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Le gouvernement japonais estime actuellement que d’ici plusieurs années, la population des hikikomori pourrait grimper à plus de 10 millions de personnes. Actuellement, 1,15 millions d’entre eux sont présents au Japon. Cela permet de mettre l’accent sur les conditions de la société japonaise, qui pousse de plus en plus de personnes à l’isolement.

Un phénomène de longue date

Le thème du hikikomori est très récurrent au Japon. C’est un phénomène de retrait de la société, qui se caractérise souvent par des personnes qui vivent recluses chez-elles. D’ailleurs, le terme sert également à définir ces personnes-là. Saitō Tamaki est un psychiatre qui a donné une conférence le 29 juillet 2019 sur ce thème. Il nous permet d’en savoir un peu plus sur ce phénomène qui était jusqu’à très récemment très marginalisé dans les actualités, et ignoré.

Aujourd’hui, de plus en plus d’études gouvernementales sont mises en place afin de déceler les causes et les origines d’une telle population de personnes coupées de la société. On apprend alors que le gouvernement estime la population japonaise de hikikomori à environ 1,5 millions, pour des personnes âgées de 15 à 64 ans. Cependant, pour le psychiatre, il y a bien plus de personnes que cela. Le chiffre pourrait d’ailleurs plutôt pencher vers 2 millions d’individus.

Contrairement à des sans-domicile-fixe, les hikikomori vivent généralement avec leurs parents, et n’ont donc aucun souci en matière de vivres ou de logement. Ainsi, pour le Japon, cela devient une problématique d’ampleur, puisque ces personnes vont continuer de grandir au sein d’une vie isolée. Au fil des ans, le nombre ne fera qu’augmenter.

Au Japon, pour une majorité des personnes, le retrait social est associé à un comportement criminel. Pour le psychiatre, il faut faire évoluer cette mentalité, et comprendre qu’il s’agit là d’une maladie et d’un mal-être profond. Entre 1990 et 2000, une jeune fille a été enfermée à Niigata. Depuis, beaucoup estiment que des affaires similaires peuvent se dérouler au sein d’un domicile d’un hikikomori. En revanche, d’après les études récentes, il n’y a que très peu de corrélation entre criminalité et le fait de vivre reclus.

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Un contact perdu

Aujourd’hui, la société japonaise fait toujours état d’un manque de respect pour ces individus. Puisque ces dernières vivent en marge, elles ne sont pas utiles à la société dans le sens japonais du terme, ou même à leur famille. Pour beaucoup, elles n’ont aucune valeur. Cela induit, logiquement, que la réinsertion d’un hikikomori au sein de la société est plus que difficile. Généralement, cela se déroule très rarement, et au sein des groupes d’anciennes personnes qui vivaient également recluses. 

Comment devient-on hikikomori ? La plupart du temps, les origines proviennent d’intimidations ou d’harcèlements de la part des enseignants pendant la période scolaire. Cela peut également découler d’une mauvaise relation avec des collègues, ou des camarades de classe. En revanche, il est extrêmement rare que la cause soit un abus ou un trouble de stress post-traumatique. 

Une fois entré dans cette atmosphère de solitude et d’isolement, il est plus difficile d’en ressortir. Le cocon est familial, et leurs relations se tendent de plus en plus. Le détachement est progressif. Dans 10 % des cas d’hikikomori, il y a un problème de violence domestique. Pour le psychiatre, cela provient du fait que les personnes ont le sentiment que leur vie n’a pas de sens ni de valeur, et elles deviennent alors extrêmement misérables. La situation devient de plus en plus pénible, et il en découle un caractère parfois violent. Même contre leur famille, au sein de leur sanctuaire, ils peuvent lever la main. 

Enfin, sachez que le problème des hikikomori est international. Même si la grande majorité se situe au Japon, on estime à 300 000 le nombre de ces personnes isolées en Corée du Sud, par exemple. Dans les sociétés axées sur la famille, comme c’est le cas au Japon, ce problème prend de plus en plus de terrain. Au contraire des pays caractérisés par un fort individualisme, comme c’est le cas avec les États-Unis ou la Grande-Bretagne. Là, il n’y a que peu de phénomènes d’hikikomori. Pour autant, la solitude est tout aussi présente…

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