. Ils souhaitent se différencier et attirer un public toujours plus large, malgré que les mangas soient à la mode depuis 30 ans. Les cabines individuelles vous offrent désormais de jouer à des jeux vidéo grâce à des ordinateurs de haute performance. La connexion internet, par Wi-Fi ou en câble Ethernet, est un très haut débit, généralement 1 Mb/s.

manga-cafe-3

Les boissons sont systématiquement fournies à volonté. C’est une approche commune à tous les établissements, comprise dans le service de base. Dans la pratique, bien des endroits permettent de commander des vivres directement depuis son ordinateur ou une télécommande. Les mets présentés sont similaires à ceux des konbini, les supérettes de quartiers. Les consommateurs apprécient toutefois cette option, qui permet de s’offrir une glace ou un plat chaud sans quitter le lieu. Beaucoup d’enseignes proposent une option pour recevoir des bonbons à volonté ou un café avec un goût spécifique.

Le Kaikatsu Club est un établissement plus vaste qui permet aussi aux clients d’effectuer des activités diverses telles que le karaoké. On peut y chanter 24 heures sur 24 dans des cabines isolées qui ne gênent pas les autres clients. Des installations professionnelles (studio d’enregistrement, espace insonorisé, microphone de haute qualité) sont accessibles au moment de la location.

La réalité virtuelle fait également son apparition depuis une poignée d’année. On relie le dispositif à un ordinateur pour profiter d’images graphiques claires et en haute résolution. Les Japonais peuvent jouer à des jeux vidéo compatibles (Half Life Alyx, par exemple) ou regarder des vidéos/films.

Un nombre croissant d’établissements ont décidé de proposer des espaces réservés aux femmes. Le même concept s’applique à certaines voitures de métro, pour limiter les agressions sexuelles. Les mangas cafés aménagent ces emplacements sur l’avis des clients et des employées. Les accessoires de la cabine individuelle sont souvent différents, bien que l’on retrouve systématiquement un ordinateur personnel et un siège. Surtout, la sécurité est renforcée avec notamment une carte-clé requise pour entrer dans la zone réservée aux femmes.

Les établissements récents (et ceux ayant fait l’objet de rénovation) sont équipés de douche. Ces installations permettent de séjourner à un tarif réduit. Le shampoing et les commodités rudimentaires ne sont pas toujours fournis gratuitement. Il faut payer dans certains cas pour les utiliser, ou apporter sa propre trousse de toilette. Enfin, il arrive que certains cafés mangas proposent un onsen ou un grand bain en commun. On peut aussi profiter d’une laverie automatique ou d’une douche plus classique.

manga-cafe-1

Prix

Le tarif d’un manga café dépend essentiellement du temps que vous allez passer sur place. Les établissements fonctionnent sur la base d’un forfait :

  • Les 30 premières minutes coûtent 300 yens (en moyenne)
  • Le temps supplémentaire est facturé à 100 yens pour 10 à 15 minutes.

Dans la pratique, on peut toujours opter pour un séjour plus long, notamment en réservant une fin de journée ou une nuit entière. On accède alors à des montants préférentiels qui sont à comparer avec d’autres logements comme les hôtels capsules ou les ryokan. Dormir dans un manga café revient en général moins cher qu’ailleurs, et c’est une solution bon marché. On peut trouver des établissements qui proposent une nuitée contre seulement 1500 ou 2000 yens.

La tarification est souvent influencée par sa position géographique. Ceux des centres-ville n’hésiteront pas à pratiquer des prix au-dessus du marché, compte tenu de leur clientèle assurée. Mais il y a aussi d’autres facteurs qui rentrent en compte : les week-ends sont plus onéreux pour le consommateur, et les périodes de fortes fréquentations (jours fériés, Obon, fin de décembre…) peuvent faire grimper les montants.

Réservation

La réservation d’un manga café est simple et rapide. Il faut généralement s’inscrire en présentant un papier d’identité. Les services sont ensuite disponibles à volonté (boissons ou ordinateur). Le paiement se réalise avant l’utilisation, et l’on peut choisir d’accéder à des options payantes, comme une cabine privée. Le tarif moyen est inférieur à 400 yens (100 yens dans certains cas). Un supplément est automatiquement ajouté si l’on excède la durée pour laquelle on a réservé.

Quelques établissements plus luxueux permettent de personnaliser en amont son offre. On passe plutôt par une borne ou un site internet pour cocher des options, ou décider d’un tout inclus. C’est dans ce type de lieux que l’on retrouve les activités les plus exotiques pour un manga café, comme des salles de fléchettes, de billards ou de karaoké.

Bonne nouvelle pour nous autres occidentaux, il semble que le personnel des mangas cafés au Japon soit de plus en plus anglophone. Des efforts ont été accomplis en ce sens depuis la décennie 2010. Si la conversation ne peut être réalisée dans la langue de Shakespeare, il est probable que les instructions de location soient disponibles au comptoir.

Voici les étapes classiques pour réserver dans un manga café :

  1. Entrez dans le bâtiment, accédez à l’endroit d’enregistrement (généralement un comptoir)
  2. Inscrivez-vous sur place en montrant un papier d’identité (votre passeport)
  3. Choisissez votre type de siège ou de cabine souhaité, et combien de temps vous avez l’intention de rester. Une liste de prix est souvent accessible directement au comptoir pour vous faire une idée.
  4. Vous recevez une carte de membre et un bulletin de versement (une facture) avec votre nom, l’heure du début et surtout votre numéro de siège
  5. Rendez-vous à votre siège ou à votre cabine. Vous pouvez tirer le rideau pour plus d’intimité. Il est malpoli de faire du bruit, car cela dérange vos voisins. Le calme est une règle en vigueur de jour comme de nuit. Certains font la sieste, d’autres ont besoin de se concentrer, car ils travaillent.
  6. Pour quitter le manga café, apportez votre facture au comptoir et payez si nécessaire.

Localisation

Les mangas café peuvent être retrouvés dans la plupart des villes au Japon. La majorité d’entre eux se situe dans les rue latérale à proximité des gares. À Tokyo et à Osaka, on trouve des dizaines d’établissements qui sont facilement reconnaissables en japonais. Les indications en anglais sont cependant plus rares, bien que l’on puisse se référer à Google Maps.