Hiroshima — La ville miracle du Japon

Hiroshima

Hiroshima (広島) est la capitale de la préfecture éponyme et la principale ville de la région de Chugoku au Japon. Elle abrite près de 1,2 million d’habitants. Sa fondation remonte à 1589, mais elle est surtout connue pour avoir été la triste cible de la première des deux seules bombes atomiques jamais utilisées contre une population, le 6 août 1945 à 8 h 15 par les Américains.

Bien que la majorité de la ville ait été détruite, elle s’est rapidement reconstruite au point d’être devenue la plus grande localité de la région de Chugoku, à l’ouest de Honshu. Les quelques bâtiments qui ont survécu à l’enfer atomique ont presque tous été rénovés. Le mémorial de la paix Hiroshima fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Transports

On peut accéder à Hiroshima par les quatre principaux moyens de transport (l’avion, le train, le bus et le bateau). Il se situe à 50 km à l’est dans la ville de Mihara. On peut emprunter des navettes pour aller à la gare ou à la station centrale de bus. L’aéroport Hiroshima permet d’effectuer de nombreux vols internationaux. Les pays asiatiques voisins sont notamment desservis, comme la Corée du Sud avec Séoul, la Chine avec Pékin ou Shanghai, Taiwan ou Hong Kong. Il est possible de l’utiliser pour se rendre à Tokyo, à Sapporo, à Sendai ou à Okinawa.

La gare de Hiroshima se trouve à l’est de la ville. Elle est grande, mais demeure très pratique, même pour un étranger néophyte. Elle est exploitée par la compagnie JR West. La ville est située à 3 h 48 de Tokyo par le Shinkansen Nozomi. En prenant le train Hikari, il faut compter 5 h. Elle offre de nombreuses correspondances entre les lignes locales : Kabe, Kure et Geibi. Ces dernières vont desservir la préfecture de Hiroshima et plus globalement la région Chugoku.

Les bus sont très développés et accessibles. Ils ont l’avantage de proposer des tarifs plus intéressants que l’avion et le train. Il est possible de relier Tokyo en une dizaine d’heures. Il faut compter 7 h 45 pour se rendre à Kyoto et 4 h pour aller à Fukuoka. La plupart des Japonais et des touristes choisissent de réserver des trajets nocturnes pour faire passer le temps et économiser une nuit d’hébergement. Il est également envisageable de visiter la ville de Hiroshima dans un bus spécial pour vacanciers. Ces derniers partent toutes les 20 minutes pour des tours complets de la ville et sont gratuits si vous disposez d’un JR pass.

Enfin, le bateau est une solution de transport pratique dans certains cas. On peut rejoindre Miyajima, Kure, Imabari et Matsuyama en partance du port d’Hiroshima. Il faut compter en moyenne 2000 ¥ pour un aller simple et 3600 ¥ pour un aller-retour. Les enfants profitent d’un tarif à moitié prix. Les départs s’effectuent généralement entre 8 h 40 et 17 heures.

Climat

Hiroshima offre un climat subtropical humide. Il faut donc composer avec des hivers frais-doux et des étés chauds et humides. Le mois de juillet est le plus chaud de l’année avec des maximales de 35°. Les précipitations sont nombreuses et régulières (surtout en juin et juillet). Entre juin et octobre, Hiroshima peut être affecté par des typhons. L’hiver est la saison la plus sèche et offre des maximales de plus de 10°.

Que visiter à Hiroshima ?

Nous vous conseillons de passer par le centre d’information touristique. Si vous maîtrisez un minimum d’anglais, on pourra vous guider sur les lieux à explorer ainsi que les principales recommandations saisonnières. C’est aussi l’occasion d’obtenir diverses cartes du Japon et des brochures intéressantes pour mieux saisir la topographie. Un autre espace de renseignement est disponible dans le port pour les voyageurs arrivant par la mer. Il est ouvert le vendredi, samedi et le dimanche.

Hiroshima est le symbole de la paix au Japon. Il va donc falloir se préparer à visiter de multiples monuments dans la thématique. Nous vous préconisons de commencer avec la cathédrale de la paix, qui est ouverte de 9 h à 16 h 30. L’entrée est libre. Elle est située à seulement 300 m au sud du jardin Shukkei. Il est dit que les briques utilisées pour l’aménagement de ce bâtiment représentent le nombre de victimes de l’explosion atomique.

La principale visite de Hiroshima est sans conteste le dôme de la bombe A. C’est l’un des rares témoignages architecturaux de la localité de la catastrophe d’août 1945. Même s’il a été partiellement détruit, il est resté debout après le souffle de l’explosion. Au moment de la reconstruction de la ville, il a été décidé de conserver cet édifice unique en guise de cicatrice à ciel ouvert afin de marquer les mémoires. Le vestige avait originellement pour fonction d’être l’ancien palais du développement industriel local. Il a par la suite été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1996.

Le musée de Hiroshima pour la paix est l’un des meilleurs musées du Japon avec celui d’Edo à Tokyo. Plusieurs salles mettent en lumière le déroulé des événements de la Seconde Guerre mondiale qui ont amené les Américains à bombarder le Japon. Il y a aussi un remarquable travail de recherche sur l’élaboration de l’arme atomique, sur les premiers essais nucléaires, notamment au Mexique… la dernière partie de la visite peut toutefois heurter la sensibilité de certains. On y découvre des photographies saisissantes, des atrocités et des brûlures provoquées par la chaleur, les radiations et même la « pluie noire » qui est issue du nuage atomique.

Dans une tout autre ambiance : les gorges de Sandankyo sont classées comme des paysages particulièrement remarquables. Elles se trouvent dans le parc de Nishi, à une heure de route de Hiroshima. Si vous souhaitez contempler les érables rougeoyants, c’est l’un des deux meilleurs lieux du Japon avec l’île de Miyajima ! On y observe aussi de grandes étendues d’eau, des bassins profonds, des cascades sur plusieurs kilomètres. La visite se finit généralement avec de magnifiques panoramas sur la falaise et la forêt primaire Sarutobi.

Le château de Hiroshima (広島城, Hiroshimajō) est un endroit immanquable. Il est aussi surnommé le château de la carpe. Il a été construit sur une plaine au centre de la ville, ce qui l’oppose directement aux édifices perchés au sommet d’une montagne ou d’une colline. Il s’articule autour d’un donjon principal de cinq étages de haut et d’un terrain ceinturé de plusieurs douves. L’enceinte du château abrite de nombreux monuments comme un sanctuaire ou divers bâtiments restaurés du deuxième cercle de défense, le Ninomaru. Si la cité s’était à l’origine développée en tant que ville fortifiée, le château en était l’élément central, physique et économique. Il a été édifié au XVIe siècle et résistera aux époques… sauf à la bombe atomique de 1945. Il ne faudra attendre que 13 années pour que son donjon principal soit reconstruit en béton armé avec un bel extérieur partiellement en bois.

Histoire

L’emplacement actuel de la ville de Hiroshima était à l’origine un modeste village de pêcheurs le long des rives de la baie de Hiroshima. On le rattachait traditionnellement, à partir du XIIe siècle, au temple bouddhiste zen dominant de la région, le Mitaki-ji. Sous l’influence du clan Taira, les échanges se multiplient et la province devient prospère.

La localité est soudainement propulsée dans le monde de la politique et de l’affrontement avec les périodes Sengoku et Edo, entre 1589 et 1871. Le renommé château de Hiroshima est érigé dans les années 1590 et le puissant seigneur de guerre Mori Terumoto s’y installe en 1593. Ce dernier va cependant perdre la grande bataille de Sekigahara et son opposant vainqueur, le célèbre Tokugawa Ieyasu va le priver de la plupart de ses fiefs, Hiroshima y compris. La ville est ainsi administrée par le clan Asano entre 1619 et 1871.

Il faut attendre 1871 pour que la localité évolue en la véritable capitale de la préfecture de Hiroshima. La période impériale est marquée par une transition entre des industries rurales aux industries urbaines, et Hiroshima va en profiter. Elle devient un centre citadin prédominant dans le Japon d’alors. Elle est également l’un des rares points d’entrée de l’influence étrangère au pays du soleil levant : à partir des années 1870, elle va abriter l’une des sept écoles de langue anglaise parrainée par le gouvernement.

Son accessibilité avec le reste du Japon se développe sans cesse. Cela commence avec le port d’Ujina qui est construit dans les années 1880 et fait de la ville une place marchande. Le chemin de fer Sanyo est prolongé jusqu’à Hiroshima en 1894. Très vite, une autre ligne ferroviaire va relier la gare principale au port. Cela permettra notamment de faciliter le transport des troupes militaires pendant la Première Guerre sino-japonaise. D’ailleurs, c’est durant cette brève période que le gouvernement japonais va temporairement s’y installer. L’empereur Meiji en personne va établir son quartier général au château d’Hiroshima entre le 15 septembre 1894 et le 27 avril 1895.

Petit à petit, la ville acquiert une aura politique. En plus d’accueillir les grands pontes japonais, Hiroshima est le lieu où les pourparlers se dérouleront entre les représentants chinois et japonais pour mettre fin au conflit sino-japonais entre le 1er et le 4 février 1895.

Le XIXe siècle sera marqué par une industrialisation massive de Hiroshima. De nombreuses entreprises de filature de coton seront par exemple inaugurées. Les activités seront stimulées par la guerre avec la Russie en 1904. Il fallait fabriquer des milliers de fournitures militaires et soutenir l’effort de guerre. La dimension mercantile de la ville ne cessera de rayonner avec l’ouverture d’un hall d’exposition commerciale en 1915. Cela permet la présentation et la distribution de nouveaux produits venus de l’étranger.

Le gouvernement japonais se résoudra à entrer en conflit contre les Allemands en rejoignant la Triple-Entente durant la Première Guerre mondiale. Hiroshima reprendra son rôle prédominant dans l’activité militaire avec des décisions fortes. Quelque 500 prisonniers de guerre allemands seront détenus sur l’île de Ninoshima (située dans la baie de Hiroshima). Il faut dire que l’Angleterre était une alliée du Japon depuis le traité du 30 janvier 1902. De plus, le pays du soleil levant s’était alors rapproché des États-Unis, une puissance en pleine émergence au début du XXe siècle.

Fort de son emplacement géographique, stratégique et de son rayonnement progressif à l’international, Hiroshima se développe sans cesse au cours de la première moitié du XXe siècle. Un vicaire apostolique est d’ailleurs nommé par l’Église catholique le 4 mai 1923 !

Le destin de la ville basculera avec l’entrée en guerre du Japon contre les États-Unis après le bombardement de Pearl Harbor. Une fois n’est pas coutume, Hiroshima est une place forte de l’armée impériale nipponne, accueillant notamment la deuxième armée générale et l’armée régionale de Chugoku. Le quartier général de la marine se situait au port d’Ujina. Enfin, d’énormes dépôts de fournitures militaires étaient stockés.

La ville d’Hiroshima n’a pas été autant ciblée que Tokyo et bien d’autres localités par les premiers bombardements américains. Il n’empêche que les Japonais s’attendaient tôt ou tard à être les victimes du feu américain. Des documents attestent la mobilisation forcée d’écoliers de 11 à 14 ans pour démolir certaines maisons et créer des pare-feu.

Bombe de Hiroshima

Le lundi 6 août 1945 à 8 h 15, heure locale, la bombe atomique Little Boy est larguée par les autorités américaines sur Hiroshima. L’explosion tue plus de 70 000 personnes sur le coup. Les sacrifiés sont d’ailleurs hétérogènes : les sources indiquent qu’il y avait moins de 10 % de militaires, énormément de civils et même des milliers d’esclaves coréens. Les dégâts matériels sont colossaux avec 70 % des bâtiments de la ville qui ont été détruits. Les autres sont fortement endommagés.

Hiroshima sera rapidement reconstruite après la guerre. Elle profitera de l’aide du gouvernement national adopté en 1949. Mais avant cela, les habitants devront faire face au terrible typhon Makurazaki le 17 septembre 1945. Il fera plus de 3000 morts et blessés. La ville de Hiroshima devient un symbole de la paix au Japon et dans le reste du monde. Elle est d’ailleurs proclamée officiellement « Ville de la paix » par le Parlement japonais en 1949 à l’initiative du maire Shinzo Hamai. Le musée du mémorial de la paix Hiroshima est ouvert en 1955 dans le parc de la paix. Une pagode atypique en acier (plutôt qu’en pierre) de la paix est construite en 1966.

À la suite de la mer de ruines résultant du bombardement atomique, Hiroshima doit rebâtir la quasi-intégralité de ses établissements. Cela comprend les installations de transport, de communication, les habitations et les systèmes d’eau et d’égout. Réaménager la ville d’Hiroshima commence avant tout par le développement de fondations urbaines dans le cadre du projet de reconstruction des préjudices de guerre. La localité est officiellement reconnue comme l’une des 115 villes japonaises endommagées par le conflit.

Il faut féliciter les citoyens de la ville d’Hiroshima qui ont travaillé dur pour restaurer en urgence la plupart des infrastructures après des dégâts catastrophiques. De nombreux plans de réédification et des programmes ont été échafaudés pour pallier l’urgence. Il est dit que les trains et les tramways ont été les premiers services réhabilités. Trois jours seulement a posteriori du bombardement, le 9 août 1945, quelques voies de tramway avaient partiellement repris ! Les lignes de chemins de fer nationaux japonais ont été réouvertes le 8 août, deux jours après le bombardement…

Un total de 34 plans de reconstruction ont été proposés par des citoyens, des responsables gouvernementaux et même des étrangers lorsque la paix était revenue. La plupart des suggestions étaient très ambitieuses, en allant plus loin que les plans de la ville avant sa destruction. On évoquait alors des routes de 100 m de large, des espaces verts gigantesques et des réaménagements fonciers afin de sécuriser les terrains pour les infrastructures. Cependant, il faut préciser qu’à l’époque, la ville d’Hiroshima rencontrait de répétitives difficultés notoires de financement. De lourdes charges ont parfois été imposées aux citadins au nom de la réédification de la cité. Néanmoins, la crise a pu être surmontée avec de nombreuses aides fournies par les pays étrangers.

La restructuration urbaine ne se fera pas sans heurts. Le territoire désigné pour construire des routes, des parcs et même une ceinture verte comprenait des groupes de logements et des magasins illégaux qui avaient été érigés rapidement par ceux qui avaient perdu leur maison. Il fallait donc commencer par la suppression de certains bâtiments. Le quartier de Nakajima qui deviendra plus tard le centre du mémorial avait par exemple une dense condensation de plusieurs résidences et d’installations de loisirs avant le bombardement atomique. Les habitants de la zone ont été forcés de déménager ailleurs.

Nous avons titré cet article en parlant de miracle japonais. L’idée était de mettre en avant la renaissance subjuguant de la ville depuis une destruction quasi intégrale. Avant la Seconde Guerre mondiale, Hiroshima concentrait diverses usines importantes dans le secteur manufacturier. Les différents recensements qui ont été fournis par les autorités après la Seconde Guerre mondiale nous permettent de mesurer la rapide reconstruction de la ville et, plus globalement, de la préfecture. C’est ainsi que le nombre d’ouvriers dans l’industrie manufacturière avec cinq travailleurs à temps plein ou plus est revenu au niveau de l’avant-guerre dès 1947 et 1948. Il faut préciser que les grandes usines étaient généralement en périphérie de la ville et donc loin de l’hypocentre de la bombe. Certaines bâtisses ont pu être conservées et réutilisées.

Cependant, personne ne peut nier l’effort colossal proposé par les salariés japonais pour rebâtir la ville. Le rapport du nombre d’ouvriers sur le nombre total d’employés de la préfecture était largement supérieur aux moyennes nationales d’avant-guerre et même d’après-guerre. La transformation des infrastructures militaires en installation d’entreprises privées a contribué à la réédification. La réalisation de nouveaux navires qui avaient été interdits par les Américains est de nouveau autorisée en avril 1952. Cela favorise l’industrie de la construction navale, historiquement chère à Hiroshima.

La population de l’agglomération passe d’environ 500 000 habitants en 1950 à 765 000 en 1965. Elle dépasse le million à la fin des années 1980. Depuis, Hiroshima est l’une des villes les plus importantes du Japon contemporain…

Organisation du G7

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Fumio Kishida, le Premier ministre japonais en exercice en 2022, souhaite organiser le sommet du « Groupe des Sept » (G7) de 2023 dans la ville de Hiroshima. Sa décision a été motivée par la récente guerre en Ukraine et la dangereuse invocation des ogives nucléaires par le président russe Vladimir Poutine.

Kishida est également un législateur élu de Hiroshima. Il a notamment affirmé que l’œuvre de sa vie est de parvenir à un monde sans aucune arme nucléaire. L’acte d’orchestrer le G7 dans l’agglomération dévastée par la première bombe atomique américaine n’est pas simple : il faut convaincre trois pays nucléaires (États-Unis, Royaume-Uni et France) de se rendre dans un lieu emblématique qui milite pour le désarmement planétaire.

Selon le ministère des Affaires étrangères, trois villes sont candidates pour accueillir ce sommet entre les grandes puissances : Fukuoka, Nagoya et Hiroshima. Les installations sont similaires, mais la dernière a l’avantage historique. Elle se démarque par sa capacité à envoyer un message à la communauté internationale. Finalement, la décision d’organiser le sommet de 2023 à Hiroshima a été officiellement prise avant la période des vacances de la Golden Week.

Les trois forces nucléaires membres du G7 n’ont pas soulevé d’objection à la surprise du Japon. Il se murmure que la visite à Hiroshima du président Barack Obama en 2016 a facilité les relations diplomatiques entre ce passé douloureux et les puissances occidentales. Kishida a dûment annoncé le lieu retenu au dirigeant américain Joe Biden à Tokyo le lundi 23 mai 2022.

Pour rappel, le dernier sommet du G7 piloté par le Japon s’était tenu dans la région d’Ise-Shima (préfecture de Mie).

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