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Au Japon, les gens vivent de plus en plus longtemps. Cette augmentation de la durée de vie est constante depuis plusieurs années, mais un nouveau rapport de l’ONU classe le pays au 58e rang des pays les plus heureux du monde. Dans les classements précédents, le Japon était à la 54e place, aujourd’hui occupée par la Corée du Sud. Pour un pays aussi industrialisé que le Japon, un chiffre aussi bas est alarmant. Essayons d’en décrypter ensemble les raisons.

Pourquoi les Japonais sont-ils si malheureux ? 

Le Japon est pourtant une démocratie en paix, bénéficie de la troisième plus grande économie au monde, et jouit d’un niveau de capacités technologiques hors normes. Mais malgré toutes ces caractéristiques relativement nécessaires et emblématiques à notre époque, les habitants nippons ne sont pas heureux. Si le bonheur est une notion difficile à définir, et encore plus à mesurer, l’ONU a décidé de commencer à publier depuis 2012 un rapport annuel sur le bonheur des citoyens dans le monde.

Le World Happiness Report de 2019, une étude commandée par les Nations unies donc, dresse le classement des pays où les populations sont les plus heureuses au monde. Regroupant 156 pays, la Finlande, suivi du Danemark et de la Norvège sont les trois pays les plus heureux au monde. Le Japon est bien loin de ces pays nordiques où la protection sociale constitue une norme et l’une des principales différences par rapport à l’archipel. À titre de comparaison, cinq des premiers pays sont nordiques, les États-Unis sont 19e, le Japon 58e et la Chine 90e. La France est, elle, 23e.

Quels sont les critères de cette étude ?

Ce classement a pu être mesuré avec six facteurs. Le revenu, l’espérance de vie en bonne santé, le soutien social, les libertés, la perception de la corruption, la générosité et les émotions positives ressenties quotidiennement, tout comme les émotions négatives ressenties quotidiennement. Pour comprendre les résultats navrants du Japon, il faut savoir que même avec la société vieillissante et donc une espérance de vie qui se classe deuxième, le pays affiche des scores bien moindres dans plusieurs autres catégories. Par exemple, les libertés ne sont que 64e parmi l’ensemble des pays du classement, et la générosité n’est que 90e. Le PIB par habitant est relativement moyen, il se classe au 24e rang. Bien plus haut par le passé, cela illustre parfaitement le déclin de l’économie japonaise dans les foyers.

Globalement, on peut dire qu’après 2018, le niveau du bonheur au Japon continue de baisser. Sur les 132 pays de cette étude, le niveau de bonheur a globalement augmenté dans 78 pays, surtout sur les périodes 2005 – 2008, et 2016 – 2018. Durant ces périodes-là, le niveau de bonheur au Japon a constamment baissé. Mais plusieurs pays font pire, comme le Venezuela à cause de sa récente guerre civile, et également la Syrie, déchirée par des affrontements depuis plusieurs années.

130742 - Même si la durée de vie augmente, les Japonais sont de moins en moins heureux, d'après ce rapport de l'ONU
Classement du bonheur dans les pays – © Nippon.com

Que penser de ces résultats ?

Prospérité et bonheur ne sont pas synonymes. Pour un pays avec son niveau de développement, le Japon est terriblement malheureux. Également, un préambule de ce rapport a souligné un lien direct entre le bonheur individuel d’une personne et le niveau d’égalité sociale dans le pays. Bingo, puisque le Japon est de plus en plus une société inégale. Les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent. En bref, les richesses se concentrent dans de moins en moins de mains. Vous pouvez aussi cumuler à cela le fardeau démographique du Japon, à savoir le vieillissement de la population, et vous débouchez sur une jeunesse constamment sous pression. Un sondage mené par le gouvernement avait demandé aux jeunes Japonais s’ils pensaient avoir un avenir brillant : seulement moins de 30 % répondaient que oui. À titre de comparaison, une question similaire en France avait donné 40 % de réponses positives, 70 % en Allemagne ou en Suède.

Comme nous l’avons dit, ce poids psychologique commence durant la jeunesse. Les jeunes Japonais sont dès l’enfance plongés dans une société d’hyperconscience qui impose des réalités quotidiennes dures. Psychologiquement, vous êtes dès l’école sous pression du résultat et du progrès, des délais et des sacrifices. Par la suite vient très vite se greffer une pression financière, et le tout mène logiquement à des sacrifices qui peuvent laisser des séquelles. Sacrifices sur la vie familiale et la vie sociale. Aujourd’hui, la constitution japonaise définit la recherche du bonheur comme un droit (Article 13).

Mais le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe souhaite la réformer et mettre l’accent sur le patriotisme, avant le bonheur. En clair, les objectifs nationaux passeraient avant les objectifs individuels. Une notion vieille de plus d’un siècle, que les Américains avait tenté d’effacer lorsqu’ils ont rédigé la constitution post Seconde Guerre mondiale. Mais demandons-nous alors si lorsque des personnes malheureuses comme le sont les Japonais deviennent des patriotes par défaut, est-ce que cela accouchera vraiment d’une paix plus stable ou d’un lendemain plus heureux ? Difficile de le penser à la vue de l’histoire du Japon impérial.

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Je vous propose également ce documentaire fascinant illustrant le lien entre les Japonais et le travail, réalisé par Arte.


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