Fumer au Japon

Cigarette-au-Japon

Le Japon est un pays radicalement différent de la France et de ce que l’on peut trouver en Europe au sujet de la cigarette. Le tabac a été introduit pour la première fois au pays du soleil levant par les Européens dans les années 1500. Le taux de tabagisme a évolué au gré des années et des époques pour culminer aux XIXe et XXe siècles. Mais on observe une nette baisse depuis deux décennies, avec une diminution par deux du tabagisme en 2001 chez les hommes (passant de 50 % à 25 % en 2022). Les femmes, moins adeptes, sont moins de 10 % à se déclarer fumeuses. Près de 30 millions d’individus fumaient au Japon en 2007 (43 % de tous les hommes nippons et 13 % des femmes).

Les juridictions japonaises ont la particularité d’être très strictes. Elles réglementent scrupuleusement l’acquisition et la consommation de cigarettes. Les personnes âgées de moins de 20 ans sont interdites d’achat et de consommation de cigarettes depuis 1876. Il apparaît d’ailleurs que l’âge du tabagisme légal n’est pas concerné par l’abaissement de l’âge de la majorité qui est passé de 20 à 18 ans en 2022. Des cendriers portables doivent être acquis par les fumeurs afin de ne pas jeter des mégots dans la rue. De même, chacun doit veiller à limiter le tabagisme passif : on ne fume que dans les zones désignées. Celles-ci sont facilement identifiables dans la rue ou dans les restaurants.

Achat

On peut se procurer des cigarettes dans les bureaux de tabac japonais, mais aussi dans les magasins de proximité (konbini) et dans certains distributeurs automatiques. Le vendeur vous réclame systématiquement une carte d’identification avec photos pour vérifier votre âge. Les machines qui commercialisent ce type de produit exigent une carte TASPO, qui lui sert à remplir cette même fonction.

Distributeur-de-cigarette-Japon

Le prix d’une sorte spécifique de cigarettes est fixé par les fabricants. Celui-ci est ensuite approuvé par le ministère des Finances qui s’occupe donc de réguler un marché hautement nocif pour la santé. Cela octroie cependant un avantage : les prix sont stables et ne varient pas selon les lieux de vente. Ainsi, que vous achetiez des cigarettes chez un bureau de tabac, dans un distributeur, en campagne ou en pleine ville, le tarif sera le même. Par contre, les emplettes en gros n’offrent aucun rabais.

Le prix moyen d’un paquet de cigarettes au Japon se situe entre 400 et 530 yens, soit 2,80 à 3,70 euros. C’est une somme très accessible pour la population, qui est l’une des principales causes du tabagisme chez les plus jeunes selon des associations. Les projets de loi visant à rehausser le montant d’un paquet typique sont récurrents : celui d’octobre 2020 fait passer la fourchette de prix de 450 à 570 yens pour certaines marques. La hausse la plus spectaculaire fut celle de 2010, avec une augmentation de 40 % sur le prix du paquet de cigarettes. La moyenne était alors passée de 300 ¥ à 410 ¥. Bien entendu, de pareilles mesures sont justifiées pour encourager les fumeurs à arrêter leur consommation, dans un pays qui avait la réputation d’être l’un des endroits les plus favorables à cette pratique dans le monde industrialisé.

Contrairement aux paquets de cigarettes françaises, on ne trouve aucune photo d’horreur au Japon. Le public est tout de même sensibilisé par une petite phrase inscrite qui met en garde contre les dangers du tabagisme. Les marques les plus connues sont Mevius (Mild Seven) et Seven Stars. Les grands acteurs internationaux tels que Marlboro, Black Devil, Kool et American Spirit sont aussi accessibles, pour un tarif légèrement plus cher. Il est tout à fait possible de ramener un paquet du Japon vers la France. En fait, on peut embarquer avec soi jusqu’à deux cartouches sans s’affranchir de taxes à l’importation. Il convient surtout de les placer dans sa valise en soute, et non dans son bagage en cabine.

Acteurs du tabagisme

Il est intéressant de noter que l’industrie japonaise du tabac était un monopole d’État jusqu’en 1985. En effet, le gouvernement nippon était toujours impliqué dans l’industrie par l’intermédiaire du ministère des Finances. Il possédait l’ensemble des actions et avait un pouvoir illimité sur les prix, les stocks et la diffusion à l’échelle nationale.

Une telle situation n’était pas soutenable avec les contraintes actuelles et surtout la baisse de la consommation. Surtout, une pareille domination va à l’encontre de l’action du ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales. Celui-ci est directement engagé dans la lutte contre le tabagisme ! C’est pourquoi le ministère des Finances a entrepris une vente d’une grande partie de ses investissements dans l’industrie du tabagisme en mars 2013. Aujourd’hui, l’autorité ne possède plus qu’un tiers des titres en circulation de la Japan Tobacco.

Pourtant, l’industrie du tabac reste intrinsèquement liée à la politique. Le lobby antitabac du Japon affirme que le parlement japonais est rempli de députés qui ont des placements dans l’industrie. Selon lui, il y aurait 300 représentants sur 500 (en 2007) qui ont des intérêts dans l’industrie du tabac. De quoi justifier la très lente progression vers la mise en œuvre d’une loi nationale contre le tabagisme. Toshimasa Kurita, responsable chez Japan Tobacco, indique même que les dirigeants ne « croient pas que fumer cause le cancer ».

Interdiction

Smoking-Area-Japon

Les projets de loi pour réglementer le tabagisme en intérieur et en extérieur sont relativement récents. Le tabagisme passif a d’abord été abordé dans une loi promulguée en 2002 sur la santé. Les dispositifs de prévention du tabagisme passif y sont obligatoires, sans compter les efforts visant à empêcher le tabagisme et à séparer les fumeurs dans divers lieux. Les mesures qui varient d’un magasin à l’autre ne concernent pas toutes les entreprises. Les possibilités d’exposition au tabagisme passif existent toujours dans la société japonaise.

Des modifications juridiques ont dernièrement été promulguées : il est dorénavant proscrit de fumer dans les locaux des écoles, les hôpitaux, les établissements de protection de l’enfance et les édifices gouvernementaux depuis le 1er juillet 2019. Puis, à partir du 1er avril 2020, la loi entre pleinement en vigueur et diverses institutions utilisées par de nombreuses personnes autres que les écoles, hôpitaux, etc. sont en principe non-fumeurs à l’intérieur. Bref, au Japon, il est désormais interdit de fumer à l’intérieur des bâtiments de manière générale.

Ces aménagements de textes juridiques permettent d’allonger la liste des lieux concernés par les restrictions contre le tabagisme, mais surtout de lutter plus efficacement contre le tabagisme passif. C’est la principale problématique auquel est confronté le ministère de la santé japonais. Progressivement, l’exposition à la fumée du tabac s’est muée d’une manière à une règle : on y associe dorénavant des dispositions de sanction si elle n’est pas suivie. Tout est mené pour que le citoyen classique tienne compte de son environnement, à la maison comme au travail.

À l'intérieur

En principe, les établissements accueillant un grand nombre de personnes, les transports en commun et les restaurants sont non-fumeurs. Il est donc interdit de sortir et d’allumer une cigarette en rentrant dans ces lieux. Les personnes qui transgressent cette réglementation peuvent être sanctionnées d’une amende. Toutefois, certains établissements peuvent disposer de salles réservées aux fumeurs qui sont parfaitement conformes aux normes.

Il est proscrit de fumer dans les écoles, les hôpitaux, les centres de protection de l’enfance, les institutions gouvernementales, dans les bus ou dans les avions. Les locaux qui souhaitent proposer une zone doivent s’équiper de fumoir spécifique. On les aménage généralement à l’extérieur, à condition que les mesures nécessaires soient prises pour empêcher le tabagisme passif.

La séparation entre des espaces spécialement conçus pour les fumeurs et le reste des zones doit être explicite. L’accès est interdit aux personnes de moins de 20 ans, même si elles n’y vont pas dans le but de fumer. Par conséquent, même les employés ne sont pas autorisés à rentrer dans les zones fumeurs s’ils sont trop jeunes. S’il y a un fumoir dans un centre, des écriteaux (sous forme d’autocollants ou de plaques) doivent être apposés à l’entrée principale de l’établissement, mais aussi à l’entrée du fumoir.

Lorsque l’on choisit un restaurant, il convient de toujours vérifier les panneaux à l’entrée et à la sortie du lieu. Il peut être particulièrement dérangeant de se rendre par mégarde dans un établissement pour fumeurs, car l’on est directement exposé au tabagisme passif. Dans l’autre sens, ne pas faire attention et dégainer sa cigarette peut vous valoir une amende.

Le gouvernement a défini un cahier des charges strictes pour déterminer un espace qui autorise le tabagisme : à l’entrée et à la sortie du fumoir, le flux d’air de l’extérieur vers le fumoir doit être d’au moins 0,2 m/s. La pièce est nécessairement séparée par des murs, des plafonds de manière que la fumée de tabac ne s’échappe pas vers les autres salles. Cette même fumée doit être évacuée vers l’extérieur.

Il est tout à fait possible de manger et de boire dans les modestes aménagements pour les fumeurs. Les propriétaires peuvent installer des fumoirs dans des bars, des bureaux de tabac et des petits restaurants à condition qu’ils soient conformes aux normes techniques relatives à la prévention de la sortie de la fumée de tabac.

Heureusement, les choses évoluent depuis cinq ans. À compter du 1er juillet 2019, c’est tout l’ensemble du territoire japonais qui est concerné par une loi globale contre le tabagisme passif. Les espaces publics sont désormais protégés : il est formellement interdit, pour un japonais comme pour un étranger, de fumer dans une école, un hôpital, un musée ou tout autre établissement public. Une personne prise en flagrant délit écopera d’une amende de 300 000 yens. Cela équivaut à un peu plus de 2100 €. En pratique, il apparaît qu’il s’agit davantage d’une menace que d’une réelle application stricte. Mais quoi qu’il en soit, on peut se réjouir de la sensibilisation croissante de la population sur les questions de tabagisme passif et de risques que cela entraîne pour la santé de chacun.

En extérieur

Le tabagisme en extérieur a toujours été beaucoup moins légiféré au Japon que dans les espaces intérieurs. Aujourd’hui encore, les restrictions se font au cas par cas. La plupart des quartiers riches de Tokyo comme Shinjuku ou Shibuya appliquent des réglementations antitabac en extérieur. Les gouverneurs ont mis en place des zones spéciales pour les fumeurs en plein air. Conséquence directe : les personnes qui sont prises en train de fumer en dehors de ces zones sont passibles d’une amende, plus ou moins élevée. Dans les faits, elle se cantonne à plusieurs dizaines d’euros (entre 2000 et 5000 yens). Il y a encore quelques exceptions plus marquées comme Chiyoda-ku qui a totalement interdit la cigarette en marchant dans les rues fréquentées à partir de novembre 2002. C’est la première administration locale du Japon à le faire.

La sensibilisation de l’opinion publique sur les dangers de la cigarette a progressé depuis deux décennies. Le discours des acteurs du tabac n’est plus aussi audible pour une population qui a accès à Internet qu’auparavant. C’est pourquoi à partir de 2007, plusieurs exemples de municipalités ont décidé d’appliquer des réglementations pour limiter la cigarette en extérieur. Kyoto, la ville traditionnelle du Japon, a d’abord commencé à désigner certaines rues de la ville comme des zones non-fumeurs. Leur nombre a peu à peu augmenté au fil des années. La préfecture a dressé un bilan dans un rapport de 2010. Elle a déclaré que le principal objectif de ces politiques antitabac était de s’assurer qu’il n’y avait aucune chance que les gens souffrent de la fumée secondaire (du tabagisme passif) dans la préfecture de Kyoto.

Statistiques

Le Japon connaît un grave problème de tabagisme au XXe siècle, comme dans la plupart des sociétés industrialisées. En 1965, par exemple, le taux de tabagisme des hommes adultes japonais était de 82,3 %. Cela s’avère, en réalité, largement supérieur à celui de ses voisins. Le 13 mai 2011, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonce que le Japon avait l’espérance de vie la plus grande dans les statistiques sanitaires mondiales en 2011. C’est une profonde source de paradoxe dans la société japonaise. Beaucoup de consommateurs ne considèrent pas que le tabagisme impacte l’espérance de vie. Toutefois, de nouvelles études prouvent bel et bien que les Japonais qui fument ont une espérance de vie plus courte que celle des Japonais qui ne fument pas.

Les ventes de cigarettes sont en chute libre depuis plusieurs années au Japon. Au cours de l’exercice 2020, elles sont passées pour la première fois sous la barre des 100 milliards de yens. Un plus grand nombre de fumeurs ont apparemment opté pour des produits similaires, notamment la cigarette électronique. La généralisation du télétravail dû à la pandémie de coronavirus pourrait avoir une causalité directe. Les distributions de produits de tabac roulé ont plongé d’un record de 16,3 % par rapport à 2019. Elles ont atteint 98,8 milliards de yens. C’est le chiffre le plus bas depuis l’exercice 1990 (date du premier relevé statistique).

Environ 200 000 Japonais sont morts des maladies liées au tabagisme en 2019. Ils font ainsi partie des 7,69 millions d’individus décédés dans le monde la même année. L’estimation a été réalisée par une équipe internationale de chercheurs. C’est le voisin chinois de l’archipel qui représente le plus grand nombre de décès avec environ 2,42 millions. Le nombre de dossiers au Japon est le sixième le plus élevé de l’étude, qui analyse des données de plus de 3000 enquêtes sanitaires.

Exercice financier Volume des ventes (milliards de cigarettes)
1990 3,22
1995 3,347
2000 3,245
2005 2,852
2006 2,7
2007 2,585
2008 2,458
2009 2,339
2010 2,102
2011 1,975
2012 1,951
2013 1,969
2014 1,793
2015 1,833
2016 1,68
2017 1,455
2018 1,3

Ressources

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