Pourquoi les conducteurs de train au Japon pointent sans cesse du doigt ?

shisa kanko

Pour les voyageurs qui se rendent au Japon, on ne peut pas passer à côté : les conducteurs de train et autres cheminots ne cessent de pointer du doigt les objets qui les entourent et de se dire quelque chose à haute voix pendant qu’ils font leur travail. Cette attitude, qui peut sembler étrange aux étrangers, a une fonction très importante : elle garantit la sécurité des passagers. C’est le Shisa Kanko.

Pointer du doigt au Japon : une gestuelle unique ?

Le personnel en uniforme impeccable, ganté de blanc, se dirige vers le quai et appelle, visiblement sans que personne ne le sache, les trains qui entrent et sortent de la gare. La situation à bord est à peu près la même, les conducteurs et les chefs de train effectuant des gestes presque rituels en s’occupant d’un ensemble de cadrans, de boutons et d’écrans. Les systèmes ferroviaires japonais ont la réputation bien méritée d’être parmi les meilleurs au monde. Avec un réseau étendu de voies ferrées où circulent environ 12 milliards de passagers par an et une ponctualité qui se mesure en secondes, le rail japonais est une merveille de précision et de fiabilité dans les transports.

Nous sommes tous faillibles, nous faisons tous des erreurs. La plupart de ces erreurs sont sans importance, mais parfois les conséquences sont importantes. Dans l’industrie et les soins de santé, l’erreur humaine a un impact sur les finances, l’efficacité, les délais, les réputations et les vies. Une solution a été trouvée au Japon, et elle reste (pour le moment) assez restreinte au territoire nippon.

De nombreux conducteurs de train, chauffeurs et employés de gare jouent un rôle important dans l’exploitation fiable et efficace des lignes, dont un aspect essentiel est la variété des gestes physiques et des appels vocaux qu’ils effectuent dans l’exercice de leurs fonctions. Les mouvements et les appels vocaux peuvent sembler saugrenus aux yeux des touristes, mais il s’agit en fait d’une méthode de sécurité industrielle inventée au Japon, connue sous le nom de “pointer et appeler”. Selon une étude réalisée en 1996, ce système a été mis au point par le bureau de l’administration des chemins de fer de Kobe, aujourd’hui disparu, à la fin de la période Meiji (début du XXe siècle) et permet de réduire jusqu’à 85 % les erreurs sur le lieu de travail.

Le Shisa Kanko

Cette méthode de pointage et d’appel, désignée en japonais sous le nom de shisa kanko, repose sur le principe de l’association des tâches à des mouvements physiques et à des vocalisations afin de prévenir les erreurs en “élevant le niveau de conscience des travailleurs”, selon le National Institute of Occupational Safety and Health du Japon. Chaque étape d’une tâche donnée est renforcée physiquement et vocalement pour s’assurer que l’étape est à la fois complète et précise, plutôt que de se fier uniquement aux yeux ou aux habitudes du travailleur.

Au Japon, quoi que fasse un conducteur de train, il confirme ses actions à l’aide de mouvements physiques combinés à des vocalises. Si le conducteur de train doit confirmer que la vitesse du train est de 80 km/h, il pointe l’index vers le compteur de vitesse et dit que la vitesse est maintenant de 80 km/h. Puis il lève la main vers son oreille, regarde le compteur de vitesse, le pointe à nouveau et dit “Ok !”.

En combinant les mouvements physiques et les commandes vocales, on augmente le flux sanguin dans certaines zones du cerveau, ce qui nous rend plus impliqués et plus attentifs. Ce procédé est utilisé dans de nombreuses autres industries au Japon, et des systèmes similaires sont utilisés dans le monde entier dans l’aviation. Le pilote et le personnel de cabine combinent les mouvements physiques et la parole dans de nombreuses activités, en particulier lorsqu’un haut niveau de précision est crucial. Quand un pilote doit changer d’altitude en pilotage automatique, il maintient sa main sur le sélecteur d’altitude jusqu’à ce que son copilote confirme son action.

De la même manière qu’une liste à cocher, l’absence de Shisa Kanko ne se traduira pas toujours par des erreurs. Par contre, si cette technique est présente, le Shisa Kanko contribuera toujours à prévenir les erreurs. Il s’agit donc d’une “condition positive“.

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