
Dans les mangas et les animes, les personnes ont souvent des coiffures vives, extraordinaires, et surtout colorées. Oui, nous sommes dans une œuvre de fiction, alors on peut se le permettre. Mais ce n’est pas la seule justification. Il y a des raisons insoupçonnées, qui obéissent à des modes opératoires et à des traditions depuis la Seconde Guerre mondiale. Vous voulez la version courte ? Les couleurs de cheveux facilitent la distinction des personnages pour le spectateur, elles permettent également de mettre en avant des protagonistes (ou antagonistes), et elles correspondent souvent à des types de personnalités. Vous souhaitez en savoir plus sur le sujet ? C’est parti pour un article détaillé ! Comme d’habitude, n’hésitez pas à le partager autour de vous pour nous soutenir. C’est gratuit et ça nous aide énormément !
Une aide pour le spectateur

Lorsque l’on se demande pourquoi les personnages de manga ou d’animes ont les cheveux colorés, il y a bien une raison qui est absolument factuelle et sur laquelle tout le monde est d’accord : les coloris permettent de différencier facilement des personnages. Vous n’êtes pas sans savoir que dans la vraie vie, les Japonais ont (quasiment) tous des cheveux noirs. Un noir pur, que de petites variantes capillaires ne sauraient suffire à distinguer précisément des dizaines de personnages dans une intrigue, surtout pour un spectateur occidental. En France, nous sommes habitués à une énorme diversité de coiffures : les couleurs sont différentes (nous avons des blonds, des roux, des bruns, des châtains, des teintures…) et des longueurs variées. Au Japon, c’est moins le cas : les jeunes écoliers, qui sont particulièrement représentés dans les mangas, doivent respecter un protocole scolaire strict. Les teintures sont souvent proscrites (ou, dans le pire des cas, sont forcées pour avoir les cheveux noirs), et les différentes coiffures sont assez standardisées. Cela est moins vrai pour les adultes, mais ces derniers doivent tout de même se montrer réglementaires pour leur entreprise, en particulier le salaryman (le cadre typique).
Le manga (et l’anime, qui est son adaptation) est un média libre. Les codes ne doivent pas forcément se calquer sur la réalité. Les auteurs (que l’on appelle des mangakas) ont ainsi le luxe de pouvoir colorer les chevelures de leurs personnages. Bien sûr, il ne faut pas oublier que le format typique du manga est en noir et blanc. Donc cela ne ressortira, dans un premier temps, que sur des illustrations spéciales ou des couvertures. Cela suffit néanmoins à marquer les personnages pour le lecteur, et on retrouve cette intention dans l’anime, qui va matérialiser l’ensemble. Les mangakas ont plusieurs styles pour dessiner. Vous l’avez sans doute remarqué si vous avez vu plusieurs œuvres : les yeux, les couleurs, les proportions, tout est différent d’un auteur à l’autre. C’est une bénédiction pour les passionnés, les consommateurs, car on jouit d’une énorme diversité de styles. Prenez par exemple les cadors des shōnen (un genre de manga qui cible avant tout les adolescents hommes). Tite Kubo, l’auteur de Bleach, propose un chara-design (le design des personnages) très élancé, avec de longues jambes, des corps effilés. Masashi Kishimoto, avec Naruto, ne part pas dans la même philosophie. On a des proportions plus mesurées, plus réalistes en un sens, avec des constances dans la manière de dessiner les yeux, les chevelures. Même entre plusieurs pays ou régions de son univers, on retrouve ces similitudes. Enfin, un One Piece de Eiichiro Oda, ou un Dragon Ball d’Akira Toriyama sont beaucoup plus imaginaires : les yeux sont bien circulaires, les bouches sont grandes et parfois exagérées, on ne cible pas le réalisme. On recherche davantage à matérialiser des émotions en les disproportionnant, ce qui frappe le lecteur. Tout cela pour dire que si les styles sont bien différents entre les auteurs, il est complexe de varier ses propositions à l’intérieur de ses propres œuvres ! Les couleurs permettent d’apporter une nuance bienvenue pour les mangakas. Par exemple, dans Bleach, Ichigo Kurosaki, le héros, est roux. Il ressemble énormément à Kaein Shiba, qui est brun, dans la même œuvre. Dans Re:Zero, Rem et Ram sont des sœurs jumelles qui ont le même visage, les mêmes yeux et le même uniforme. La seule différence visible est la couleur de cheveux, avec du bleu pour Rem et du rose pour Ram. Enfin, beaucoup de similitudes entre Light Yagami et Teru Mikami dans Death Note, et l’ajout d’une nuance de couleur simplifie l’identification. Si nous devions résumer cette partie en une phrase : dans les mangas et les animes, la couleur permet de différencier efficacement plusieurs personnages et ainsi simplifier le travail de mémorisation du lecteur/spectateur.

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Les codes de couleurs sur les personnalités
Commençons cette seconde partie par un appel à la nuance et à la vigilance. Oui, dans beaucoup d’œuvres, les couleurs de cheveux des protagonistes répondent à des tendances, des codes de personnalités ou de caractères. Non, évidemment, ce n’est pas une vérité générale. Ce n’est pas vérifiable dans tous les cas, dans toutes les œuvres. Certains auteurs mettent de la couleur pour d’autres raisons : pour différencier les personnages, pour mettre en avant une transformation (comme le Super Saiyan dans Dragon Ball avec le blond doré). Mais aussi pour le « fun », pour l’esthétique, parce qu’on le peut. Saupoudrer son univers avec des variantes de couleurs permet aussi de chasser la monotonie du quotidien réel, et on sait que les lecteurs lisent aussi les mangas pour s’en échapper. Bref, il y a une multitude de raisons qui ne sont pas toujours expliquées par les auteurs. Il est cependant vrai que dans beaucoup de cas, on a pu identifier des généralités dans les associations de couleurs capillaires. Prenons par exemple la base : les cheveux noirs ou bruns. Ils sont généralement appliqués à des lycéens ordinaires ou des personnes japonaises classiques et banales (dans le sens ordinaire). Les cheveux bruns sont particulièrement communs dans les animes, c’est la couleur la plus utilisée pour les personnages secondaires et ordinaires. Toutefois, dans d’autres contextes, cela évoque diverses qualités : la réserve ou la beauté traditionnelle japonaise (comme Boa Hancock dans One Piece). C’est valable pour les deux sexes, mais on le voit plus souvent appliqué aux femmes. Attention cependant : les codes de couleurs ne sont pas valables pour certains types d’œuvres. Les mangas et animes pour les personnes plus âgées et matures, par exemple, ne mettent souvent pas beaucoup voire pas du tout de couleurs. Il y a beaucoup d’œuvres qui optent pour le réalisme dans leur représentation et leur univers, il n’est donc pas question de couleurs fantaisistes.
Et pour les autres couleurs ? Le blond dépeint souvent des personnes manipulatrices, insensibles et/ou égoïstes. C’est aussi une couleur courante pour les personnes pleines d’énergie (Naruto en est le parfait exemple !). On retrouve également un sous-genre avec des personnages blonds et bronzés, qui renvoient à la mode des gyarus (dans certains cas). Et puis, dans la plupart des cas, les étrangers sont souvent représentés en blond. C’est le cas des personnages européens et américains. Dans Fullmetal Alchemist, nous avons Riza Hawkeye qui est une Amestris, avec un design évoquant une origine germanique. Dans L’Attaque des Titans, Zeke Jaeger est un étranger, un Eldien du continent de Mahr. Dans Hellsing, Integra Hellsing a les cheveux blonds et est de nationalité britannique. Dans La Rose de Versailles, Oscar François de Jarjayes est Française. Pareil pour Jean-Pierre Polnareff dans Jojo’s Bizarre Adventure (blond-argenté). On pourrait continuer longtemps comme cela, mais vous l’aurez compris : les étrangers sont typiquement représentés par la chevelure blonde dans les mangas, tandis que les asiatiques (et donc les Japonais) ont les cheveux noirs.

Puis viennent les autres couleurs, moins communes. Le roux, pour commencer, fait directement écho à la flamme, à la chaleur, à la vivacité. On le voit aussi en lien avec une possession spirituelle ou à de l’enchantement. Prenez par exemple le cas de Ranma. Sa forme « maudite » est rousse. On note d’ailleurs beaucoup de personnages roux qui sont des têtes brulées, comme Asuka dans Neon Genesis Evangelion, ou Kenshin dans Kenshin le Vagabond. Et qu’en est-il de la couleur blanche ? Eh bien, très souvent, cela indique la dignité, l’habileté… quand ce n’est pas tout logiquement la vieillesse. Il y a tout un tas d’exemples. Rien que dans Naruto, vous pouvez en citer à la pelle : Kakashi, Jiraiya, Suigetsu Hōzuki ou Kimimaro. Il existe aussi l’archétype de la femme aux cheveux blancs et à la peau foncée. Dans ce cas, la dignité, le pouvoir et la force sont simplement sous-entendus. Vous pouvez penser à des personnages comme Sanae dans Hanaukyō Maid Team, Sara dans Hand Maid May ou Urd dans Ah! My Goddess.
Quelques autres couleurs que nous n’avons pas encore citées sont présentes, mais dans des proportions plus limitées. Le bleu, surtout chez une femme, incarne l’introversion et la timidité. Les premiers personnages de ce genre seraient Ami Mizuno (Sailor Moon) et Rei Ayanami (Neon Genesis Evangelion). Quant aux cheveux roses, on est surtout dans le thème de l’innocence, de la kawaii attitude (le mignon) et de la gentillesse. Cela se vérifie surtout chez les femmes, mais on a aussi le cas chez des hommes. Récemment, pensez à Aira Shiratori et Jin Enjouji dans Dan Da Dan ! Il y a aussi Chika Fujiwara (Kaguya-sama : Love is War), Momo Belia Deviluke (To LOVE-Ru), Ram (Re:Zero), Yui (Angel Beats) ou même Yachiru Kusajishi (la petite fille qui accompagne Kenpachi Zaraki dans Bleach).
La mise en avant des personnages importants
L’ultime partie de cet article sera consacrée à l’usage de la couleur de chevelure pour marquer le caractère exceptionnel d’un protagoniste. Cela est valable dans les mangas, les animes, mais aussi dans les autres médias japonais. On le voit fréquemment dans les dramas (les séries télévisées nippones) et dans les jeux vidéo. Les personnages importants sont généralement dotés de chevelures flamboyantes et colorées, tandis que les personnages secondaires ou sans importance ont les cheveux noirs. Un exemple qui nous a récemment marqué, c’est avec des jeux comme YS. Adol, notre héros, est reconnaissable entre mille avec ses cheveux rouges. Lorsque l’on explore l’univers, on voit généralement des cheveux gris, noirs ou bruns. Ce sont surtout ce que l’on nomme des PNJ (personnages non-jouables) classiques. Mais dès lors que l’on croise un avatar avec des cheveux blonds, bleus, violets ou autre, on peut être assuré qu’il interviendra dans l’histoire du titre. Cette logique est aussi présente dans les mangas (la plupart du temps).

Si nous reprenons le cas de Bleach, le contraste est immédiat. Ichigo se démarque immédiatement dans la Soul Society. Il a une tignasse orange vif, tandis que les Shinigami ont souvent des cheveux clairs ou ternes. Les plus importants ont souvent des couleurs ternes mais tout de même remarquables, comme Ukitake (blanc argenté), Gin Ichimaru (argent) et Toshiro Hitsugaya (blanc ou gris pâle). Dans Violet Evergarden, la protagoniste Violet a des cheveux blond platine et des yeux bleu vif. Les personnages secondaires sont essentiellement des soldats ou des collègues qui ont des couleurs ternes (gris ou marron clair). Autre exemple : No Game No Life. Sora possède des cheveux roux foncé, tandis que Shiro a des cheveux blancs et des yeux en arc en ciel. Les autres ? On retombe dans le traditionnel gris, beige, noir, etc. Cela est intéressant car bien que Shiro ait des cheveux blancs, ils ont un caractère exceptionnel dans l’univers. Cela la fait ressortir par sa blancheur, et la combinaison avec Sora (plutôt rouge et noir) les rend uniques. Tout cela alors même que l’univers est ultra coloré ! Pour finir, évoquons le sujet Hunter x Hunter. Les personnages principaux sont presque tous pourvus de couleurs de cheveux (Gon en vert, Kirua en blanc, Hisoka en rose, Kurapika en jaune) ou de signe distinctifs (lunettes, cicatrices…). Les secondaires sont toujours dans les tons ternes, comme Novu (cheveux noirs), Rinsen (pareil) ou Wing (apparence classique au possible).
Finissons par dire que toutes ces considérations symboliques sont à prendre, évidemment, avec des pincettes. Nous l’avons signalé en début d’article, et il convient de le rappeler pour le conclure. Ce sont des idées globales, des associations que l’on a relevé dans l’histoire du manga et de l’animation japonaise. Ce n’est pas tout le temps vrai. Certains auteurs apprécient s’en emparer pour animer le caractère d’un personnage, qu’il soit important ou pas. L’usage de la couleur pour différencier les éléments principaux n’est par exemple pas toujours valable dans notre dernier exemple, Hunter x Hunter. Menchi, Kara et Cutie Beauty sont des personnages relativement secondaires, mais avec des couleurs vives. Si nous devions synthétiser cette analyse, nous pourrions dire que la couleur est souvent utilisée pour distinguer des personnages dans leur univers, parfois pour reprendre des stéréotypes de genres ou d’attitudes, mais ce n’est pas un code fataliste. Chaque auteur joue sa propre musique, et c’est surement pour le mieux ! Si certaines œuvres contemporaines reprennent cette « tradition » comme Dan Da Dan, ce n’est pas le cas de toutes. Les couleurs vives sont davantage utilisées dans les œuvres fantastiques et imaginaires (No Game No Life) que dans les univers réalistes (Kimi ni Todoke, par exemple).
Et vous, que pensez-vous des couleurs de cheveux dans les mangas et les animes ? Est-ce un élément qui vous a déjà interpelé ? Vous êtes-vous déjà fait la réflexion que certaines teintes sont typiquement associées à des caractères ? Vous avez vu un oubli dans l’article ou vous souhaitez rajouter quelque chose ? Nous vous invitons à venir réagir dans la section des commentaires !
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