Qui est Toyotomi Hideyoshi, le deuxième unificateur du Japon ?

Toyotomi Hideyoshi (1539-18 septembre 1598), dont le nom original est Hiyoshimaru, était le dirigeant du Japon qui a réunifié le pays après 120 ans de fragmentation politique. Dans cette tâche, il est le successeur d’Oda Nobunaga. Sous sa domination, connue sous le nom d’ère du Momoyama ou de la Montagne de la pêche, le pays était uni sous la forme d’une fédération plus ou moins pacifique de 200 daimyo (grands seigneurs) indépendants, avec lui-même comme régent impérial.

Enfance et progression

Fils de paysan, il a quitté son foyer alors qu’il était encore un garçon pour la province de Tōtōmi (actuelle préfecture de Shizuoka) et est devenu page d’un serviteur du daimyo (baron féodal) de Tōtōmi. Au terme d’une courte période, il rentre chez lui pour devenir fantassin du grand chef japonais Oda Nobunaga. De nature joyeuse, faisant preuve de tact et d’intelligence, il est promu samouraï (serviteur militaire d’un daimyo). En 1568, lorsque Nobunaga entame sa campagne d’asservissement du centre du Japon, Hideyoshi participe à de nombreuses batailles importantes. Au mois de septembre 1573, en renversant deux puissants daimyos, Hideyoshi devint seigneur de Nagahama, dans la province de Ōmi, et prit ensuite le nom de Hashiba Chikuzen no kami (Hashiba, Seigneur de Chikuzen).

Nous savons très peu de choses avec certitude sur Hideyoshi avant 1570, date à laquelle il commence à apparaître dans les documents et les lettres qui subsistent. Quant à son autobiographie, elle débute en 1577, mais Hideyoshi y parle très peu de son passé. A en croire Maeda Toshiie et un missionnaire européen nommé Luis Frois, Hideyoshi était polydactyle, avec deux pouces à la main droite. Contrairement à d’autres Japonais de cette époque, il n’a pas amputé son pouce supplémentaire.

À compter de 1577, sur ordre de Nobunaga, Hideyoshi se lance dans la répression du Japon occidental et envahit au cours de cette opération la province de Bitchū (aujourd’hui dans la préfecture d’Hiroshima). Depuis le château de Himeji, dans la province de Harima, il assiège le daimyo Mōri Terumoto à Takamatsu. En 1580, Oda Nobunaga avait consolidé son pouvoir sur 31 des 66 provinces du Japon. Deux ans plus tard, en 1582, Nobunaga se suicide après une révolte menée par son serviteur Akechi Mitsuhide. Immédiatement, Hideyoshi fait la paix avec Mōri, puis se déplace vers l’est pour venger Nobunaga en battant Mitsuhide, ce qu’il fait à la bataille de Yamazaki.

Une lutte de succession émergea dans le clan Oda. Hideyoshi supportait le petit-fils de Nobunaga, Oda Hidenobu. De son côté, Tokugawa Ieyasu préférait le fils aîné restant, Oda Nobukatsu.

En 1584, Hideyoshi l’emporta et installa Hidenobu comme nouveau daimyo d’Oda. Durant toute l’année 1584, Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu se livrent à des escarmouches intermittentes, mais jamais décisives. Pendant la bataille de Nagakute, les troupes de Hideyoshi sont écrasées, mais Ieyasu perd trois de ses meilleurs généraux. Après 8 mois de ces combats coûteux, Ieyasu demanda la paix.

Désormais, Hideyoshi contrôlait 37 provinces. En guise de conciliation, Hideyoshi distribua des terres à ses ennemis vaincus des clans Tokugawa et Shibata. Il accorda également des terres à Samboshi et Nobutaka. C’était un signal clair qu’il prenait le pouvoir en son nom propre.

L’affirmation du pouvoir

Le jeune Hideyoshi recherchait le titre de shogun afin d’être véritablement considéré comme le dirigeant en titre du Japon. Malheureusement, l’empereur n’était pas en mesure d’accorder un tel titre à quelqu’un de l’origine modeste de Hideyoshi. Celui-ci demanda alors au dernier shogun de Muromachi, Ashikaga Yoshiaki, de l’accepter comme fils adoptif, mais il refusa.

À défaut de pouvoir devenir shogun, il prit en 1585 le poste plus prestigieux de régent (kampaku, 関白), comme l’avaient fait les régents Fujiwara. En 1586, Hashiba reçoit officiellement le nom de « Toyotomi » de la cour impériale. Il fait construire un somptueux palais, le Jurakudai (聚楽第), en 1587 et reçoit l’empereur régnant Go-Yozei l’année suivante.

Dans la foulée, Hideyoshi soumet la province de Kii et conquiert Shikoku sous le clan Chōsokabe (長宗我部氏). Il reprend également le contrôle d’Etchu et conquiert Kyūshū. Pour exercer un plus grand contrôle sur les daimyo kirishitaniens, il bannit en 1587 les missionnaires chrétiens de Kyūshū. Un grand nombre des daimyos de Kyushu s’étaient convertis au christianisme sous l’influence des commerçants portugais et des missionnaires jésuites. Quelques-uns avaient été convertis par la force, et des temples bouddhistes et des sanctuaires shintoïstes ont été détruits.

Dans le courant du mois de novembre 1586, Hideyoshi envoie une énorme armée d’invasion à Kyushu, totalisant quelque 250 000 soldats. Avec le soutien d’un certain nombre de daimyos locaux, l’armée massive ne tarde pas à écraser toute résistance. Comme à son habitude, Hideyoshi confisque toutes les terres, puis restitue de plus petites portions à ses ennemis vaincus et récompense ses alliés par des fiefs beaucoup plus importants.

À partir de 1588, Hideyoshi lance une campagne de chasse au sabre qui interdit aux simples paysans de posséder des armes. Tous les sabres collectés ont été fondus pour créer une statue du Bouddha. Par cette mesure, les révoltes paysannes sont stoppées et une plus grande stabilité est assurée au détriment de la liberté individuelle.

C’est en 1590 qu’a lieu la dernière campagne de réunification. Hideyoshi dépêcha une autre énorme armée, dépassant probablement les 200 000 hommes, pour conquérir le puissant clan Hojo, qui régnait sur la région d’Edo (aujourd’hui Tokyo). Les commandants de l’armée étaient Ieyasu et Oda Nobukatsu, accompagnés d’une force navale chargée d’étouffer la résistance des Hojo par la mer. Le daimyo inflexible Hojo Ujimasa se retire au château d’Odawara et s’installe pour attendre Hideyoshi.

Après 6 mois, Hideyoshi envoya le frère d’Ujimasa pour demander la reddition du daimyo Hojo. Il refusa, et Hideyoshi lança une attaque générale de trois jours sur le château. Finalement, Ujimasa envoya son fils se rendre au château. Le seigneur Hideyoshi ordonna à Ujimasa de se faire seppuku. Il saisit les domaines et envoie le fils et le frère d’Ujimasa en exil. Le grand clan Hojo a été anéanti.

Toyotomi Hideyoshi représenté en cavalier
Toyotomi Hideyoshi représenté en cavalier

Un règne marqué par des innovations

Son objectif ultime était, paraît-il, la conquête de la Chine, des Philippines et de l’Inde, mais même le contrôle de la péninsule coréenne, qu’il avait envahie une première fois en 1592, n’était pas possible, car les forces du Japon étaient totalement inadaptées à une entreprise d’une telle ampleur. Après une période de paix temporaire avec la Chine, qui finit par être rompue, Hideyoshi organise en 1597 une seconde invasion de la Corée. Il mourut à l’âge de 62 ans, profondément perturbé par les résultats défavorables de la guerre de Corée.

Aucune enfant n’est né de son épouse officielle, mais Hideyoshi a eu un fils d’une concubine. À sa mort, cependant, ce fils n’avait que cinq ans ; deux ans plus tard, Tokugawa Ieyasu prit les rênes du gouvernement et fonda en 1603 le shogunat Tokugawa, ou gouvernement militaire.

Toyotomi Hideyoshi a changé la société japonaise à bien des égards. Pendant la période Sengoku, il était courant pour les paysans de devenir des guerriers, ou pour les samouraïs de cultiver la terre, en raison de l’incertitude constante causée par l’absence de gouvernement centralisé et la paix toujours instable. Après avoir pris le pouvoir, Hideyoshi a décrété que tous les paysans devaient être complètement désarmés, gelant ainsi la mobilité des classes sociales pour les trois cents ans à venir

En 1588, Hideyoshi supprime progressivement l’esclavage au profit du travail sous contrat et à forfait, et met fin à la vente d’esclaves.

Le château d’Osaka, le plus grand et le plus redoutable de tout le Japon, a été achevé en 1590 par Hideyoshi pour protéger les approches occidentales de Kyoto.

Mais les contributions de Hideyoshi à la culture japonaise ne se limitent pas aux aspects militaires et administratifs. Tel Nobunaga avant lui, Hideyoshi consacre du temps et de l’argent à la cérémonie du thé, collectionnant les ustensiles, parrainant des événements sociaux somptueux et favorisant les maîtres acclamés. Parallèlement à l’intérêt pour la cérémonie du thé au sein de la classe dirigeante, la demande d’ustensiles en céramique fine s’est accrue, et au cours des campagnes de Corée, non seulement de grandes quantités de céramiques prisées ont été confisquées, mais de nombreux artisans coréens ont été transférés de force au Japon.

Au niveau politique, il a instauré un système gouvernemental qui a créé un équilibre entre les seigneurs de guerre japonais les plus puissants (ou daimyo). Le conseil a été créé pour inclure les seigneurs les plus influents, et un régent a été désigné pour être aux commandes, fonctionnant d’une certaine manière comme un président avec un parlement.

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