Plus de la moitié du territoire japonais considérée comme “surdépeuplée”

Nous le répétons sans cesse, mais le Japon et ses autorités s’inquiètent de plus en plus quant au vieillissement de la population. De moins en moins nombreuse, la tendance est à une réduction importante de la démographie d’ici 2050 et ce de manière croissante. Plusieurs raisons sont à pointer du doigt, notamment celles sociales ou économiques, mais il y a aussi la question géographique qui doit être abordée. Nous vous proposons aujourd’hui une introduction sommaire sur le sujet des “kaso”, ces régions dépeuplées du Japon.

Les kaso

Tout d’abord, il convient de définir concrètement ce qu’est une région classée en tant que “kaso”. Juridiquement, cela concerne toutes les communes qui perdent au moins 10 % de leur population entre deux recensements, qui sont quinquennaux. Pour vous donner un ordre d’idées, en 2005, elles représentaient 8,3 % de la population totale du Japon, et 40 % des communes. En termes de superficie du territoire, cela signifie, à l’époque, 54,1 %. Avec le temps, les données montent, et le Japon se retrouve avec des régions, et un arrière-pays de plus en plus dépeuplé. La population est également de plus en plus âgée, ce qui contribue à ce dépeuplement.

Afin d’essayer de trouver une solution à ce problème, le Japon avait fait voter une loi en 1999 qui encourageait les fusions communales, de sorte à faire disparaître, artificiellement, des communes de kaso et essayer d’enrayer le phénomène. En fondant des entités urbaines résultant de la fusion de plusieurs communes, les régions se retrouvaient à court terme moins dépeuplées et bénéficiaient d’un dynamisme nouveau. Mais cette fusion artificielle n’a donné de résultats que sur quelques années, tout au plus. Par exemple, en 2004 – 2005, environ 250 communes ont fusionné en 60 nouvelles entités. Les conséquences se traduisent dans plusieurs domaines, mais le tourisme est certainement celui qui est le plus dynamisé à court terme. On peut également citer la mise en valeur du patrimoine qui est amélioré, ou des attractions ludiques ou sportives qui sont largement mises en avant, par rapport à des communes isolées qui ne peuvent bénéficier d’une telle vitrine.

Le problème des singes

Une des conséquences assez cocasses de ce phénomène de dépeuplement de l’arrière-pays du Japon, c’est l’abondance de meutes de singe depuis une trentaine d’années. Les campagnes reculées qui sont fragilisées par cette dépression rurale sont rapidement envahies, et cela pose de véritables problèmes à l’échelle locale. Les médias japonais rapportent fréquemment de nombreux incidents, que ce soient des vols ou des agressions physiques. Le vocabulaire s’est d’ailleurs durci à l’encontre de ces animaux, prenant de plus en plus un champ lexical musclé.

Mais il ne faut pas se laisser tenter de simplement imaginer que, puisque les espaces sont de plus en plus vierges de populations humaines, les singes en profitent pour les coloniser. Le problème remonte à l’homme, comme bien souvent. L’espace sauvage des singes se rétrécit de plus en plus. Les hommes, qui replantent régulièrement des arbres, privilégient des confrères économiquement rentables. Ainsi, les singes, qui sont habitués à certains fruits produits par ces arbres, s’orientent de plus en plus vers les habitations humaines, se traduisant également par l’absence de prédateur. En se mettant à quémander ou à voler aux humains de la nourriture, les singes peuvent ainsi survivre. Les villages qui se situent en montagne représentent sûrement l’un des exemples les plus parlants de cette nouvelle mobilité des singes. Cette dernière est un effet miroir de la mobilité des ruraux vers la ville.

Qu’en est-t-il de la dynamique rurale et urbaine au Japon ?

Remontons aux années 1970 pour comprendre la dynamique actuelle. Au cours de cette décennie, les démographes du Japon pensaient que le pays avait atteint une stabilisation de sa masse urbaine et de sa masse rurale. L’exode rural semblait alors à son apogée et globalement, nous étions sur des statistiques équilibrées. Mais nous nous sommes aperçus très vite que l’exact opposé s’est produit. Aujourd’hui, le solde migratoire est négatif pour les 36 départements, sur les 47 de l’archipel. Ils sont alors considérés comme “non-métropolitains”, et il faut savoir que ce chiffre augmente. En clair, ces départements avaient perdu chaque année 46 000 personnes en 1998, et plus de 111 000 en 2005. Nul doute que les chiffres de la décennie 2010 sont encore en hausse.

Au début des années 1980, certains départements continuent de se dépeupler. Globalement, en plus d’être touchés de plus en plus durement, il y a de plus en plus de départements qui perdent de la population, dorénavant. Entre 1995 et 2000, 23 départements sont concernés, et entre 2000 et 2005, il y a 31, soit deux tiers. Les Japonais se dirigent alors majoritairement et massivement vers les grandes villes, Tokyo en première ligne…

Source : Philippe Pelletier, Atlas du Japon

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