Quel est le premier anime de l’histoire ? Origines et vérité sur cette question

Momotaro : Umi no Shinpei
Momotaro : Umi no Shinpei

Il n’existe pas une seule bonne réponse à cette question, mais trois, selon ce que l’on entend par « premier anime » : le plus ancien film d’animation japonais connu est Katsudō Shashin, un essai anonyme datant d’environ 1907 ; le premier anime commercialisé en salle est Namakura Gatana, sorti en 1917 ; et le premier anime télévisé, celui qui a lancé le genre à l’échelle mondiale, est Astro Boy (Tetsuwan Atomu) d’Osamu Tezuka, diffusé en 1963.

On confond souvent ces trois dates parce qu’elles répondent chacune à une question légèrement différente : le premier essai d’animation, la première œuvre distribuée commercialement, et le premier succès populaire qui a fondé l’industrie. Voici l’histoire complète, chronologiquement.

Katsudō Shashin (vers 1907), le plus ancien anime jamais retrouvé

Découvert par des collectionneurs en 2005, Katsudō Shashin (litt. « image en mouvement ») est à ce jour le plus ancien film d’animation japonais connu. Il s’agit d’une bobine de 50 images dessinées à la main directement sur une pellicule de celluloïd, sans caméra. La scène, qui dure quelques secondes, montre un jeune garçon en uniforme marin écrivant les caractères du mot « film » (映画) avant de se tourner vers le spectateur et de soulever son chapeau.

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L’identité de son créateur reste inconnue, et l’œuvre n’a jamais été projetée commercialement à l’époque. C’est pour cette raison qu’elle n’est généralement pas retenue comme « le premier anime » au sens strict : il s’agit d’un essai technique isolé, pas d’un film destiné au public.

Namakura Gatana (1917), le premier anime commercialisé

Le premier film d’animation véritablement distribué en salle au Japon a probablement été réalisé à la toute fin de l’année 1916 ou au tout début de 1917 par Shimokawa Oten, à la craie sur tableau noir, pour une durée de moins de cinq minutes. La rareté des sources fiables sur cette période vient du fait que la plupart des premiers films japonais étaient démontés une fois les bobines usées, pour en récupérer la pellicule.

Les œuvres qui ont survécu à cette pratique ont ensuite été en grande partie détruites lors du grand tremblement de terre du Kanto en 1923, bombardées pendant la Seconde Guerre mondiale, ou tout simplement perdues avec le temps : les pellicules en nitrocellulose de l’époque étaient extrêmement fragiles et inflammables.

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Selon les sources les plus fiables, le premier film d’animation japonais commercialisé serait Dekobo Shingacho – Meian no Shippai (Le nouveau livre d’images de Dekobo – L’échec d’un grand plan), sorti en février 1917. Mais c’est surtout Namakura Gatana (Le sabre émoussé), réalisé la même année par le mangaka Jun’ichi Kōuchi, qui est aujourd’hui le plus souvent cité comme le tout premier anime de l’histoire, notamment parce qu’une copie en a été redécouverte en 2007 — contrairement à la plupart des films de cette année-là, aujourd’hui perdus.

Au total, l’année 1917 a vu la sortie de près de vingt courts métrages d’animation au Japon. Nous sommes en pleine Première Guerre mondiale, et l’animation est une curiosité technique toute neuve.

Les « pères de l’anime »

Trois hommes sont responsables de cette production remarquable pour une première année : les mangakas Oten Shimokawa et Junichi Kouchi, ainsi que le peintre Seitaro Kitayama. Engagés par des studios de cinéma existants et travaillant avec de très petites équipes, ils ont été surnommés « les pères de l’anime ».

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Leurs créations ne ressemblent en rien aux anime modernes : extrêmement courtes (environ cinq minutes), sans écrans transparents ni couleurs. Les tout premiers films étaient réalisés à la craie sur un tableau, en effaçant et redessinant les lignes entre chaque prise de vue. Cette technique laborieuse a rapidement été remplacée par le papier découpé — une forme d’animation 2D en stop-motion. Ces projections étaient silencieuses, mais probablement accompagnées de musique en direct et, surtout, de « benshi » : des conteurs qui se tenaient près de l’écran pour raconter le film au public.

Momotaro : Umi no Shinpei

Les années 30-40 : le son, la couleur, puis la guerre

En 1930, un autre précurseur se fait connaître : Kenzo Masaoka. Après une année de production, il présente en 1933 le premier anime avec des voix synchronisées et préenregistrées, Chikara to Onna no Yo no Naka (Dans le monde du pouvoir et des femmes), qui raconte l’histoire d’un homme ayant une liaison avec sa secrétaire après s’être lassé de sa femme autoritaire. L’année suivante, en 1934, Masaoka présente Chagama Ondo (La danse des Chagamas), le premier anime entièrement réalisé en dessins animés classiques.

La propagande militaire, qui a massivement utilisé l’animation pendant la Seconde Guerre mondiale, a permis aux studios de s’agrandir grâce aux fonds supplémentaires alloués par l’armée. C’est dans ce contexte que sort, le 12 avril 1945, Momotaro : Umi no Shinpei (Momotaro, les marins sacrés) : avec ses 74 minutes, il s’agit du premier long métrage d’animation japonais de durée standard, commandé par la marine impériale et mettant en scène des animaux anthropomorphes. Le message d’espoir de paix qu’il véhiculait allait profondément émouvoir un jeune spectateur nommé Osamu Tezuka, qui deviendra plus tard le « dieu du manga ».

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Vous pouvez le regarder gratuitement ci-dessous :

Astro Boy (1963), le premier anime télévisé et le vrai point de départ du genre

C’est ce troisième jalon que la plupart des classements internationaux retiennent aujourd’hui comme « le premier anime » au sens moderne du terme. Selon le Guinness World Records, Astro Boy (Tetsuwan Atomu) est officiellement la première série télévisée d’anime, lancée au Japon en 1963. Créée par Osamu Tezuka et son studio Tezuka Productions à partir de son propre manga, la série est devenue un immense succès et a posé les bases du genre tel qu’on le connaît aujourd’hui, en combinant l’esthétique du kamishibai (théâtre de rue sur papier) avec le langage visuel du manga mis en mouvement.

C’est ce format hebdomadaire de 30 minutes, économique à produire, qui a rendu possible l’explosion de la production d’anime au Japon dans les décennies suivantes — et donc, indirectement, tout ce que l’on regarde aujourd’hui.

Alors, quelle est LA bonne réponse ?

Tout dépend de ce que l’on cherche :

  • Le plus ancien film d’animation japonais connu : Katsudō Shashin (vers 1907)
  • Le premier anime commercialisé en salle : Namakura Gatana (1917)
  • Le premier long métrage d’animation japonais : Momotaro : Umi no Shinpei (1945)
  • Le premier anime en couleur : Le Serpent blanc (1958), premier film de Toei Animation
  • Le premier anime télévisé : Astro Boy (1963)

Questions fréquentes

Le premier anime a-t-il plus de 100 ans ?

Oui. Si l’on retient Katsudō Shashin comme référence, l’animation japonaise remonte à environ 1907, soit plus de 115 ans. Si l’on retient plutôt la première production commerciale, l’année de référence est 1917 — l’animation japonaise a donc officiellement fêté son siècle d’existence en 2017.

Pourquoi si peu de premiers anime ont-ils survécu ?

Les bobines étaient la propriété des cinémas, qui les revendaient et les découpaient une fois usées. Les copies restantes ont ensuite été détruites par le tremblement de terre du Kanto de 1923, par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, ou ont simplement disparu : la pellicule en nitrocellulose de l’époque était extrêmement fragile et inflammable.

Astro Boy est-il vraiment la première série d’animation diffusée au Japon ?

Non, pas tout à fait : une série antérieure, Manga Calendar, a été diffusée dès 1962. Mais Astro Boy reste la première série à avoir imposé des personnages récurrents dans une intrigue continue sur de nombreux épisodes, ce qui en fait la référence historique retenue par l’industrie et par des organismes comme le Guinness World Records.

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