Comme son voisin chinois, le Japon est une terre d’arts martiaux. On y trouve des disciplines à mains nues, avec armes ou à l’arc, nées pour la plupart de la tradition guerrière des samouraïs. Voici la liste des principaux arts martiaux japonais, leur histoire et ce qui les distingue.
Budō, bujutsu, bugei : de quoi parle-t-on ?
Plusieurs mots japonais désignent les arts martiaux, et leur sens a évolué au fil des époques :
- Bujutsu (武術, « techniques guerrières ») : l’application pratique des techniques de combat, telle qu’elle était enseignée aux guerriers.
- Bugei (武芸, « arts guerriers ») : l’ensemble des disciplines martiales organisées pour être transmises de façon méthodique, souvent au sein d’écoles (ryū).
- Budō (武道, « voie martiale ») : le terme moderne. Il ajoute au combat une dimension morale et spirituelle : la pratique sert aussi à se perfectionner soi-même. La plupart des disciplines en -dō (judo, kendo, aïkido, kyudo) appartiennent à cette famille.
Une origine guerrière
Les arts martiaux japonais plongent leurs racines dans l’entraînement des samouraïs. Ces guerriers devaient maîtriser plusieurs armes, mais aussi le combat à mains nues, pour le cas où ils seraient désarmés sur le champ de bataille.
Les armes privilégiées ont changé avec les époques. Au début de la période médiévale, l’arc et la lance dominaient. Pendant la longue paix de l’époque d’Edo (1603-1868), les grandes batailles disparaissent : le sabre devient l’arme la plus prestigieuse, et les écoles martiales se multiplient. Beaucoup de pratiquants choisissent alors de se spécialiser dans une seule arme, comme le font de nombreux héros de mangas.
À l’ère Meiji, la fin des samouraïs et la modernisation du pays transforment ces techniques de guerre en disciplines éducatives et sportives : c’est la naissance des budō modernes.
Les principaux arts martiaux japonais
Voici les six disciplines les plus pratiquées et les plus connues aujourd’hui. L’ordre n’est pas un classement.
Le judo
Le judo (柔道, « la voie de la souplesse ») est sans doute l’art martial japonais le plus connu en France. Il a été fondé en 1882 par Jigoro Kano, qui s’est inspiré de plusieurs écoles de jūjutsu, les techniques de combat à mains nues des samouraïs. Kano voulait en faire une méthode d’éducation physique, mentale et morale, fondée sur deux principes : le meilleur emploi de l’énergie et l’entraide pour la prospérité mutuelle.
L’objectif est de projeter l’adversaire au sol, puis de l’immobiliser ou de le faire abandonner par une clé ou un étranglement. Les coups sont interdits en compétition. Le judo est devenu un sport olympique en 1964, lors des Jeux de Tokyo.
Le karaté
Le karaté (空手, « la main vide ») est né sur l’île d’Okinawa, alors royaume indépendant des Ryūkyū, à partir de techniques locales et d’arts martiaux chinois. Il n’a été introduit dans le reste du Japon qu’au début du XXe siècle, notamment par Gichin Funakoshi. Il existe plusieurs grands styles : Shotokan, Wado-ryu, Shito-ryu et Goju-ryu.
La pratique repose sur trois piliers : le kihon (techniques de base), les kata (enchaînements codifiés) et le kumite (combat). Coups de poing, coups de pied et blocages y occupent une place centrale. Le karaté a fait son entrée aux Jeux olympiques de Tokyo 2020.
Le kendo
Le kendo (剣道, « la voie du sabre ») est la version moderne du kenjutsu, l’escrime au sabre des samouraïs. Les pratiquants s’affrontent avec un sabre en lamelles de bambou (shinai) et portent une armure (bōgu) qui protège la tête, le buste, les mains et les hanches. Les points se marquent en frappant des zones précises, en annonçant la cible à voix haute.
Très populaire au Japon, où il est enseigné dans de nombreux collèges et lycées, le kendo reste surtout pratiqué en compétition dans l’archipel, même s’il a des adeptes dans le monde entier.
L’aïkido
L’aïkido (合気道, « la voie de l’harmonie des énergies ») est plus récent : il a été développé par Morihei Ueshiba à partir des années 1920 et 1930, en s’inspirant du jūjutsu et des techniques de sabre. Son principe est d’utiliser la force de l’adversaire pour la retourner contre lui, par des projections et des clés, plutôt que de s’y opposer.
Plus qu’une méthode de combat, l’aïkido se veut une façon de vivre. C’est pourquoi la plupart des écoles n’organisent pas de compétitions : la pratique se fait en démonstrations et en travail avec un partenaire.
Le kyudo
Le kyudo (弓道, « la voie de l’arc ») est le tir à l’arc japonais. Il descend directement de l’entraînement des samouraïs, pour qui l’arc était une arme essentielle. Il se pratique avec un grand arc asymétrique (yumi), qui peut dépasser deux mètres.
Le but est d’atteindre une cible, mais la justesse du geste et la maîtrise de soi comptent autant que le résultat. Des compétitions et des examens de grades existent, au Japon comme à l’étranger.
Le sumo
Le sumo (相撲) est la lutte traditionnelle japonaise, et le sport national du pays. C’est aussi le plus ancien : il est lié aux rites shintō, dont il garde de nombreux gestes, comme le sel jeté sur le terrain pour le purifier.
Le principe est simple : un lutteur perd s’il sort du cercle (dohyō) ou s’il touche le sol avec une autre partie du corps que la plante des pieds. Les lutteurs professionnels vivent en communauté dans des écuries (heya) et s’affrontent lors de six grands tournois par an. Avec le baseball et le football, le sumo fait partie des sports les plus suivis au Japon.
Et les autres ?
D’autres disciplines japonaises ont aussi leurs pratiquants : le iaido (l’art de dégainer le sabre et de frapper en un seul mouvement), le jūjutsu traditionnel, le naginata (le maniement de la hallebarde), le shorinji kempo ou encore le ninjutsu, entouré de nombreuses légendes. Le jiu-jitsu brésilien, lui, est né au Brésil au XXe siècle, à partir du judo et du jūjutsu enseignés par des immigrés japonais.
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