Château de Matsumoto

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Le château de Matsumoto (松本城, Matsumotojō) est l’un des plus beaux parmi les châteaux originaux du Japon. Il est situé au cœur de la ville de Matsumoto, dans la préfecture de Nagano, non loin de Tokyo. Il se distingue par son manteau noir qui lui vaut le surnom de « corbeau ». L’édifice est classifié monument historique au patrimoine culturel national. Il a été érigé dans les années 1593 – 1594. C’est le plus ancien château comportant un donjon de 5 niveaux et de 6 étages au pays du soleil levant.

Il est sans surprise l’un des emplacements les plus visités du Japon. Sa structure imposante, sa conception léchée et l’impression qu’il dégage prodiguent un air de splendeur et d’équilibre. C’est un château bâti sur une plaine (hirajiro) plutôt que sur une colline (hirayamajiro) ou une montagne (yamajiro). Sa fonction originelle était plus politique et économique que militaire. C’est l’un des mieux conservés du Japon et l’on apprécie surtout son donjon préservé de cinq échelons.

Histoire

Les origines du château remontent à la période Sengoku (1467 – 1615). Le shugo de la province de Shinano, Shimadachi Sadanaga décide de bâtir une fortification à l’endroit actuel. Ce n’est alors qu’un petit poste-frontière. L’édifice est saisi à la suite du siège de Fukashi en 1550. Le Japon est en proie à des guerres intestines.

L’emplacement finit par atterrir sous l’influence de Ogasawara Dosetsuzai. Mais c’est bien son neveu, Ogasawara Sadayoshi, qui rebaptise le complexe en château de Matsumoto. Il a la bonne idée de prêter allégeance à Tokugawa Ieyasu, le premier shogun des Tokugawa. Son clan gouverne le Japon de 1603 jusqu’à la restauration de Meiji en 1868.

Le général de guerre et fin stratège conquiert la ville de Odawara en 1590. Ishikawa Kazumasa est nommé responsable de Matsumoto. C’est lui qui, accompagné de son fils quelques années plus tard, construit la tour principale ainsi que le tenshu et la yagura au nord-ouest (tourelle de garde). Les travaux s’amorcent en 1590.

Les chantiers se succèdent. Très vite, la réalisation de la résidence, la porte du tambour, la porte noire, les douves, les différentes basses-cours et les sous-planchers du château sont engagés. Leur apparence est sensiblement comparable à ce que l’on peut explorer de nos jours. La majorité du site est achevée en 1593 – 1594.

Lorsque les menaces militaires s’interrompent en 1635, une troisième tourelle privée de défense est érigée. Elle est suivie par une tour d’observation de la lune. C’est l’architecture que l’on identifie aujourd’hui en parcourant le château. Les escaliers en bois, les ouvertures (meurtrières) et la terrasse d’observation au dernier étage du donjon principal.

Le gouvernement Meiji ordonne en 1872 la démolition de l’intégralité des anciennes fortifications féodales. Le souffle de la modernité balaie les politiques japonais qui entendent bien faire table rase d’un passé jugé honteux. Le château de Matsumoto n’y échappe pas. Nombreuses sont les structures qui sont détruites. Les terrains extérieurs sont vendus aux enchères pour être réaménagés.

Il se murmure même que le tenshu (天守), la tour centrale ou le donjon principal, d’un château japonais, pourrait être démoli. Les habitants de Matsumoto sont contre. Surtout, Ichikawa Ryōzōn, un personnage influent et local décide d’entreprendre une tournée pour secourir le bâtiment. Quelque temps plus tard, la tour est acquise par le gouvernement de la ville. Le patrimoine est définitivement sauvegardé.

Toutefois, le donjon principal du château commence dangereusement à pencher d’un côté, à la fin de l’ère Meiji. La photographie ci-dessous, prise en 1904, l’atteste. Les contemporains jugent que cela résulte de la malédiction de Tada Kasuke. C’est un fermier japonais qui a été arrêté et exécuté pour avoir tenté de faire un appel des lois fiscales injustes. En réalité, cela tient surtout d’un défaut structurel et d’une négligence dans l’entretien. Des fonds sont rapidement collectés pour accorder une seconde vie au château. L’édifice subit « la plus grande rénovation Meiji » entre 1903 et 1913.

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Le donjon, penché, antérieur à 1904 (Source : Archives du bureau de gestion du château de Matsumoto)

Le XXe siècle est l’occasion pour les Japonais d’apprécier leur patrimoine historique. Le château de Matsumoto est désigné lieu historique national en 1930. Les cinq structures d’origine sont consacrées « trésors nationaux du Japon en 1952 » :

  • le tenshu (donjon) ;
  • la inui-ko-tenshu (tourelle nord) ;
  • le watari-yagura (passage couvert) ;
  • la tatsumi-tsuke-yagura (aile sud) ;
  • la tsukimi-yagura (salle d’observation de la lune).

Malgré les travaux entrepris durant la première décennie du XXe siècle, le château présente de récurrentes fragilités. La nouvelle reconnaissance nationale permet de réunir des ressources financières. Un vaste projet de restauration est entamé entre 1950 et 1955. Les cinq structures sont pleinement démantelées et reconstruites.

La deuxième porte de la Porte noire (kuromon-ninomon) et le mur latéral (sodebei) sont aussi rebâtis en 1990. Neuf ans plus tard, c’est au tour de la porte du tambour carré d’être réédifiée. À chaque fois, les Japonais se montrent très méticuleux. L’idée est de préserver l’objet en lui témoignant un soin particulier pour respecter les plans d’origine. L’apparence finale ne change guère. Les voyageurs conservent une sensation d’authenticité en explorant le château de Matsumoto.

Un tremblement de terre de magnitude 5,4 secoue la région le 30 juin 2011. Le château est accidenté. Bien que l’ensemble résiste, une dizaine de fissures émergent dans le mur intérieur de la tour principale. Des chantiers de stabilisation sont entrepris.

Pourquoi visiter le château de Matsumoto ?

Le château du corbeau au Japon est sans conteste l’un des plus beaux monuments encore disponibles. Il est singulier pour avoir à la fois un donjon secondaire et une tourelle attenante à son donjon principal. Sa couleur noire le démarque et lui procure raffinement et élégance. Son intimité en bois est finalement assez unique pour le visiteur : on prend vite l’habitude de parcourir des châteaux reconstruits en béton armé.

L’intérieur du donjon représente le cœur de la visite. Les escaliers sont d’époque. Les marches sont, sans surprise, relativement hautes, parfois traîtres. En cas de surfréquentation, il n’est pas exceptionnel de devoir patienter de sorte que le chemin se libère. Surtout, le passage se rétrécit à mesure que l’on progresse dans les niveaux.

Considéré publiquement comme l’un des plus beaux châteaux du Japon, l’édifice ne manque pas d’attirer des touristes étrangers, mais aussi locaux. La ville semble l’avoir enfin compris et, depuis février 2022, il est possible de réserver une visite nocturne du donjon. L’expérience est distincte. L’ambiance est plus captivante.

Le dernier étage du donjon principal accorde de magnifiques panoramas sur la cité environnante et les Alpes japonaises. Au printemps, le château de Matsumoto est un endroit très en vogue pour observer les cerisiers en fleurs. Comme la quasi-totalité des édifices de ce type, on peut se promener dans les vastes jardins et le parc à proximité. L’exploration des douves extérieures est à accomplir, notamment si l’on se trouve en période d’éclosion des sakura (mi-avril).

Des spectacles de lumière sont orchestrés à partir de l’année 2020 – 2021. Les projections laser sont propulsées sur le château. On peut les observer entre décembre et février en soirée, à partir de 18 heures. Un grand écart plutôt bien maîtrisé entre la tradition et la modernité. L’attraction est d’autant plus attrayante si vous parcourez la région en famille.

Enfin, des représentations saisonnières ou permanentes sont régulièrement proposées. On pense au taiko (太鼓, art de jouer du tambour) ou au Takigi No (薪能; éclairage des flambeaux). Des spectacles liés au château ou à la province (comme celui du soba) sont organisés. En hiver, c’est le festival de sculptures sur glace de Matsumoto qui est plébiscité.

Bien que la ville de Matsumoto soit réputée pour son magnifique château, elle ne manque pas de caractère et d’attractivité pour les Japonais. Les amateurs de trekking l’ont rapidement embrassée en tant que ville relais idéale. L’emplacement reste parfait si vous désirez effectuer une randonnée dans les Alpes japonaises. Ce que l’on peut effrontément restreindre à une ville-étape préserve un cachet provincial et accorde son lot de divertissements.

Informations pratiques

Adresse : 4-1 Marunouchi, Matsumoto, Nagano Prefecture 390-0873, Japon

Téléphone : 0263-32-2902

Site internet : https://www.matsumoto-castle.jp/lang/

Entrée : 700 yens (cela inclut l’entrée au musée folklorique)

Horaires : 8 h 30 à 17 h (8 h à 18 h lors d’Obon et de la Golden Week). Dernière entrée à 16 h 30.

Date de fermeture : 29 au 31 décembre.

Temps de visite : entre 2 et 3 heures.

Photos

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