30 ans après, le Japon « reprend » la chasse à la baleine commerciale

En 1982, le pays du soleil levant avait adhéré à la commission baleinière internationale. Quatre ans plus tard, les activités commerciales qui tournaient autour de la baleine avaient définitivement cessé. Seulement voilà, après plus de trois décennies sous le joug d’un moratoire national de la chasse à la baleine, le Japon s’est depuis retiré de l’accord. Pire encore, le pays s’apprête à reprendre la chasse à la baleine, officiellement, à partir du mois prochain.

Jusqu’alors, il y avait les « raisons scientifiques »

Même si le Japon était officiellement interdit de chasser des baleines, le pays pouvait continuer de le faire sous un motif bien particulier. Pour des raisons dites « scientifiques », des centaines de baleines étaient, chaque année, traquées et tuées. L’usage explicitement scientifique est à nuancer, puisque de nombreuses dérives apparaissaient de manière régulière. Parfois, la baleine finissait dans l’assiette de riches consommateurs, ou alors elle servait pour son huile si prisée.

Entre novembre 2017 et mars 2018, le pays a déclaré avoir capturé un total de 333 spécimens de baleines, dont 122 femelles. Mais depuis que le Japon a décidé de se retirer de la commission baleinière internationale, l’ensemble des projecteurs du monde se sont braqués sur le Japon et dénoncent en chœur un certain écran de fumée, servant à masquer la chasse à la baleine. Ce qui est depuis largement prouvé.

Concrètement, le Japon ne va pas reprendre la chasse à la baleine, puisqu’il ne l’a jamais arrêtée. L’alibi scientifique servait jusqu’alors de couverture, pour une chasse qui s’étendait jusqu’en Antarctique. En ce qui concerne la décision de se retirer de la CBI, on pourrait même penser qu’il s’agit d’une bonne nouvelle. Dans les faits, le Japon avait une grande influence dans les décisions qui visaient à protéger les baleines en créant des sanctuaires où la chasse et la pêche n’étaient pas autorisées. Désormais, il n’y aura plus cette force d’opposition qui pouvait bloquer certains projets internationaux. Mais d’un autre côté, le Japon a désormais carte blanche, et il ne peut plus se réfugier derrière l’alibi scientifique.

Une reprise nette et commerciale

Commençons par le bon côté : puisque le Japon a quitté la CBI, le pays n’est désormais plus autorisé à pratiquer une chasse dans les eaux internationales et en Antarctique. D’un côté, la capacité d’action s’est considérablement réduite sur une multitude de zones géographiques. Également, la contestation est vive dans ces zones, puisque le quota de la pêche scientifique avait été initialement fixé à plus de 1000 individus, mais il s’est réduit à 333, comme nous vous l’avons dit ci-dessus. En permanence, des associations comme Green Peace traquaient à leur tour les bateaux de pêche, les bousculaient dans leurs manœuvres, réduisant drastiquement leurs activités.

Grosso modo, le Japon pêchait dans les eaux arctiques et dans les eaux internationales, ce qui n’est désormais plus possible. Et malgré le retour à la chasse commerciale à la baleine, la demande de viande de baleines au Japon est à son plus bas niveau historique. Pour mieux comprendre cette donnée, il convient de citer les récentes études qui démontrent cette courbe négative pour une activité aujourd’hui de plus en plus décriée, même au sein de l’archipel. Dans les années 1960, environ 200 000 tonnes de viande de baleines qui étaient consommées au Japon chaque année. Et on ne parle même pas de son utilisation à des vues pharmaceutiques. Aujourd’hui, les 200 000 tonnes de viande paraissent démentielles, puisque seulement 5000 tonnes, selon les données du gouvernement, seraient consommées. De plus, l’industrie n’emploierait aujourd’hui que 1000 personnes, un nombre bien moindre que les standards du passé.

Bien évidemment, les dirigeants de multiples associations s’insurgent contre cette décision de reprendre la chasse à la baleine dans un but commercial. Hisayo Takada, la directrice du programme de Greenpeace au Japon, a notamment déclaré :

« Nos océans et leurs écosystèmes sont menacés par la hausse des températures de la mer et son acidification en raison du changement climatique, de la pêche industrielle et de la pollution plastique. Les baleines sont également très touchées par les changements climatiques, la pollution par les plastiques, l’exploration pétrolière et les captures associées à la pêche industrielle. Bien que ces problèmes nécessitent du temps pour être résolus, il existe également des menaces qui peuvent être immédiatement supprimées, telles que la chasse à la baleine. La chasse commerciale à la baleine est interdite depuis 1986 par la Commission baleinière internationale que le gouvernement japonais a aidé à mettre en place. »

Aujourd’hui, il est du devoir des instances européennes et internationales de tomber d’accord sur des mesures de protection efficaces. Le fait que le Japon ne puisse plus s’attaquer aux baleines situées dans l’Antarctique reste tout de même une grande avancée. D’autres pays chassent, néanmoins, encore les baleines, comme l’Islande ou la Norvège. Pour une meilleure protection de ces animaux aujourd’hui largement menacés, les contraintes minimes actuelles ne sont pas assez efficaces. L’association Sea Shepherd a mené d’innombrables campagnes contre les baleiniers japonais, ce qui a permis de sauver la vie à plus de 6000 individus. Un succès retentissant. Seulement voilà, pour définitivement protéger la baleine, il faut mettre en place des véritables sanctuaires pour les baleines, ce qui les préserverait sur le long terme.

Ne tombons donc pas dans l’hypocrisie facile et gratuite : si le Japon a décidé de reprendre la chasse à la baleine commerciale, elle est, dans les faits, continue depuis des dizaines d’années. On peut s’attendre à ce que les quotas explosent, mais on peut également se réjouir du fait que les zones de chasse ne seront pas aussi énormes que dans le passé. De tout temps, on a retrouvé de la viande de baleines sur les marchés, dans les restaurants japonais ou même dans les écoles.

Source : The Independent

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