Drapeau du Japon : histoire et symbolique du Hinomaru

Drapeau du Japon © Pixabay

Le drapeau du Japon, appelé Hinomaru (« cercle du soleil ») ou officiellement Nisshōki (« étendard du soleil »), est un rectangle blanc orné d’un disque rouge centré, dans un ratio de hauteur/largeur de 2:3. Ce disque représente le soleil, en référence directe au surnom du Japon, « l’Empire du Soleil Levant », et à la déesse solaire Amaterasu, dont la famille impériale prétend descendre. Simple en apparence, ce drapeau porte pourtant une histoire longue de plus de treize siècles, mêlant mythologie, guerres, occupation américaine et débats politiques toujours vifs aujourd’hui, y compris en 2026.

Que signifie le mot « Hinomaru » ?

Le terme Hinomaru (日の丸) se traduit littéralement par « cercle du soleil » ou « boule de soleil ». C’est le nom populaire du drapeau, tandis que son appellation officielle dans les textes de loi est Nisshōki (日章旗), soit « le drapeau à l’emblème du soleil ». Les deux termes désignent le même objet : un fond blanc et un disque rouge, sans aucun autre motif.

Le blanc du fond est traditionnellement associé à la pureté et à l’honnêteté, tandis que le rouge du disque solaire évoque la sincérité, la chaleur et la passion. Cette sobriété graphique, où deux couleurs et une seule forme géométrique suffisent à représenter toute une nation, est souvent présentée comme un exemple typique du sens japonais de l’épure esthétique.

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Les origines mythologiques et historiques du soleil comme symbole du Japon

Drapeau du Japon au Pavillon d'Argent
Drapeau du Japon au Pavillon d’Argent

Le lien entre le Japon et le soleil remonte bien avant l’existence d’un drapeau à proprement parler. Dès le début du VIIe siècle, une correspondance officielle envoyée par la cour japonaise à l’empereur chinois s’ouvrait sur la formule « de l’Empereur du soleil levant », signe que l’identité solaire du pays était déjà revendiquée diplomatiquement. Cette symbolique tient aussi à la position géographique de l’archipel, situé à l’est du continent asiatique, là où le soleil « se lève » vu de Chine.

Sur le plan religieux, la tradition shintoïste veut que la lignée impériale descende directement d’Amaterasu, la déesse du soleil, ce qui a longtemps servi à légitimer l’autorité de l’empereur. Cette filiation divine explique pourquoi le disque solaire, plutôt que tout autre symbole, s’est imposé comme emblème national.

La plus ancienne mention écrite connue d’un étendard représentant le soleil figure dans le Shoku Nihongi, une chronique achevée en 797, qui rapporte qu’un drapeau solaire fut hissé en 701 lors d’une cérémonie de vœux du Nouvel An à la cour de l’empereur Monmu. C’est, à ce jour, la première utilisation attestée d’un motif solaire à vocation d’étendard au Japon, même si elle ne correspond pas encore au drapeau tel qu’on le connaît aujourd’hui.

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Du Japon féodal aux navires marchands : l’adoption progressive du symbole

Pendant l’époque féodale, l’usage d’un disque solaire comme bannière militaire s’est peu à peu répandu parmi les clans de samouraïs. Une théorie situe une origine importante du motif dans la guerre de Genpei (1180-1185) : le clan Taira, qui se revendiquait proche de la cour impériale, utilisait un drapeau rouge orné d’un disque doré, tandis que le clan rival Minamoto (Genji) adoptait un drapeau blanc à disque rouge. La victoire des Minamoto aurait contribué à populariser cette combinaison de couleurs, reprise ensuite par des seigneurs de guerre comme Oda Nobunaga ou Tokugawa Ieyasu, qui se considéraient comme les héritiers du clan vainqueur.

L’un des plus anciens exemplaires physiques connus de ce drapeau est conservé au temple Unpō-ji, dans la préfecture de Yamanashi. Selon la légende, il aurait été offert par l’empereur Go-Reizei au XIe siècle ; il est en tout cas attesté comme antérieur au XVIe siècle. Une autre légende, attribuée au moine bouddhiste Nichiren, raconte qu’il aurait remis un étendard solaire au shogun au XIIIe siècle pour repousser une invasion mongole.

Il faut cependant attendre le milieu du XIXe siècle pour que le Hinomaru acquière un statut véritablement officiel. En 1854, sous le shogunat Tokugawa, les navires japonais reçoivent l’ordre de hisser ce drapeau afin de se distinguer des bâtiments étrangers, à une époque où le Japon commence tout juste à s’ouvrir au commerce international, notamment après l’arrivée du commodore américain Matthew Perry dans la baie de Yokohama. En 1870, deux proclamations du gouvernement de l’ère Meiji viennent formaliser son usage : l’une en fait le pavillon des navires marchands, l’autre le drapeau de la marine de guerre. Le Hinomaru devient ainsi, de fait, le premier drapeau national du Japon.

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Une officialisation tardive : la loi de 1999

Japan Flag Change in 1999 : r/vexillology
Changement du drapeau japonais en 1999 : r/vexillology

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le Hinomaru n’a obtenu un statut légal de drapeau national qu’en 1999, avec la promulgation le 13 août de cette année-là de la loi relative au drapeau et à l’hymne nationaux, qui consacre également Kimigayo comme hymne officiel du pays. Jusque-là, aucune loi ne désignait explicitement un drapeau national : le Hinomaru s’était simplement imposé comme tel dans les usages, sans texte fondateur, une situation renforcée par une réforme de 1885 qui avait abrogé toutes les anciennes lois non publiées au Journal officiel japonais.

Cette loi de 1999 est l’une des plus débattues votées par la Diète (le parlement japonais) depuis les années 1990. Son adoption a été précipitée par le suicide du proviseur d’un lycée de Hiroshima, tiraillé entre son conseil d’établissement et son corps enseignant sur l’usage du drapeau et de l’hymne lors des cérémonies scolaires. Le texte a été porté par le Parti libéral-démocrate (PLD) et le Kōmeitō, tandis que le Parti social-démocrate et le Parti communiste s’y opposaient, jugeant que les deux symboles restaient trop associés à l’ère militariste. La Chambre des représentants l’a adopté le 22 juillet 1999 par 403 voix contre 86, puis la Chambre des conseillers le 9 août, pour une entrée en vigueur le 13 août 1999.

Les dimensions et couleurs officielles du drapeau

Les proportions et les couleurs du Hinomaru ont légèrement évolué entre les premiers textes de 1870 et la loi de 1999. À l’origine, le ratio était de 7 unités de largeur pour 10 de longueur, et le disque rouge était placé légèrement décalé vers la hampe (un centième de la longueur) afin de paraître visuellement centré une fois le drapeau déployé au vent, une technique également utilisée sur d’autres drapeaux comme ceux du Bangladesh ou des Palaos.

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Depuis la loi de 1999, le drapeau national suit des règles précises, résumées dans le tableau suivant :

Caractéristique Spécification
Ratio hauteur / largeur 2:3
Position du disque Centré
Diamètre du disque 3/5 de la hauteur du drapeau
Couleur du fond Blanc
Couleur du disque Rouge profond (aucune nuance officiellement fixée par la loi de 1999)

Fait notable : la loi de 1999 ne précise pas de nuance exacte de rouge. C’est l’agence de défense japonaise (aujourd’hui ministère de la Défense) qui, dès 1973, a fixé des références colorimétriques selon le système Munsell pour les usages militaires, actualisées en 2008. D’autres administrations, comme l’agence japonaise de coopération internationale, utilisent leurs propres références chromatiques pour leur logo inspiré du Hinomaru.

Le Hinomaru pendant l’expansion impériale et la Seconde Guerre mondiale

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, à mesure que le Japon se constitue un empire colonial, le Hinomaru devient un outil central de propagande et de mobilisation nationale. Il est brandi lors des célébrations des victoires japonaises pendant la première guerre sino-japonaise et la guerre russo-japonaise, puis omniprésent dans les manuels scolaires, les affiches et les films, qui en font un symbole de fierté patriotique et de dévotion à l’empereur.

Durant la seconde guerre sino-japonaise, dans les années 1930, le motif du Hinomaru se retrouve jusque dans certaines pratiques culinaires : le Hinomaru bentō, une boîte-repas composée uniquement de riz blanc surmonté d’une prune umeboshi rouge en son centre, devient un symbole de solidarité nationale envers les soldats engagés au combat. Autre tradition typique de cette période, le Hinomaru Yosegaki consistait à faire signer un drapeau par les proches d’un soldat partant au combat, en guise de porte-bonheur ; une règle voulait qu’aucune inscription ne touche le disque solaire lui-même.

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Durant la guerre du Pacifique, le drapeau devient l’un des symboles les plus identifiés du Japon aux yeux des Alliés, qui lui donneront des surnoms péjoratifs. Dans les territoires occupés par l’armée japonaise en Asie du Sud-Est et en Corée, l’usage imposé du Hinomaru sert à affirmer la domination impériale, ce qui explique en grande partie la charge négative que le drapeau continue de porter aujourd’hui dans certains pays voisins.

L’occupation américaine et les restrictions d’après-guerre

Après la capitulation du Japon en 1945, le drapeau reste de fait utilisé, mais son affichage est soumis à l’autorisation du commandement suprême des forces alliées pendant les premières années de l’occupation. Les sources divergent sur la sévérité exacte de ces restrictions : certaines évoquent une véritable « interdiction », d’autres nuancent en précisant qu’il ne s’agissait pas d’un bannissement total mais d’un encadrement strict.

Le 2 mai 1947, le général Douglas MacArthur autorise à nouveau l’affichage du Hinomaru sur certains bâtiments officiels, comme la Diète, le palais impérial ou la résidence du Premier ministre, à l’occasion de la ratification de la nouvelle Constitution japonaise. Les restrictions sont encore assouplies en 1948, avant d’être totalement levées en janvier 1949 : chacun peut alors arborer librement le drapeau, ce qui pousse écoles et foyers à le hisser à nouveau jusqu’au début des années 1950.

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Un symbole toujours débattu dans le Japon contemporain

Pavillon des Forces maritimes d'autodéfense du Japon

 <span class="caption-source">© Wikimédia</span>
Pavillon des Forces maritimes d’autodéfense du Japon
© Wikimédia

Malgré la levée des restrictions, l’usage du Hinomaru reste marqué, dans l’après-guerre, par un certain retrait : le sentiment patriotique associé au « Grand Japon » impérial d’avant-guerre cède la place à un Japon plus pacifiste, méfiant vis-à-vis de ses propres symboles nationaux. Le drapeau redevient un enjeu politique à l’occasion de grands événements, comme les Jeux olympiques de Tokyo en 1964 (où la taille du disque solaire est légèrement modifiée pour paraître plus visible aux côtés des autres drapeaux) ou le décès de l’empereur Hirohito en 1989.

Le sujet le plus sensible reste toutefois son usage dans les écoles publiques. Depuis 1950, le ministère de l’Éducation encourage, puis à partir de 1989 exige, la présence du drapeau et le chant de l’hymne lors des cérémonies de rentrée et de fin d’année scolaire, sous peine de sanctions pour les enseignants récalcitrants. Ces obligations ont donné lieu à des contestations, des recours devant les tribunaux et, dans certains cas, à des enseignants refusant d’honorer les symboles nationaux, estimant que cette obligation porte atteinte à la liberté de conscience garantie par la Constitution.

À l’étranger, la perception du drapeau reste également contrastée. Dans des pays anciennement occupés par le Japon, comme la Chine ou la Corée du Sud, l’officialisation du Hinomaru en 1999 a pu être perçue comme un signe de remilitarisation, dans un contexte de débats sur le sanctuaire Yasukuni ou la coopération militaire nippo-américaine. À l’inverse, dans d’autres pays occupés par le passé, comme les Philippines, la loi de 1999 a été accueillie avec plus de neutralité, certains y voyant simplement l’exercice légitime du droit de tout État à se doter de symboles nationaux.

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Plus récemment, le sujet est revenu sur le devant de la scène politique japonaise : à la suite d’un accord de coalition entre le Parti libéral-démocrate et le Parti d’Ishin en octobre 2025, une loi pénalisant la dégradation volontaire du drapeau national a été votée par la Chambre des représentants le 30 juin 2026, puis adoptée par la Chambre des conseillers le 17 juillet 2026. Jusqu’alors, contrairement à de nombreux pays, le Japon ne disposait d’aucune loi punissant spécifiquement le fait de brûler ou de détériorer son propre drapeau, alors que la destruction d’un drapeau étranger sur le sol japonais était, elle, déjà répréhensible.

Le protocole d’usage du drapeau japonais

Le protocole veut que le Hinomaru soit hissé du lever au coucher du soleil ; les entreprises et établissements scolaires sont autorisés à le déployer pendant leurs seules heures d’ouverture. Lorsqu’il est présenté aux côtés d’un autre drapeau national, le Hinomaru occupe la place d’honneur, l’autre drapeau étant placé à sa droite, les deux étant de taille et de hauteur identiques. En cas de deuil national, deux usages coexistent : la mise en berne classique (han-ki), ou une tradition plus spécifiquement japonaise consistant à envelopper de tissu noir le sommet de la hampe et à y accrocher un ruban noir, pratique qui remonte au décès de l’empereur Meiji en 1912.

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Sur le plan domestique, l’affichage du drapeau n’est pas une obligation légale pour les particuliers ou les entreprises. Dans les faits, il reste aujourd’hui surtout visible sur les bâtiments publics, les mairies ou lors de cérémonies officielles, beaucoup de foyers japonais s’abstenant de le déployer en raison de son association persistante avec des mouvances nationalistes ou d’extrême droite.

Les drapeaux dérivés et apparentés au Hinomaru

Le disque solaire du Hinomaru a inspiré plusieurs autres emblèmes, à commencer par le fameux « drapeau du soleil levant » (Kyokujitsuki), qui ajoute des rayons rouges partant du disque central. Sa version à seize rayons, utilisée par la marine impériale japonaise dès la fin du XIXe siècle puis reprise après-guerre par les forces maritimes d’autodéfense japonaises, reste aujourd’hui un symbole sensible, souvent comparé par certains pays voisins à une iconographie militariste, en raison de son usage pendant la période coloniale.

Le motif solaire irrigue aussi une grande partie des symboles administratifs japonais : chacune des 47 préfectures du pays possède son propre drapeau, généralement construit sur le même principe qu’un emblème (mon) centré sur un fond uni, souvent avec un ratio identique à celui du drapeau national. Au niveau international, deux drapeaux nationaux récents rappellent formellement le Hinomaru par leur composition : celui du Bangladesh (un disque rouge sur fond vert, adopté en 1972) et celui des Palaos (une lune dorée décentrée sur fond bleu), un archipel qui fut administré par le Japon entre 1914 et 1944, bien que son gouvernement ne revendique pas explicitement cette influence.

FAQ

Pourquoi le drapeau du Japon est-il un cercle rouge sur fond blanc ?

Le cercle rouge représente le soleil, en lien avec le surnom du Japon, « pays du Soleil Levant », et avec la déesse solaire Amaterasu, dont la famille impériale se revendique descendante. Le fond blanc symbolise traditionnellement la pureté et l’honnêteté.

Depuis quand le Hinomaru est-il le drapeau officiel du Japon ?

Il n’a un statut légal de drapeau national que depuis le 13 août 1999, date de promulgation de la loi relative au drapeau et à l’hymne nationaux, bien qu’il ait servi de drapeau de facto dès 1870.

Quelle est la différence entre le Hinomaru et le drapeau du Soleil Levant ?

Le Hinomaru est le drapeau national civil (disque rouge centré sur fond blanc). Le drapeau du Soleil Levant, utilisé historiquement par l’armée impériale puis aujourd’hui par les forces d’autodéfense maritimes, ajoute des rayons rouges partant du disque, généralement décentré.

Le drapeau japonais a-t-il été interdit après la Seconde Guerre mondiale ?

Son usage a été fortement restreint sous l’occupation américaine, nécessitant une autorisation, mais il ne s’agissait pas d’une interdiction totale. Les restrictions ont été progressivement levées entre 1947 et 1949.

Pourquoi le drapeau japonais est-il controversé dans certains pays ?

Son usage intensif comme symbole de propagande pendant l’expansion coloniale et la Seconde Guerre mondiale, notamment dans les territoires occupés d’Asie, explique qu’il évoque encore aujourd’hui des souvenirs douloureux dans des pays comme la Chine ou la Corée du Sud.

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