Monogatari : quel ordre de visionnage choisir ?

Vingt ans après le lancement de Bakemonogatari, la saga Monogatari reste l’un des pièges préférés des néophytes de l’animation japonaise. Entre films, OAV, séries télévisées et romans jamais tous traduits, l’œuvre de Nisio Isin s’est construite par fragments, diffusée dans un ordre qui ne correspond ni à la chronologie interne de l’histoire, ni même à celle dans laquelle les livres ont été écrits. Résultat : sur les forums, chacun défend sa méthode, et le débutant se retrouve vite perdu face à une dizaine de guides qui se contredisent. Voici de quoi trancher, avec une réponse claire à la clé.

Une saga pensée pour dérouter, même dans son propre visionnage

Le cœur du problème tient à la structure de Monogatari. La série suit Koyomi Araragi, lycéen fraîchement rescapé d’une agression vampirique, qui croise la route d’adolescentes rongées chacune par une « anomalie » surnaturelle héritée du folklore japonais. Plutôt que de raconter cette histoire de façon linéaire, Nisio Isin construit son œuvre comme un puzzle temporel : certains arcs se déroulent avant la rencontre initiale, d’autres reviennent en arrière pour éclairer un personnage secondaire, d’autres encore avancent de plusieurs années. La saga est aujourd’hui découpée en plusieurs « saisons » éditoriales, dont la plus récente, la Family Season, a débuté en 2023.

Le studio Shaft, en charge de l’adaptation animée depuis 2009 sous la direction principale d’Akiyuki Shinbo, n’a jamais cherché à respecter scrupuleusement l’ordre des romans. Certaines diffusions ont été réorganisées pour des raisons de production, d’autres l’ont été délibérément pour créer un effet narratif différent. D’où la multiplication des « ordres recommandés » qui circulent en ligne.

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L’ordre de diffusion, celui qui a façonné toute une génération de fans

C’est historiquement l’ordre le plus suivi, notamment par le public occidental qui n’a longtemps eu accès qu’aux épisodes diffusés à la télévision japonaise, sans traduction officielle des romans avant 2015. Il correspond à la façon dont Shaft a choisi de dévoiler l’histoire :

  • Bakemonogatari (2009, 15 épisodes) : la porte d’entrée officielle, qui plonge directement au cœur de l’intrigue.
  • Nisemonogatari (2012, 11 épisodes), centré sur les jeunes sœurs d’Araragi
  • Nekomonogatari Kuro (2012, 4 épisodes), préquelle sur les origines de Tsubasa Hanekawa
  • Monogatari Series: Second Season (2013, 26 épisodes)
  • Hanamonogatari (2014, 5 épisodes), puis Tsukimonogatari (2014, 4 épisodes)
  • Owarimonogatari première partie (2015, 12 épisodes)
  • Koyomimonogatari (2016, 12 épisodes)
  • Kizumonogatari, trilogie de films (2016-2017)
  • Owarimonogatari seconde partie (2017, 7 épisodes), puis Zoku Owarimonogatari (2018)
  • Monogatari Series: Off & Monster Season (2024, 14 épisodes)

Sa particularité la plus commentée : Kizumonogatari, qui raconte pourtant la toute première rencontre entre Araragi et le vampire Kiss-shot, n’arrive qu’en avant-dernière position, sept ans après Bakemonogatari. Un choix qui doit beaucoup aux aléas de production, le film ayant été annoncé dès 2012 avant de rester en sommeil plusieurs années. Certains fans apprécient l’effet de mystère que cela crée autour des origines du héros ; d’autres estiment que cela prive les premiers arcs d’un contexte qui aurait dû être posé dès le départ.

L’ordre des romans, celui voulu par l’auteur

Pour qui privilégie l’intention originelle de Nisio Isin, l’ordre de publication des light novels reste la référence. Il place Kizumonogatari juste après Bakemonogatari, ce qui rend certains éléments d’intrigue nettement plus cohérents, et déplace Hanamonogatari au milieu de la Second Season plutôt qu’à sa toute fin. L’auteur y multiplie par ailleurs les clins d’œil méta et les références qui supposent que le lecteur a suivi les publications dans cet ordre précis, un niveau de lecture largement perdu dans l’adaptation animée. Le souci, c’est que cet ordre romanesque devient difficile à reconstituer à partir de la Off Season, les rééditions successives ayant rebattu les cartes au fil des ans.

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L’ordre chronologique, réservé aux initiés

Il existe enfin un troisième ordre, qui suit cette fois la ligne temporelle interne de l’histoire plutôt que sa publication ou sa diffusion. Dans les grandes lignes, il donne ceci :

  • Kizumonogatari (trilogie de films), les origines vampiriques d’Araragi
  • Nekomonogatari Kuro, le premier traumatisme d’Hanekawa
  • Bakemonogatari
  • Nisemonogatari
  • Monogatari Series: Second Season (première partie)
  • Hanamonogatari
  • Monogatari Series: Second Season (partie restante)
  • Tsukimonogatari
  • Owarimonogatari (première partie)
  • Koyomimonogatari
  • Owarimonogatari (seconde partie)
  • Zoku Owarimonogatari

Dans les faits, cette version simplifiée cache une réalité bien plus éclatée : les arcs de Koyomimonogatari, par exemple, sont en réalité de courtes vignettes disséminées tout au long de la chronologie, certaines se situant même après la Off Season ou la Monster Season. Reconstituer un ordre chronologique complet et fidèle obligerait à interrompre des cours entiers en plein milieu, à intercaler des flashbacks avec des scènes du présent, et à s’appuyer sur des tomes qui n’ont, à ce jour, jamais été traduits officiellement. C’est un exercice fascinant pour qui reregarde la saga en connaissance de cause, mais franchement contre-productif pour une découverte.

Alors, par où commencer ?

Si l’on devait trancher pour un premier visionnage, la réponse la plus consensuelle reste simple : suivre l’ordre de diffusion anime, en commençant par Bakemonogatari, quitte à basculer sur l’ordre des romans (avec Kizumonogatari juste après) si l’on souhaite éviter l’effet de mystère différé autour des origines du héros. C’est d’ailleurs ce que suggère Nisio Isin lui-même dans une note d’auteur, estimant que Kizumonogatari peut tout à fait précéder Bakemonogatari, ce dernier étant plus dense en dialogues et volontairement énigmatique dans sa mise en place. L’ordre chronologique, lui, n’a d’intérêt que pour un second visionnage.

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Reste un piège bien réel : les versions disponibles selon les plateformes. Bakemonogatari compte en réalité 15 épisodes, les trois derniers ayant été initialement diffusés en ligne au Japon plutôt qu’à la télévision, et certains services ne proposent qu’une version tronquée à 12 épisodes, amputant une partie de l’arc consacré à Hanekawa. Côté francophone, la série est heureusement disponible en VOSTFR sur Animation Digital Network, où l’on peut retrouver l’intégralité des épisodes. La trilogie Kizumonogatari, elle, reste plus difficile d’accès en légal, tout comme Koyomimonogatari et Zoku Owarimonogatari, encore cantonnés aux éditions Blu-ray dans la plupart des régions.

Avec l’adaptation de la Off & Monster Season lancée en 2024 et la Family Season toujours en cours d’écriture, Monogatari n’a visiblement pas fini de s’étendre, ni de compliquer la tâche de ceux qui voudraient la découvrir « dans le bon ordre ». Peut-être est-ce, au fond, cohérent avec l’esprit d’une œuvre qui n’a jamais cru aux vérités uniques.

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