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Histoire

L’occupation du Japon par l’Amérique (1945-1952)

L’occupation du Japon par l’Amérique (1945-1952)

Les 6 et 9 Août 1945, deux bombes atomiques américaines sont larguées respectivement sur Hiroshima et Nagasaki. Elles provoquent entre 95 000 et 166 000 morts pour la première, et entre 60 000 et 80 000 morts pour la seconde. Par la suite, le Japon sera plongé pendant de longues années dans une période d’occupation par l’Amérique.

Le bilan de la Seconde Guerre mondiale

Le bilan est lourd, mais la nature des victimes l’est d’autant plus : ce sont des civils innocents, il n’y avait aucun site stratégique pour justifier les frappes atomiques : les bombardiers américains avaient pour mission de raser deux villes entières et innocentes afin de frapper le moral des Japonais d’un coup surpuissant dans le but d’obtenir une reddition. Du côté américain, on tente d’expliquer aujourd’hui cette décision (de tuer entre 155 000 et 250 000 civils en une poignée de minutes) par un calcul des pertes américaines, s’ils avaient été amené à débarquer sur l’archipel japonais. C’est assez justifiable dans la mesure où il restait 7 millions de potentiel soldats (qui ont d’ailleurs tous déposés les armes dans les heures qui ont suivi la déclaration de l’empereur Hirohito) sans compter les civils, qui auraient sans doute participé à la guerre contre les « envahisseurs blancs », les Américains.

En bref, le Japon capitule le 14 Août, dans la crainte d’autres frappes atomiques annoncées par les Américains. De plus, il est à noter que l’archipel, isolé, ne peut plus combattre depuis longtemps dans les airs, par manque de carburants, de pilotes, et d’avions, sans oublier que les Américains ont désormais des avions bien supérieurs techniquement aux Zero, les avions japonais de la seconde guerre mondiale. Les îles principales japonaises sont donc sous bombardement constant des avions américains, mais le Japon est aussi isolé dans les eaux par les navires américains qui canardent sans cesse ses côtes. La famine concerne tout le monde au Japon et c’est le principal enjeu que vont devoir relever les Américains une fois maîtres du territoire nippon.

La capitulation du Japon, les débuts de l’occupation américaine

C’est le 14 Août 1945 que le Japon capitule sans condition face aux Américains. Officiellement il y a 11 vainqueurs du Japon, qui sont : les Etats-Unis, l’URSS, la Chine, la Grande-Bretagne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la France, les Pays-Bas, le Canada, l’Inde et les Philippines. Au total, 2 000 000 de soldats japonais et plus de 500 000 civils sont morts pendant cette guerre.

Le pays est complètement ravagé, la situation est catastrophique (surtout à cause des bombardements intensifs américains qui ont paralysé le pays entier, détruisant les usines de production notamment.) Les crises sont multiples : alimentaire, sanitaire, économique, c’est un pays fracturé qui s’ouvre de force aux vainqueurs.

L’occupation Américaine débute en Septembre 1945, d’abord avec un régiment américain, qui s’étendra rapidement à plus de 150 000 hommes par la suite. Devant un pays entièrement détruit, qui était jusque là solidement ancré dans un nationalisme profond, et une haine viscérale des Américains, ceux-ci ont pour mission de punir le Japon, et d’en faire une démocratie. Le phénomène de démocratisation forcée d’un pays est aussi nouveau tant pour les Japonais que pour les Américains. Afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’avec l’Allemagne, Washington opte pour une occupation légère : des troupes sont bien présentes à Tokyo, mais hormis la capitale, les soldats américains ne sont pas postés à chaque coin de rue, ils ont plus un rôle de contrôle des foules.

De plus, il ne faudrait pas oublier que le contexte d’après Seconde Guerre mondiale va rapidement pour les Américains être synonyme de Guerre Froide contre l’ URSS dès 1947. Les troupes sont donc mobilisées ailleurs, comme pour la guerre de Corée dans les années 1950. Mais en 1947, c’est surtout la Chine communiste de Mao qui préoccupe Washington : devant la victoire de Mao Zedong, le communiste, en 1949, face au nationaliste Chang-Kai Tchek (soutenu par le gouvernement américain), les USA s’attachent à remodeler la politique japonaise à l’image américaine, et ainsi évincer tout communisme.

Condamnation du Japon impérial

Par la suite, les Américains s’engagent dans un procès afin de, comme en Allemagne avec le tribunal de Nuremberg, juger les criminels de guerres et principaux responsables militaires des perdants. C’est le tribunal de Tokyo. Pour le décrire convenablement il faudrait un article entier (que je ferai surement plus tard), mais pour résumer, on peut le schématiser comme étant une pâle copie de son homologue allemand. Les Américains pendent certains responsables, comme le général Tojo, en emprisonnent à vie d’autres, mais laissent de coté le principal criminel, celui qui dirigeait la politique entière du Japon pendant toute la Seconde Guerre mondiale, l’empereur Hirohito.

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L’empereur Hirohito

Il reste en place, et n’est même pas amené à comparaître comme témoin, les généraux japonais eux-mêmes font tout pour le sauver. De plus, le général Mac Arthur, qui dirige l’occupation américaine du Japon, rend des rapports à Washington qui indiquent que, en cas de comparution de l’empereur, alors considéré comme un dieu vivant et descendant divin, au tribunal de Tokyo, la réaction des Japonais serait brutale, et une guerre civile pourrait en découler. Devant ces rapports au caractère alarmant, Washington fait tout pour préserver Hirohito, cependant on constate d’après des sondages de l’époque que les Japonais dans leur majorité ne se souciaient plus tellement du sort de leur empereur, ils cherchaient simplement à se nourrir convenablement.

L’histoire des réparations de guerre

A l’image de toutes les autres négociations de vainqueurs, des mesures sont d’abord prises pour que le Japon, pays alors vaincu (et dévasté), paye des réparations de guerre pour les pays que le Japon a colonisé comme la Chine ou la Corée, mais aussi agressé à l’instar des Etats-Unis. L’économie japonaise étant logiquement à terre, les Américains décident de faire payer les réparations de guerre en transférant les usines aéronautiques, navales ou autre complexes industriels japonais dans les pays qui devaient bénéficier des réparations de guerre. Au début, le principe est respecté, puisque 60 000 tonnes de matériels sont démontées au Japon (1946-1948) et envoyées dans les pays voisins principalement. Dans l’aspect purement économique, les Américains veulent punir les grandes entreprises (dites « Zaibatsu ») qui ont profité de la guerre pour s’enrichir au détriment des plus pauvres : on note principalement la confiscation d’actions de ces entreprises. Cependant, il faut expliquer que ces mesures, si elles apparaissent comme de la bienveillance au premier abord du moins, ont surtout un but précis : commencer à remodeler les richesses afin d’installer une démocratie durable au Japon. Malgré tout, certains lobbys américains se mettent en place pour contester cette mesure : des groupes comme Mitsubishi ont reçu des investissements américains avant la guerre, et le démantèlement des actions qui se met en place peut leur faire perdre des montants astronomiques. Pour ce genre de raison, la politique va progressivement perdre en importance au fil des années et le concept ne sera que partiellement appliqué.

La nouvelle constitution

J’en viens alors à mon point suivant qui concerne la démocratisation du Japon. Comme dit précédemment, le Japon a toujours été sous domination d’un pouvoir, de l’empereur, du moins officiellement (cf l’époque shogunale qui remet en question l’emplacement d’une autorité impériale). La démocratie est donc un concept entièrement nouveau pour ce pays, et le processus de démocratisation forcée est alors totalement inédit pour le Japon, mais également pour le pays qui le met en application, les Etats-Unis. Cependant, c’est la mission que les USA entreprennent, principalement pour en faire un allié stable en Asie, où le communisme prend de l’ampleur (Chine de Mao en 1947, puis plus tard la Corée du Nord, le Vietnam..).

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Carte de la situation politique en Asie dans les années 1950 : on voit que le Japon est entouré d’états communistes

De plus, les Etats-Unis occupent Okinawa, une île japonaise, et placent des bases militaires un peu partout sur l’archipel. Afin d’entreprendre la démocratisation du Japon, MacArthur (qui dirige l’occupation américaine) fait rédiger une nouvelle constitution démocratique en 1947. Inutile de préciser que dans un premier temps, le Japon, et surtout ses conservateurs, ont beaucoup de mal à accepter une réforme aussi lourde, qui bouleverse celle en rigueur jusque là, datant de l’époque Meiji. L’empereur Hirohito va alors signer la constitution, ce qui va forcer la main à ses sujets, qui vont faire de même. Parce que commenter totalement la constitution serait beaucoup trop long pour un article de ce genre, je vous propose rapidement de faire le tour des points les plus marquants :

  • Premièrement, l’empereur n’a plus aucune souveraineté : à la manière de la reine d’Angleterre, son pouvoir n’est plus que symbolique. La direction du pays est donc entre les mains d’un premier ministre, qui n’est plus nommé par l’empereur mais par un scrutin de la Diète, chambres politiques que l’on va développer dans le point suivant.
  • Deuxièmement, deux chambres de la Diète sont élues au scrutin universel, les députés et sénateurs sont désormais des hommes et des femmes. Là encore, on prend modèle sur les principales puissances occidentales. Tout est fait pour que des lobbys, comme les militaires, ne puissent à l’avenir pas reprendre le pouvoir du pays par la force.
  • Troisièmement, les pouvoirs locaux bénéficient de plus amples pouvoirs et d’une meilleure autonomie. Par exemple, les maires sont désormais élus par un suffrage universel ce qui n’était pas le cas auparavant.
  • Par la suite, d’autres points fondamentaux comme ceux dans nos constitutions occidentales sont établis, comme l’égalité des sexes absolue ou la séparation entre croyance et pouvoir (principalement pour contrer le culte shinto, alors déclaré comme base de l’idéologie impériale).
  • Enfin, et c’est peut être l’article le plus connu de la constitution du Japon, le neuvième. Il stipule que le Japon « renonce à tout jamais à l’usage de la guerre en tant que souverain de la nation (…) comme moyen de régler les conflits internationaux. » En clair, le Japon n’est plus libre de disposer d’une armée et de l’envoyer de manière offensive. Sous prétexte d’une volonté de paix, le Japon se voit privé de son armée. Du moins presque, car une force d’autodéfense de 50 000 hommes est créée. En cas d’une attaque par un pays, le Japon est lié aux Etats-Unis par une alliance militaire, et serait donc défendu par ceux-ci.
En savoir plus :   Histoire complète du Japon impérial – Deuxième partie

Enfin, toujours dans un but de redistribution et de démocratisation, les Etats-Unis vont encourager le syndicalisme et effectuer une réforme agraire. Dans un premier temps, le syndicalisme va rapidement prendre de l’ampleur dès la loi de décembre 1945, avec l’obtention de droits, comme celui de grève, la création d’association mais aussi la tenue de réunion par exemple. Cet octroi de liberté « de groupes » permet de limiter (dans un premier temps) l’essor d’un communisme révolutionnaire. Le mouvement syndical prend de l’ampleur puisque l’on atteint plus de 50% de syndiqués au sein de la population active.

Malgré ces efforts, une des deux plus grandes associations est communiste, le Sanbetsu (qui représente 40% des syndiqués). Pour ce qui concerne la réforme agraire, elle favorise les conservateurs, en faisant de tous les agriculteurs des propriétaires, en redistribuant des terres d’exploitations jugées trop grandes. Ainsi, c’est plus de 50% des terres qui changent de mains, et une grande partie de la population peut accéder à une exploitation de la terre. Aujourd’hui, pour la construction d’un aéroport en France, il faut l’accord de deux ou trois propriétaires terriens, mais au Japon, en comparaison, il n’est pas rare d’avoir une ou plusieurs dizaines de propriétaires, ce qui complique largement les négociations et fait monter le prix.

Que retenir de l’occupation du Japon par l’Amérique ?

Pour terminer, évoquons l’héritage de cette occupation américaine. Elle se termine le 28 avril 1952, date à laquelle le Japon recouvre son indépendance. Les militaires américains vont progressivement quitter les iles principales, mais Okinawa reste aux mains des Américains (jusqu’en 1972 !). Les transformations opérées sous occupation ont transformé et démocratisé le pays, ce qui fracture encore plus la société, et notamment la politique.

Les conservateurs souhaitent revenir sur certaines lois dès que les Américains partent, et les socialistes japonais ne veulent pas êtres dans le camp capitaliste (et donc contre l’URSS socialiste). Dans le domaine de la mémoire, on note que la presse et autres organes officiels développent un discours visant à épargner le peuple japonais : durant la guerre, il aurait été trompé par une élite militaire, qui aurait pris le pouvoir au détriment de son propre peuple, et réalisé une folie en provoquant une colonisation agressive, puis la guerre contre les USA.

La population des principales îles a subi les bombardements américains, mais les horreurs que l’armée nippone a commis au nom de la nation japonaise se sont passées au loin, comme en Mandchourie. C’est là un contraste majeur avec l’Allemagne et les camps de concentration : en Europe, les vainqueurs (Américains et Soviétiques en majorité) ont montré à la population allemande les horreurs dans ces camps. La sensibilisation n’est donc pas la même. Aujourd’hui encore, des massacres sont régulièrement niés par une partie des Japonais, plutôt de tendance conservatrice, le plus connu étant celui de Nankin en Chine.

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