L’empereur du Japon (天皇, tennō) est le chef de la plus ancienne monarchie héréditaire encore en place dans le monde. Selon la tradition, l’empereur actuel, Naruhito, est le 126e d’une lignée remontant au légendaire empereur Jinmu. Depuis la Constitution de 1947, il n’a plus aucun pouvoir politique : il est « le symbole de l’État et de l’unité du peuple ». Voici son rôle, l’histoire du trône, la famille impériale et la grande réforme de la succession votée en 2026.
L’empereur du Japon en bref
| Empereur actuel | Naruhito, né le 23 février 1960, sur le trône depuis le 1er mai 2019 |
|---|---|
| Ère | Reiwa (令和), depuis le 1er mai 2019 |
| Impératrice | Masako, née le 9 décembre 1963 |
| Héritier | Son frère cadet, Fumihito, prince Akishino |
| Rôle | Symbole de l’État, sans pouvoir politique (Constitution, article 1) |
| Résidence | Palais impérial de Tokyo |
| Emblème | Le chrysanthème à seize pétales |
| Famille impériale | 16 membres, dont 5 hommes (empereur inclus) |
Tennō, Mikado, chrysanthème : les mots de l’empereur
- Tennō (天皇, « souverain céleste ») est le titre officiel. Il a remplacé le titre plus ancien d’ōkimi (« grand roi ») ; la majorité des historiens en situent l’adoption sous le règne de l’empereur Tenmu, à la fin du VIIe siècle.
- Mikado est un terme ancien, utilisé par les Occidentaux au XIXe siècle. Il désignait l’empereur de façon indirecte, car on ne prononçait pas son nom. Il n’est plus utilisé au Japon.
- Le chrysanthème à seize pétales sert d’emblème à la maison impériale depuis le Moyen Âge. Un chrysanthème stylisé orne aussi la couverture du passeport japonais. En Occident, on parle d’ailleurs souvent du « trône du Chrysanthème ».
- Le nom de l’empereur : au Japon, on ne dit pas « Naruhito » mais Tennō heika, « Sa Majesté l’empereur ». Depuis Meiji, chaque empereur prend après sa mort le nom de son ère : Hirohito est ainsi devenu l’empereur Shōwa. Les membres de la famille impériale n’ont pas de nom de famille.
Les origines : entre mythe et histoire
Selon les chroniques anciennes, le Kojiki et le Nihon shoki (VIIIe siècle), le premier empereur, Jinmu, descendant de la déesse du soleil Amaterasu, serait monté sur le trône en 660 av. J.-C. Les historiens considèrent cette date et les premiers règnes comme légendaires.
Selon le mythe, Amaterasu aurait remis à son petit-fils trois objets sacrés, les trois trésors impériaux (sanshu no jingi) : un miroir, un sabre et un joyau. Ils se transmettent encore avec le trône et ne sont jamais montrés au public : le miroir est conservé au grand sanctuaire d’Ise, le sabre au sanctuaire d’Atsuta, à Nagoya, et le joyau au palais impérial.
Les premiers souverains attestés par des sources de l’époque apparaissent au Ve siècle : un « grand roi Wakatakeru », mentionné sur des sabres retrouvés dans des tumulus, est généralement identifié à l’empereur Yūryaku. Les dates de règne deviennent fiables à partir du VIe siècle. La continuité d’une seule lignée depuis l’origine, présentée par la tradition comme ininterrompue, reste une affirmation de la monarchie plus qu’un fait établi pour les premiers siècles.
Un pouvoir qui a beaucoup varié au fil des siècles
- Époque antique (VIIe-IXe siècles) : l’empereur gouverne réellement, sur le modèle de l’empire chinois.
- Époque de Heian : le pouvoir passe aux régents Fujiwara, qui marient leurs filles aux empereurs. À partir de la fin du XIe siècle, des empereurs retirés gouvernent après avoir abdiqué (insei).
- Des Kamakura aux Tokugawa (1185-1867) : le pouvoir réel appartient aux shoguns. L’empereur, installé à Kyoto, conserve un rôle religieux et légitime les shoguns, mais ne gouverne plus.
- Restauration de Meiji (1868) : la restauration de Meiji rend le pouvoir à l’empereur, qui s’installe à Tokyo. La Constitution de 1889 le déclare « sacré et inviolable », souverain et chef des armées. C’est aussi en 1868 qu’est fixé le principe « un règne, une ère ».
- L’empereur Shōwa et la guerre : sous Hirohito, monté sur le trône en 1926, le Japon s’engage dans la guerre en Chine puis dans le Pacifique. Son degré de responsabilité reste débattu par les historiens. Le 15 août 1945, il annonce lui-même la capitulation à la radio. Le 1er janvier 1946, un rescrit impérial qualifie d’« idée fictive » la conception de l’empereur comme divinité vivante. Lisez notre article sur Hirohito.
- Constitution de 1947 : l’empereur devient un symbole, sans pouvoir politique.

Les empereurs depuis Meiji
| Ère | Nom personnel | Règne |
|---|---|---|
| Meiji | Mutsuhito | 1867 – 1912 |
| Taishō | Yoshihito | 1912 – 1926 |
| Shōwa | Hirohito | 1926 – 1989 |
| Heisei | Akihito | 1989 – 2019 (abdication) |
| Reiwa | Naruhito | depuis 2019 |
Avec plus de 62 ans, Hirohito détient le plus long règne parmi les empereurs historiquement attestés. Pour tout comprendre aux ères, lisez notre article sur les ères et empereurs japonais.
Le rôle de l’empereur aujourd’hui
Le premier chapitre de la Constitution (articles 1 à 8) est consacré à l’empereur. Il accomplit uniquement les actes que la Constitution prévoit, toujours sur l’avis et avec l’approbation du Cabinet :
- il nomme le Premier ministre désigné par la Diète et le président de la Cour suprême désigné par le Cabinet ;
- il promulgue les lois, les traités et les amendements constitutionnels ;
- il convoque la Diète, dissout la Chambre des représentants et annonce les élections ;
- il reçoit les ambassadeurs, décerne les distinctions et accomplit les cérémonies officielles.
Pour comprendre la place de l’empereur dans les institutions, lisez notre article sur la structure étatique du Japon.
À côté de ces actes, l’empereur et l’impératrice mènent une intense activité publique : visites dans tout le pays, notamment auprès des victimes de catastrophes naturelles, voyages officiels à l’étranger, réceptions et garden-parties au printemps et à l’automne.
Les rites et les grands rendez-vous
- Les rites shintō : l’empereur célèbre une vingtaine de rites par an dans les sanctuaires du palais. Le plus important est le Niinamesai, le 23 novembre, où il offre aux dieux les récoltes de l’année. Après son avènement, il célèbre une seule fois une version solennelle de ce rite, le Daijōsai.
- Le 2 janvier, salutations du Nouvel An : la famille impériale apparaît au balcon du palais devant le public.
- Le 23 février, anniversaire de l’empereur, jour férié : en 2026, près de 27 000 personnes sont venues le saluer pour ses 66 ans.
- À la mi-janvier, l’Utakai Hajime, concours de poésie du Nouvel An, où des poèmes sur un thème donné sont lus devant l’empereur.
Une vie très encadrée
Les membres de la famille impériale n’ont ni nom de famille, ni droit de vote, et ne se présentent pas aux élections. Leur vie publique est organisée par l’Agence de la maison impériale (Kunaichō). Pour l’exercice 2026, les dépenses de la maison impériale et de l’Agence atteignent ensemble environ 25,6 milliards de yens, dont 324 millions pour les dépenses privées de la famille de l’empereur.
La famille impériale en 2026

| Membre | Naissance | Rôle |
|---|---|---|
| L’empereur Naruhito | 23 février 1960 | Empereur depuis 2019, diplômé d’histoire, a étudié à Oxford |
| L’impératrice Masako | 9 décembre 1963 | Ancienne diplomate, diplômée de Harvard |
| La princesse Aiko | 1er décembre 2001 | Fille unique du couple impérial, employée à la Croix-Rouge japonaise |
| Le prince Akishino (Fumihito) | 30 novembre 1965 | Frère de l’empereur, premier dans l’ordre de succession |
| La princesse Kiko | 11 septembre 1966 | Épouse du prince Akishino |
| Le prince Hisahito | 6 septembre 2006 | Fils du prince Akishino, deuxième dans l’ordre de succession, étudiant à l’université de Tsukuba |
| L’empereur émérite Akihito | 23 décembre 1933 | Empereur de 1989 à 2019 |
| L’impératrice émérite Michiko | 20 octobre 1934 | Épouse d’Akihito |
La famille compte aussi la princesse Kako, sœur de Hisahito, ainsi que les familles des princes Hitachi, Mikasa et Takamado. En 2021, la princesse Mako, fille aînée du prince Akishino, a perdu son statut en épousant un roturier, comme le prévoyait la loi.
La succession : l’abdication de 2019 et la réforme de 2026
L’abdication d’Akihito
La loi ne prévoyait pas l’abdication. Le 8 août 2016, l’empereur Akihito, alors âgé de 82 ans, a laissé entendre dans un message vidéo qu’il souhaitait se retirer en raison de son âge. Une loi spéciale a été adoptée en juin 2017, et il a abdiqué le 30 avril 2019 : c’était la première abdication depuis celle de l’empereur Kōkaku, en 1817. L’abdication était pourtant fréquente avant l’époque moderne : c’est la loi de 1889, reprise en 1947, qui avait imposé un règne jusqu’à la mort. Naruhito est monté sur le trône le lendemain. La cérémonie d’intronisation a eu lieu le 22 octobre 2019 devant des représentants de plus de 190 pays et organisations.
Le règne d’Akihito (1989-2019)
Premier empereur à régner entièrement sous la Constitution de 1947, Akihito a profondément façonné le rôle d’empereur-symbole. Prince héritier, il avait déjà rompu avec la tradition en épousant en 1959 Michiko Shōda, issue d’une famille de la bourgeoisie et non de l’aristocratie, puis en élevant lui-même ses enfants. Empereur, il a multiplié les visites aux victimes de catastrophes, s’agenouillant pour leur parler à hauteur d’yeux. Le 16 mars 2011, après le séisme et le tsunami du Tōhoku, il s’adresse directement à la nation dans un message vidéo, une première. Il s’est aussi rendu sur les anciens champs de bataille du Pacifique et a exprimé à plusieurs reprises ses regrets pour la guerre, notamment lors de sa visite en Chine en 1992 et en parlant de « profonds remords » lors des commémorations du 70e anniversaire de la fin de la guerre, en 2015. Pour comprendre le contexte de cette époque, lisez notre article sur l’ère Heisei.
Un trône réservé aux hommes
La loi sur la maison impériale de 1947 réserve la succession aux hommes descendant de l’empereur en lignée masculine. Or la famille ne compte plus que cinq hommes, et un seul de la jeune génération, le prince Hisahito. Le Japon a pourtant connu huit impératrices régnantes, dont deux ont régné deux fois, la dernière étant Go-Sakuramachi, de 1762 à 1770.
La réforme de juillet 2026
Après des années de débat, la Diète a adopté le 17 juillet 2026 la première réforme de fond de la loi sur la maison impériale depuis 1947. Promulguée le 24 juillet, elle entre en vigueur le 24 octobre 2026 :
- les princesses qui épousent un roturier peuvent désormais garder leur statut, mais leur mari et leurs enfants ne font pas partie de la famille impériale ;
- des hommes descendant en lignée masculine des onze branches de la famille impériale exclues en 1947 peuvent être adoptés par la famille. Ils ne pourront pas régner eux-mêmes, mais leurs fils le pourront ;
- la succession reste réservée aux hommes en lignée masculine.
Le Parti démocrate constitutionnel, le Parti communiste et Reiwa Shinsengumi ont voté contre. Selon un sondage de l’agence Kyodo réalisé fin juillet 2026, 81 % des Japonais sont favorables à ce qu’une femme puisse monter sur le trône, une possibilité que la réforme n’ouvre pas. Le débat sur une succession stable reste donc ouvert.
Où voir les lieux de l’empereur ?
- Le palais impérial de Tokyo : les jardins Est, sur le site de l’ancien château d’Edo, sont en accès libre (fermés le lundi et le vendredi). Des visites guidées de l’enceinte du palais sont organisées sur réservation ou avec des tickets distribués le jour même ; une pièce d’identité est obligatoire.
- Le palais impérial de Kyoto (Kyoto Gosho), résidence des empereurs jusqu’en 1869, se visite librement et gratuitement. Attention : à partir de mi-octobre 2026, sa grande salle des cérémonies, le Shishinden, sera couverte d’échafaudages pour environ neuf ans de travaux. Découvrez la ville dans notre guide de Kyoto.
- Le grand sanctuaire d’Ise, dédié à Amaterasu, l’ancêtre mythique de la famille impériale.
- Le kofun de Daisen, à Sakai, attribué par la tradition à l’empereur Nintoku : avec ses 486 m de long, c’est l’un des plus grands tombeaux du monde, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2019.

Questions fréquentes
Qui est l’empereur du Japon actuel ?
Naruhito, né le 23 février 1960, empereur depuis le 1er mai 2019. Il est le 126e empereur selon la tradition.
L’empereur du Japon a-t-il du pouvoir ?
Non. Depuis 1947, il est le symbole de l’État et n’exerce aucun pouvoir politique. Ses actes officiels sont tous accomplis sur avis du gouvernement.
Une femme peut-elle devenir impératrice du Japon ?
Pas en l’état actuel de la loi, même après la réforme de 2026, qui maintient la succession masculine. Le Japon a pourtant eu huit impératrices régnantes dans son histoire.
Qui succédera à Naruhito ?
Son frère, le prince Akishino, puis le fils de celui-ci, le prince Hisahito.
Pour remonter le fil de l’histoire, consultez notre chronologie du Japon et notre article sur l’ère Heisei.
Sources
- Agence de la maison impériale, biographies de la famille impériale, budget de la maison impériale et visites du palais impérial (en japonais).
- Cabinet du Premier ministre, Constitution du Japon (en anglais).
- Bibliothèque nationale de la Diète, Constitution de Meiji et rescrit du 1er janvier 1946 (en japonais).
- Kotobank, encyclopédies japonaises : tennō, trois trésors impériaux, empereur Shōwa (en japonais).
- Nippon.com, l’empereur et la famille impériale et les impératrices régnantes (en anglais).
- Chambre des conseillers, projet de révision de la loi sur la maison impériale ; Secrétariat du Cabinet, contenu de la réforme (en japonais).
- Kyodo via Kumamoto Nichinichi, adoption de la réforme et sondage de juillet 2026 (en japonais).
- UNESCO, groupe de kofun de Mozu-Furuichi (en anglais).
Article mis à jour le 9 octobre 2026.
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