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La bataille d’Iwo Jima : un tournant de la Seconde Guerre mondiale

Le 19 février 2020 marque le 75e anniversaire du débarquement des marines américains sur Iwo Jima. L’ile, alors sous domination japonaise, fut le théâtre sanglant d’affrontements entre les Américains et les troupes impériales nippones. Une explosion de grenade a été gravée à la mémoire d’un ancien marine de 104 ans, William White.

Iwo Jima, une île stratégique

Le nom Iwo Jima est en réalité une transcription irrégulière de ōtō ou Iōjima (硫黄島). Il s’agit d’une île volcanique japonaise faisant partie de l’archipel d’Ogasawara, située dans la préfecture éponyme. Elle est à 1046 km au sud de Tokyo, dans la mer des Philippines. Ses dimensions sont relativement modestes, la superficie étant de 22 km².

Sa topographie contraste notamment avec les autres iles du Pacifique. Le relief y est plat, néanmoins largement dominé par le mont Suribachi, culminant à 169 m d’altitude. Initialement, cette zone a été nommée « l’ile du soufre » par le capitaine Cook, à l’occasion de son troisième voyage. C’est d’ailleurs la traduction littérale du nom officiel. La prononciation erronée du lieu date de la Seconde Guerre mondiale, quand des architectes japonais sont venus solidifier le lieu, en prévision de l’invasion américaine.

Carte montrant Iwo Jima et le Japon
Iwo Jima, d’après une carte américaine / Wikimédia

Le théâtre de l’une des batailles les plus sanglantes de l’histoire

La bataille Iwo Jima commémore, en 2020, ses 75 ans. Elle s’inscrit donc dans la guerre du Pacifique, dans un contexte où les Américains progressent et menacent désormais le Japon. Elle débute le 19 février 1945, et se termine le 26 mars de la même année. Pendant plus d’un mois, les Japonais résisteront à l’inévitable, à l’inavouable : la défaite.

Cette bataille est importante à bien des titres, et la victoire américaine est décisive quant à l’issue du conflit opposant les Américains aux Japonais. Premièrement, il s’agit d’une place géographique stratégique. Chaque ile permettait aux Américains de progresser, en y installant des aérodromes et des pistes de décollage pour leurs avions. Du côté japonais, l’île servait de station d’alerte.

En prévision d’un débarquement, l’armée américaine décide de bombarder intensivement la zone en 1944. Il s’agit d’ailleurs du plus long bombardement de toute la guerre du Pacifique, s’échelonnant d’août à octobre 1944. Au total, 48 raids aériens sont menés, et auront pour principale mission de neutraliser les deux aérodromes japonais sur place. À partir de décembre 1944, les Américains emploient toute leur marine et centralisent les feux pour affaiblir l’ennemi japonais. Au début de l’année 1945, les soldats japonais présents sont bombardés quotidiennement.

Les navires américains ont tellement pilonné Iwo Jima que la forme du point culminant de l’île, le mont Suribachi a été modifié. À partir de janvier 1945, 14 000 tonnes d’obus tomberont sur les Japonais.

L’opération Detachment consistait alors en la prise d’Iwo Jima, pendant l’acheminement logistique servant à débarquer sur Okinawa. Les Américains s’attendaient à une rude bataille, mais brève.

L’ile d’Iwo Jima

La réaction japonaise

Initialement défendue par une garnison de 22 000 soldats (109e division d’infanterie japonaise), l’île reçoit quelques renforts quand la nouvelle d’un débarquement allié parvient aux autorités japonaises. C’est beaucoup moins que les 70 000 marines américains.

Pour résister, les Japonais bâtissent à toute vitesse un vaste réseau souterrain, qui permet de supporter efficacement les bombardements aériens et navals américains. Des bunkers étaient également aménagés afin d’infliger le maximum de perte aux Américains. L’objectif des généraux japonais était de faire comprendre que l’ile ne pourrait être prise sans un débarquement intensif, qui occasionnerait des milliers de morts des deux côtés. Mais la dissuasion n’aura pas effet sur les Américains, qui se mettront à l’oeuvre le 19 février, à neuf heures du matin.

Historiographiquement, il est aujourd’hui admis que les soldats japonais savaient qu’ils allaient mourir sur place. Mais comme l’instruisait l’idéologie impériale, ils étaient prêts à se sacrifier pour ralentir l’armée américaine.

Le début de la bataille d’Iwo Jima

Après une séance de pilonnage intensif qui dura trois jours à partir du 16 février, et qui n’endommagea pas réellement les défenses nippones, les Américains se livrent à un débarquement extraordinaire. À l’instar de ce qui s’est passé sur les plages de Normandie, les Américains se retrouvent très vite bloqués. Un feu nourri d’artillerie, de snipers et de mitrailleuses japonaises, retranchées dans des hauteurs paralyse la progression et surprend les marines. Pire, l’afflux de troupes américaines, qui débarqueront encore et encore, provoque un véritable embouteillage qui augmentera les pertes humaines.

Les témoignages ultérieurs rapportent que le sable, de basalte, ne permettait pas aux hommes de creuser des trous pour s’y protéger.

Les premières unités d’infanterie de réserves seront appelées à peine deux heures après le début de l’offensive. Il faudra attendre le soir pour que la plage soit sécurisée, notamment en raison de la panne de munitions des Japonais. Les marines relateront dans leurs mémoires que des tirs de snipers nippons continueront tout au long de la nuit.

La progression se fera lentement, mais inexorablement. Si les 22 000 Japonais se sont battus du mieux qu’ils puissent, avec un patriotisme suicidaire, la défaite était inéluctable. La bataille, qui a commencé sur la plage, se mue en une bataille de plaine, puis souterraine. Pour déloger les soldats retranchés dans les cavernes, les Américains utiliseront massivement les grenades et les lance-flammes. Le premier aérodrome est notamment pris le 22 février. Par la suite, des raids japonais orchestrés par des officiers seront lancés sur les troupes américaines, en particulier quand les balles viennent à manquer. Un véritable choc psychologique pour les Américains, tant l’initiative nippone était suicidaire. Le 25 février, le deuxième aérodrome est occupé. Les derniers japonais se donnent la mort.

Le troisième terrain d’aviation est remporté par les Américains le 2 mars, et la zone située à l’Est de cette de celle-ci mettra un jour à être prise. Elle est surnommée le hachoir à viande (the meatgrinder), car les Japonais se battront, encore une fois, de toute leur force. Pour conquérir cette zone, 6600 marines seront blessées ou tuées.

Il faudra néanmoins attendre le 15 mars pour que la majorité de l’île soit occupée par les Américains. Si l’essentiel des troupes nippones est décimé, des résidus de l’armée, notamment des groupes de quelques individus, continueront de lutter séparément. Par exemple, le blockhaus général Tadamichi Kuribayashi ne sera conquis que le 25 mars. L’ultime offensive japonaise interviendra le 26 mars avec 300 soldats qui s’étaient infiltrés dans les défenses américaines. 262 d’entre eux mourront, 53 Américains également.

Mémorial américain d’Iwo Jima

La bataille d’Iwo Jima en chiffre

Du côté japonais :

Il y avait un peu plus de 22 000 soldats. Compte tenu de l’idéologie impériale et de la violence des combats, les pertes sont incroyables. 20 703 morts, 216 prisonniers et 1152 personnes disparues. Les quatre commandants présents sur Iwo Jima trouvent également la mort.

8700 corps seulement sur les 22 000 sont retrouvés et identifiés. La population locale ayant été évacuée avant le début de la bataille, il n’y a pas eu de victimes civiles. Les derniers résistants japonais se rendront le 6 janvier 1949 : ils se sont cachés pendant plus de quatre ans dans les grottes, en se nourrissant de rations alimentaires qu’ils ont volées aux Américains.

La victoire américaine est décisive, et le territoire passe sous domination américaine. Très vite, un aérodrome est installé, puis une base militaire à l’issue de la guerre.

Du côté américain :

C’est la seule bataille terrestre de la guerre du Pacifique où les États-Unis ont vu plus de leurs soldats que de japonais mis hors de combat. Avec plus de 70 000 hommes déployés, huit cuirassés, huit croiseurs et 10 porte-avions d’escorte, les pertes sont beaucoup plus lourdes que prévu.

6821 Américains trouveront la mort, un quart de l’ensemble des marines situés durant l’ensemble de la Seconde Guerre mondiale, ici en 5 semaines. À cela s’ajoutent 19 000 blessés. Parmi l’intégralité des Medal of Honor distribuées, un quart le seront pour des survivants de la bataille d’Iwo Jima.

Les pertes matérielles sont également importantes, avec notamment un porte-avion coulé, et un autre grandement endommagé.

Le devoir de mémoire

Iwo Jima a été remis par les États-Unis au Japon en 1968, l’île héberge des troupes américaines depuis lors. Des commémorations conjointes sont régulièrement tenues pour marquer l’anniversaire de la bataille. En 1994, Akihito devient le premier empereur japonais à se rendre sur l’île, synonyme d’une résistance japonaise à toute épreuve. En 2005, le Premier ministre Junichiro Koizumi rentre dans l’histoire en devenant premier de sa fonction à assister aux cérémonies.

La bataille d’Iwo Jima symbolise l’extraordinaire ténacité du peuple japonais, luttant face à une armée largement supérieure en nombre et en moyens techniques.

Elle a été immortalisée par plusieurs photographes, et notamment Lou Lowery. Les jeux vidéos ou encore le cinéma (Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima) ont mis en scène le terrible affrontement qui a sévi sur l’île pendant plus d’un mois.

Prise du Mont Suribachi sur Iwo Jima
Wikimédia : US Navy / US Marines / Lou Lowery

Le 19 février 1985, à l’heure du 40e anniversaire du débarquement des forces américaines sur l’île, les anciens combattants des deux armées se sont réunis. Une plaque a été déposée :

« Au jour du quarantième anniversaire de la bataille d’Iwo Jima, les vétérans américains et japonais se sont à nouveau rencontrés sur les mêmes étendues de sable, cette fois en paix et dans l’amitié. Nous nous souvenons de nos camarades, vivants ou morts, qui se sont battus ici avec honneur et bravoure, et prions ensemble pour que nos sacrifices en ce lieu soient toujours rappelés et ne soient jamais répétés. »

Pour aller plus loin, nous vous recommandons les références suivantes :

Lettres d’Iwo Jima de Kumiko Kakehashi
Marines à Iwo Jima de Charles Trang

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