
Les génériques d’introduction ou de conclusion (que l’on nomme plus souvent opening et ending) sont des standards de l’animation japonaise. Ils sont présents dans toutes les séries animées nippones. Mais saviez-vous pourquoi ils durent quasi-systématiquement 1 minute et 30 secondes, soit 90 secondes ? La réponse se trouve dans un mélange d’exigences musicales, d’économie de production, de standardisation télévisuelle et de fonctionnalité artistique et narrative. Rien que ça ! Les raisons sont donc systémiques. Cet article vise à vous présenter le maximum d’explications rationnelles et établies. Pas de théories fumeuses ou bancales.
Les raisons économiques

Selon le site AnimeNewsNetwork, l’industrie de l’animation continue sa croissance et représente une valeur de 3,3465 milliards de yens. Convertissez cela en euros et vous arrivez à 29,6 milliards. C’est astronomique. Et cela continue d’augmenter avec les années. Le phénomène n’est pas près de s’enrayer, puisque de nouveaux marchés sont encore à conquérir. Les générations sont de plus en plus nombreuses à consommer de l’animation japonaise (celles qui ont commencé ont désormais 40-60 ans, et les jeunes sont baignés dedans dès leur enfance). Enfin, le médias devient de plus en plus grand-public (mainstream comme on l’entend de plus en plus). Aujourd’hui, regarder des animes, c’est quelque chose de normal, c’est un contenu de divertissement comme un autre. Ce n’est plus la honte que certains pointaient du doigt il y a encore une vingtaine d’années. Merci le Club Dorothée, merci également à tous les acteurs qui ont permis de surmonter ce tabou ridicule dans l’espace public mondial, et notamment en France.
Bref, revenons à nos moutons et la durée de 90 secondes des openings dans les animes. Pourquoi une telle constance ? Pourquoi un format systématique ? Pourquoi ne pas chercher à tenter d’autres formats ? Comme souvent, qui dit industrie conséquente dit revenus gigantesques. Et derrière, on trouve tout un tas d’acteurs qui ont leur mot à dire. Parmi eux, les publicitaires, les éditeurs, les chaînes de télévision qui diffusent, et bien évidemment les studios d’animation. Ce sont les petites mains qui nous offrent les épisodes à un rythme effrayant (la norme est de 1 par semaine, avant une grosse période de production en amont). Ce sont bien les studios qui sont les premiers à donner des exigences. L’opening est un morceau de 90 secondes animé avec soin, qui sera réutilisé à chaque épisode. Il remplit en outre de nombreuses fonctions : il donne le temps d’installer l’ambiance, il présente habilement les personnages principaux (protagonistes comme antagonistes), et il donne un avant-goût de l’univers de la série. Souvent, on peut considérer les génériques d’introduction comme des vitrines artistiques. Et saviez-vous que dans la plupart des cas, ils sont confiés à des réalisateurs ou à des animateurs spécialisés ? Ceux qui ont de la bouteille, des idées, et surtout de l’expérience en la matière. Eh oui, il ne faut pas se louper. Il est nécessaire de capter l’âme et la substance de l’œuvre, afin de retranscrire l’identité d’un anime.
Vous l’aurez compris, le premier argument économique, c’est que le studio d’animation peut employer sa force de frappe pour générer un créneau de 90 secondes, réutilisable à souhait. D’autres impératifs économiques sont responsables de ce format. Les labels de J-Pop, ça vous parle ? L’industrie musicale nippone est vraiment friande des animations, et des séries en tout genre. Il faut les comprendre : c’est un formidable moyen d’expression et de publicité pour eux. Aujourd’hui, une réussite critique est diffusée et traduire dans tout le monde, sur l’ensemble des continents ! On peut la consommer à la télévision, en format physique (DVDs, Blu-Ray) ou bien directement sur internet, en streaming. Il est donc logique qu’aujourd’hui, les labels figurent parmi les principaux sponsors de la japanimation… Et quand on donne un beau chèque, on a ses exigences, ses demandes, ses prétentions. Ici, il y a le fait de mettre en avant des artistes, notamment. Pour que ça fonctionne, il faut généralement présenter au moins un couplet et un refrain. Et pour faire tout ce montage, on a besoin de 1 minute 30. Pendant cette période, on adapte une musique pour la faire tenir dans cette longueur réduite. On encadre les moments marquants du son, et on obtient une belle exposition pour promouvoir un artiste ou un nouvel album. Pendant au moins 10 épisodes, le générique reviendra inlassablement au début de chaque épisode. Et ce, partout dans le monde ! Les génériques ne sont plus, aujourd’hui, traduits et doublés (à notre grand regret, CF Pokémon ou Nicky Larson). Pour en savoir plus sur le monde de la J-Pop et son lien avec la japanimation, nous vous recommandons l’article Wikipédia très complet.
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Les stratégies télévisuelles

Au Japon particulièrement, les épisodes d’anime diffusés à la télévision suivent un format très standardisé, afin de s’adapter aux créneaux horaires ainsi qu’à la gestion des publicités. Vous l’avez tous vu : environ à la moitié de l’épisode, il y a une coupure, avec généralement une petite scène qui se répète deux fois. La première pour annoncer une coupure publicité, la seconde pour indiquer la reprise après celle-ci. L’exemple le plus marquant pour ces 20 dernières années est sans aucun doute One Piece. Ce monument de l’animation, avec ses plus de 1000 épisodes, propose à chaque fois une coupure publicitaire (commercial break, en anglais). Elle est facilement identifiable avec sa musique culte. L’animation de ce moment publicitaire change régulièrement. Si, en streaming, nous n’avons pas cette coupure publicitaire, elle est bien présente au Japon et à la télévision. Ce moment de pause est directement relié à l’opening de 90 secondes. En effet, ce dernier permet d’équilibrer la durée totale de l’épisode, qui est souvent autour de 24 minutes. Cela donne une bonne introduction, tout en laissant un ventre mou publicitaire à la moitié de l’épisode avant une reprise du contenu principal.
Pour résumer, on retrouve une structure typique dans à peu près tous les animes depuis 30 ans : un opening, une moitié d’épisode, un entracte publicitaire, une seconde moitié d’épisode et un ending, qui reprend les codes du générique d’introduction. Cet arrangement a été étudié et éprouvé, et fonctionne terriblement bien sur les spectateurs. Combien de fois, devant votre télévision, vous avez laissé tourner les openings ? Certains sont devenus légendaires : A Cruel Angel’s Thesis pour Neon Genesis Evangelion, Cha-La Head-Cha-La de Dragon Ball Z, Silhouette de Naruto Shippuden, Change de Bleach ou plus récemment Gurenge de LiSA qui a connu un succès exceptionnel. Si vous ne les connaissez pas, foncez sur YouTube les écouter et vous faire un avis. Si vous les connaissez déjà, il y a des chances pour que depuis votre découverte de ces derniers, vous les consommiez d’une autre façon : via des services de streaming comme Spotify ou Apple Music, via des CDs que vous avez achetés… Le point commun de tout cela ? La porte d’entrée vers cette production musicale était le générique d’introduction de l’anime. Tout part de là.
Pour terminer cet article, voici une rapide comparaison avec les génériques des séries occidentales. Comme expliqué dans ce billet, les animes japonais se concentrent sur la narration visuelle. L’idée, c’est de présenter un univers rapidement, mais aussi les personnages principaux et donner un avant-goût de l’ambiance ou des enjeux de la narration. Les séries, comme Game of Thrones ou Breaking Bad, mettent surtout en avant le casting, les créateurs et le thème musical dominant qui marquera les esprits et qui donnera une identité à la série. Au niveau de la durée, les animes optent pour un générique de 1 minute 30 secondes, avec souvent une chanson originale, tandis que les séries occidentales ont des génériques plus courts ou variables, parfois de quelques secondes. L’exception étant évidemment Game of Thrones, qui a cartonné avec des génériques épiques et longs. Le style visuel est aussi très différent. Les animes ne suivent pas toujours leur chara-design dans les openings. C’est parfois l’occasion d’explorer des interprétations plus colorées ou abstraites de leurs personnages. Les séries occidentales privilégient souvent des montages d’images, des séquences tournées spécialement, ou bien des extraits pour les plus anciennes (comme NCIS, par exemple). Ce n’est pas une vérité générale, mais nous pensons pouvoir résumer les différences en cette phrase : le générique d’anime est pensé comme un véritable outil artistique et marketing, tandis que celui des séries occidentales reste plus informatif et fonctionnel dans son genre.
Et vous, quel est votre avis sur les génériques d’animes ? Certains vous ont marqué ? N’hésitez pas à nous le dire dans les commentaires de cet article !
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