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Romaji — Le japonais en latin

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Le Romaji (ローマ字) est une méthode d’écriture du japonais en caractères latins. Si vous commencez à apprendre le japonais, vous l’avez peut-être déjà expérimenté. D’ailleurs, cela signifie littéralement « les lettres romaines » ce qui n’est pas si éloigné des kanji (漢字) qui désignent les « lettres chinoises ».

Le fait de rédiger le japonais avec les mêmes lettres romaines qu’en français ne pose aucun problème. En fait, la langue nipponne peut être facilement translittérée en utilisant 22 lettres romaines et deux signes diacritiques. Dans ce cas, on peut ipso facto se demander pourquoi les Japonais n’emploient pas un système si simple à mémoriser et désormais presque universel.

La réponse réside dans le grand nombre d’homophones de la langue japonaise. Cela est encore plus vrai lorsque l’on se focalise sur l’écriture du japonais. Il est souvent nécessaire de connaître les caractères utilisés dans la formation d’un mot pour en percevoir son sens exprimé.

Est-ce que les Japonais ont recours au romaji ?

Oui, le système d’écriture en romaji est employé au Japon, et pas uniquement par les étrangers qui apprennent la langue. Pour diverses raisons, on use des caractères romains dans la vie de tous les jours. Les gares ferroviaires sont par exemple transcrites, tout comme de nombreux panneaux de signalisation. Surtout, les élèves japonais étudient le romaji dès l’école primaire afin qu’ils puissent rédiger leur propre nom en anglais.

Dans la mesure où il existe de multiples façons pour utiliser les caractères japonais (kanji, hiragana, katakana, romaji) on retrouve souvent des caractères latins sur les publicités ou les affichages publics. Les designeurs font donc preuve d’originalité en employant tous les moyens qu’ils ont à leur disposition. Cela conduit même parfois à des mélanges exotiques entre des hiragana et le romaji. Ainsi, la Coupe du monde s’écrit W杯 (wārudokappu, pour « World Cup »).

Le gouvernement japonais a émis des recommandations officielles pour la translittération du japonais en lettres romaines en 1952. C’est au cours de cette même année que les Américains se retirent de l’archipel après 7 années d’occupation.

Certains sigles à l’instar de la NHK, le célèbre service public de radio et de télévision, sont rédigés en romaji. Il y a également les termes OL pour Office lady (employée de bureau). En outre, le romaji est commode pour transcrire des noms japonais pour les étrangers, comme sur les passeports ou sur les timbres-poste.

NHK-logo
Le logo de la NHK

Le romaji est la méthode la plus utilisée dans le monde pour saisir des caractères japonais sur les ordinateurs ainsi que les téléphones portables. Ce n’est bien entendu pas le cas des Japonais (quoi que cela arrive plus couramment qu’on ne le pense). L’approche consiste à passer par un clavier anglais ou français (souvent en QWERTY), d’écrire le mot tel qu’on le prononce à l’oral (en romaji, donc) et de laisser faire la technologie : les termes seront automatiquement reconnus et transcrits en caractères japonais traditionnels. Les plus jeunes Japonais procèdent de la même façon, mais avec une transition des kana vers les kanji : ils écrivent leur texte en kana et laissent la traduction spontanée retranscrire tout cela en kanji.

L’avènement du numérique a contraint certains Japonais à se mettre au romaji. La culture occidentale et surtout la démocratisation d’Internet forcent les habitants nippons à se conformer un minimum. Le code HTML, les mots de passe, les noms d’utilisateur, les URL de sites, tout est en caractères latins. Les claviers japonais se sont ainsi adaptés pour permettre de passer facilement d’une écriture nipponne vers une écriture internationale en latin. Il y a donc là une différence avec d’autres langues comme le coréen où les claviers sont bâtis sur des caractères coréens !

Les trois systèmes de romaji

Les concepts d’une langue sont rarement simples et compréhensibles en une poignée de minutes. Le romaji est un système d’idée qui se décline en de nombreuses variantes de transcriptions, avec à chaque fois de légères différences. Les trois principales sont :

  • Le système Hepburn
  • Le système Kunrei-shiki rōmaji
  • Le système Hebon-shiki rōmaji

Ce tableau trouvé sur Wikipédia (que nous avons modifié pour une meilleure lisibilité) permet de bien se rendre compte des différences de transcription entre les trois principales techniques de romaji.

Hiragana Hepburn Nippon-shiki Kunrei-shiki
shi si si
しゃ sha sya sya
ji zi zi
じゃ ja zya zya
chi ti ti
ちゃ cha tya tya
ji di zi
ぢゃ ja dya zya
tsu tu tu
zu du zu
っち tchi tti tti
fu hu hu
o wo o

On observe trois principales divergences :

  1. Sur les voyelles longues : on les représente par un macron (un trait au-dessus de la lettre comme ce « ō ») dans les méthodes Nippon-shiki et Hepburn, et par un accent circonflexe dans la méthode Kunrei.
  2. Sur le ん : dans les premières versions de la méthode Hepburn, il était souvent remplacé par un « m » et non un « n » quand il était suivi par une consonne labiale (m, p ou b). Par exemple, l’expression « kanpai » était transcrite « kampai ». Il faut dire qu’à l’oral, la différence est imperceptible. Les autres dispositifs vont rester sur le « n ».
  3. Sur les particules enclitiques : comme vous pouvez le voir dans le tableau ci-dessous, on note une divergence pour les particules は, ヘ et を entre les trois systèmes. Elles sont respectivement transcrites par wa, e et o dans les méthodes kunrei et Hepburn. Elles sont transcrites par ha, he et wo lorsque l’on emploie l’approche nippon-shiki.

Voici quelques exemples de mots en romaji :

Français Japonais Hepburn Kunrei-shiki Nihon-shiki
Mont Fuji 富士山 Fujisan Huzisan Huzisan
Thé お茶 ocha otya otya
Continuer 続く tsuzuku tuzuku tuduku
Couler 縮む chijimu tizimu tidimu
Gouverneur 知事 chiji tizi tizi

De notre côté, sur FuransuJapon, on préfère utiliser le système Hepburn. Il a l’avantage de permettre à un francophone ou un anglophone de se rapprocher sans effort de la prononciation japonaise originale. Il n’y a donc pas besoin d’apprendre et de mémoriser des règles de prononciation inconnues. C’est un grand atout, car cela permet d’éviter à un étranger de faire des erreurs de prononciation qui pourraient éventuellement mener à des contresens ou des situations gênantes. Prenons un exemple : tout le monde connaît le mont Fuji, la montagne sacrée du Japon. Dans la méthode Hepburn, on le transcrit logiquement par « Fuji » (avec le -san). Le système kunrei va lui l’orthographier « Huzi » !

La transcription internationale officielle est le kunrei-shiki depuis 1989. Mais il faut bien avouer que c’est en réalité la technique Hepburn qui est la plus utilisée dans le reste du monde.

Cela explique que la prononciation servant à épeler un mot écrit en alphabet latin est la plupart du temps dérivée des lettres de l’alphabet en anglais britannique. Elle est ensuite adaptée à la phonologie du japonais. Cependant, il est fréquent de trouver des alternatives d’usage plus rares qui sont partiellement reconnues par les institutions ainsi que dans une poignée de dictionnaire japonais. Exemple : la lettre H n’est plus vraiment transcrite par エッチ etchi, mais par エイチ eichi. Cela dans un but d’éviter toute confusion avec ecchi, un mot japonais qui signifie « indécent » et « pervers ».

Histoire des romaji

Au fil des époques, plusieurs transcriptions du japonais ont été suggérées. Les premières étaient celles des premiers missionnaires et commerçants portugais au XVIe siècle. C’est ainsi qu’est né le premier livre japonais écrit en romaji, le Sanctos no Gosagveo no vchi Naqigaqi. C’est un livre religieux écrit par le jésuite portugais Alessandro Valignano. Par la suite, de nombreuses translittérations diverses ont été présentées par des Allemands, des Italiens ou encore des Français. Finalement, c’est la transcription hollandaise qui prédominera au Japon pendant les années d’isolement (鎖国, sakoku) imposées par le shogunat d’Edo.

Si les langues européennes utilisent les mêmes caractères latins, les prononciations restent distinctes. C’est surtout à partir de 1867 que le missionnaire américain James Curtis Hepburn propose une nouvelle méthode de transcription basée sur la phonétique du japonais. Elle rencontrera aussitôt un grand succès auprès des étrangers car elle se révèle très accessible. Les Français l’adoptent progressivement au détriment de la transcription francophone de Léon Pagès. Plus tard, Tanakadate Aikitsu met au point une autre transcription considérée comme plus proche du système d’écriture des kana en 1885. Le gouvernement japonais la réutilise et la perfectionne en 1939 et 1954 pour normaliser la transcription kunrei-shiki.

Il est intéressant de noter que certains érudits japonais avaient préconisé l’abolition globale du système d’écriture japonais pendant l’ère Meiji (1868 – 1912). L’idée était alors de le remplacer par les romaji. Cette ambition linguistique n’est aujourd’hui soutenue que par une poignée de personnes, dont la secte Oomoto. Dans le paragraphe précédent, nous avons indiqué que le gouvernement japonais avait modernisé l’écriture nipponne en 1954. Cela fait suite à une tentative ratée des États-Unis de développer la calligraphie latine pendant leur occupation.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tous les Japonais qui ont fréquenté l’école primaire ont appris à lire et à écrire le japonais romanisé. La grande majorité des personnes que vous rencontrerez au pays du soleil levant seront ainsi en mesure d’utiliser et de comprendre le romaji. Attention toutefois, il reste extrêmement rare au Japon d’employer cette méthode pour rédiger le japonais. D’une part, les Japonais sont plus à l’aise pour lire les kanji et les kana, d’autre part, il est toujours plus appréciable de vous adapter à la langue locale.

Le problème de la « romanisation » du japonais

La transcription en caractères latins du japonais est simple, pratique et évite de passer des centaines d’heures pour maîtriser une langue complexe. En revanche, cela apporte son lot de limites : un texte japonais n’a, d’ordinaire, pas d’espace entre les mots. Il faut donc décider où se termine un mot et où commence le suivant. On recommande habituellement d’écrire séparément les unités indépendantes considérées comme des mots (les noms, les adjectifs…). On peut aussi employer des traits d’union pour mettre en valeur une particule ou un suffixe : Tōkyō-to, Minato-ku, Tanaka-san, etc.

Les expressions ou les mots composés de quatre kanji ou plus doivent être divisés en unités de deux ou de trois kanji chacune. Cela pour des raisons de lisibilité évidente. Exemples : 源氏物語 Genji Monogatari, 海外旅行 kaigai ryokō…

Enfin, l’écriture latine, comme l’écriture en kana, ne permet pas d’utiliser des caractères pétris de sens plus ou moins explicites. C’est tout l’intérêt des idéogrammes japonais, qui, comme leur nom l’indique, véhiculent des idées propres. La formation de telle ou telle expression a un sens, une consistance.

C’est pourquoi les professeurs japonais recommandent de très vite éviter d’avoir recours au romaji. C’est une fausse bonne idée qui vous décourage à apprendre les véritables écritures du japonais qui sont majoritairement utilisées, riches en significations et visuellement originales… D’aucuns diront même qu’elles représentent un patrimoine national à conserver !

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