Journal With Witch, ou comment une série d’animation peut toucher juste là où ça fait mal — et ça fait du bien

Il arrive, rarement, qu’un anime vous prenne par la main avec une douceur trompeuse et vous laisse, treize épisodes plus tard, avec l’impression d’avoir traversé quelque chose de vrai. Journal With Witch est de ceux-là.

Adapté du manga de Tomoko Yamashita publié entre 2017 et 2023, l’anime en treize épisodes a été produit par le studio Shuka et diffusé au début de l’année 2026 sur Crunchyroll. La réalisation est signée Miyuki Oshiro, et la musique confiée à Kensuke Ushio, déjà à l’œuvre sur A Silent Voice et Ping Pong the Animation. Une équipe qui sait ce qu’elle fait, au service d’une histoire qui méritait ce soin.

Il n’y a pas de sorcière dans Journal With Witch. Enfin, pas vraiment. Il y a Makio, romancière à succès, solitaire par conviction, introvertie jusqu’au bout des ongles, que la petite Asa, 15 ans, regarde avec les yeux que les enfants réservent aux choses qu’ils ne comprennent pas encore : une fascination mêlée de crainte, comme face à une créature d’un autre monde. C’est de là que vient le titre.

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La prémisse est simple, presque banale : Asa perd ses parents dans un accident de voiture. C’est la tante Makio, sa seule famille, qui la recueille, une tante qu’elle connaît à peine, que sa mère avait coupée de leur vie depuis des années. Deux étrangères sous le même toit. Un carnet posé sur une table. Et treize épisodes pour que quelque chose, lentement, se construise.

Une série à double lecture

Ce qui frappe dès les premiers épisodes, c’est la façon dont Journal With Witch parle simultanément à deux publics sans jamais trahir l’un ni l’autre. Un ado y verra son histoire : une jeune fille qui perd ses repères, qui entre au lycée dans un monde qui lui semble hostile, qui ne sait pas encore qui elle est ni qui elle veut être. L’isolement social d’Asa, cette sensation d’être transparente, de chercher sa place, résonnera profondément pour quiconque a traversé l’adolescence avec l’impression d’être en décalage.

Mais un adulte y lira autre chose. Il verra Makio, ses défenses, ses fuites, sa relation sabordée avec son ex-petit ami, son incapacité à accueillir quelqu’un d’autre dans une vie construite comme une forteresse. Il reconnaîtra ce moment où l’on réalise qu’on a organisé son existence pour éviter certaines douleurs, et que quelqu’un, sans prévenir, vient en démonter les murs.

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La série alterne les points de vue avec une élégance remarquable. Chaque épisode navigue entre les deux protagonistes, leur accordant à chacune le même soin, la même profondeur. Jamais l’une n’est réduite à servir le récit de l’autre. Deux femmes, deux solitudes, deux façons d’être au monde, et une série qui leur fait justice sans jamais choisir son camp.

Les leçons de vie qui ne se disent pas, elles se vivent

Ce que la série traite avec le plus de justesse, c’est la solitude comme état par défaut et la difficulté, presque insurmontable parfois, de le reconnaître. Makio s’est construite dans l’isolement. Elle écrit seule, vit seule, pense seule. Ce n’est pas du repli sur soi dramatisé : c’est juste une façon d’être, montrée sans jugement. Puis Asa arrive, et tout ce que Makio avait organisé pour ne jamais avoir à se confronter à l’autre s’effondre, doucement, inexorablement.

Il y a aussi quelque chose de puissant sur ce qu’on pourrait appeler la tête dans le guidon. Makio est une professionnelle accomplie, absorbée par son travail, et c’est précisément cette absorption qui lui a permis de ne pas regarder certaines choses en face. La série ne le juge pas. Elle l’observe, avec une tendresse lucide.

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Du côté d’Asa, le deuil est traité avec une honnêteté rare dans l’animation. Elle ne pleure pas à intervalles réguliers pour rappeler au spectateur qu’elle souffre. Elle fait le ménage. Elle cuisine. Elle essaie d’être utile. Et c’est dans ces gestes, dans cet acharnement silencieux à rendre service, qu’on mesure l’ampleur de ce qu’elle a perdu et de ce qu’elle ne sait pas encore comment exprimer.

Le journal intime comme outil de construction de soi

Le carnet d’Asa est bien plus qu’un artifice narratif. C’est le lieu où elle apprend à exister comme sujet, non plus fille de, non plus nièce de, mais elle-même. Écrire pour soi, quand on a grandi dans une famille où l’expression personnelle était peu encouragée, c’est un acte presque révolutionnaire. La série le comprend parfaitement.

Car le rapport d’Asa à sa mère, cette mère aimée et envahissante, possessive et blessée, est l’une des dimensions les plus subtiles de l’œuvre. Faire le deuil d’un parent, c’est aussi accepter de faire le deuil de l’image qu’on s’en était faite, de rouvrir des questions que la mort a brusquement rendues sans réponse. Asa doit apprendre à tenir les deux à la fois : l’amour qu’elle lui portait et les parts d’ombre que Makio lui révèle peu à peu. C’est exigeant, c’est beau, et la série ne l’édulcore jamais.

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Un anime court, dense et rafraîchissant

Dans un paysage saisonnier souvent dominé par les grandes franchises, les isekai à rallonge et les shonen spectaculaires, Journal With Witch fait figure d’ovni bienveillant. Treize épisodes, pas un de trop. Une narration qui respecte l’intelligence du spectateur. Une animation sobre mais précise, portée par la musique de Kensuke Ushio, qui sait se faire oublier pour mieux souligner l’émotion.

Il n’y a pas de combat, pas de fan-service, pas de twist fracassant. Il y a deux femmes qui apprennent à se parler. Il y a une jeune fille qui grandit. Il y a une tante qui se laisse surprendre par la vie. Et c’est, dans sa simplicité voulue, d’une richesse extraordinaire.

Nous recommandons cet anime sans réserve à quiconque cherche autre chose que du spectaculaire. Aux parents qui veulent partager quelque chose avec leurs adolescents. Aux adultes qui ont envie de se rappeler ce que c’était que de ne pas savoir encore. Aux amateurs de cinéma qui pensent que l’animation ne peut pas être sérieuse. Et à tous les autres. Journal With Witch prouve qu’on peut raconter l’essentiel avec presque rien, et que c’est souvent là que réside le plus grand art.

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