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Au Japon, il existe un discret, mais néanmoins important business autour de la mort. Le « Kudokushi » est le terme qui désigne le décès d’une personne isolée, qui passe par la même occasion totalement inaperçue. Aujourd’hui, nous souhaitons mettre en lumière toute cette industrie qui est née autour du nettoyage d’appartement et de la revente de l’électroménager de ces seniors.

Qu’est ce que ce phénomène ?

Malheureusement, le Japon est un pays où la solitude règne et domine dans plusieurs catégories de la population. Il n’est pas rare que des personnes, complètement en marge de la société, décèdent et ne soient retrouvées que plusieurs mois après le drame. Il est vrai que l’odeur d’un corps en décomposition est extrêmement puissante, et que le voisinage, dans la plupart des cas, devrait se poser des questions et avoir le réflexe d’alerter les autorités. Mais avec le froid et le climat très venteux de certaines régions, elle peut être parfois masquée, et ce pendant un laps de temps non négligeable.

Dans ce genre d’affaires, les personnes décédées n’ont plus de famille, plus de collègues, et plus d’amis. Il faut également additionner à ce triste portrait le fait de ne pas avoir de voisinage… Cela concernerait plus de 30 000 cas par an dans le pays, selon la NLI Research Institute.

Depuis, pour répondre à cette demande de nettoyage d’appartement, de multiples sociétés ont émergé, et proposent alors leurs services. D’ailleurs, souvent, il n’est pas rare que des animaux meurent également, peu de temps après le décès de leur propriétaire. Que ce soit des chiens ou des chats, personne ne vient les aider, les nourrir, et faire leur hygiène. Ce sont des victimes collatérales, et c’est tristement logique.

tokyo 219418 1280 - L'industrie de la mort au Japon : Quand des milliers de personnes meurent dans la solitude, d'autres en tirent profit

Comment se déroule ce genre d’intervention ?

Généralement, il faut savoir que les sociétés qui s’occupent de nettoyer l’appartement ne sont pas celles qui découvrent le cadavre. Pour ce qui est du corps, c’est très fréquemment la police, alertée par le voisinage (au bout d’un moment). Egalement, le propriétaire des lieux peut être le lanceur d’alerte, quand un retard de loyer trop important l’interpelle.

Aujourd’hui, environ 4000 entreprises de nettoyage se partagent, cette industrie sur l’archipel. Elles sont souvent appelées par des proches, qui n’ont toutefois généralement aucun contact avec le défunt depuis des décennies. D’ailleurs, cette situation est très triste, puisque les sociétés expliquent que bien souvent, elles sont appelées par des membres très éloignés de la famille qui sont traumatisés du fait que personne ne souhaite s’occuper du décès , laissé-pour-compte.

Mais dans un tiers des cas, ce sont les autorités locales, ou encore le propriétaire de l’immeuble de l’appartement qui vont devoir s’occuper de financer le nettoyage. Ce “ménage” complet coûte cher : au Japon, les tarifs vont de 300 000 à 500 000 yens, ce qui représente environ 2400 à 4000 euros.

Quand les sociétés de nettoyage pénètrent dans l’appartement, les fenêtres sont ouvertes, les traces du cadavre et de l’occupant sont nettoyées, et l’essentiel du mobilier est rangé dans des cartons adaptés.

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Que deviennent ces meubles ?

Papier, cartons, vieux draps, futons ou encore cahiers, les entreprises essayent de recycler au maximum. Évidemment, comme ce sont des gens morts qui n’ont aucun lien ou presque, il n’est pas possible de faire hériter de ce mobilier, ou de biens précieux, à des proches.

D’ailleurs, ces derniers, si il y en a, se masquent très souvent afin de ne pas payer le prix du nettoyage. Ainsi, tout ce qui est téléviseur, cuiseur à riz, micro-onde, bouilloire, station radio, sont généralement rapportés dans l’une des sociétés au Japon qui s’occupe des produits d’occasions.

Généralement, ces entreprises ne revendent pas le mobilier directement sur l’archipel. Au contraire, ces marchés envoient des containers d’appareils électroménagers pleins, en direction de l’Asie du Sud-Est. Le Cambodge, les Philippines ou le Vietnam sont des pays très friands de ce genre de produits usés, mais néanmoins toujours fonctionnels. En ce qui concerne les vêtements des personnes décédées, ils sont aussi recyclés et mis à disposition des plus démunis, ou des pays demandeurs.

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Que penser à l’avenir ?

Malheureusement, on peut logiquement penser que ce business est florissant. Le vieillissement accéléré de la population japonaise va multiplier les cas de ce genre. Dans le même temps, les valeurs traditionnelles s’effritent de plus en plus : auparavant, les familles étaient systématiquement sacrées, et la charge de l’ancien était un devoir pour tout le monde. Aujourd’hui, les choses ont changé. Les Japonais ne sont plus aussi attentifs aux aînés, et le nombre de foyers constitués d’une seule personne a doublé depuis les années 80. Il est aujourd’hui de 34 % et cette proportion dépassera les 40 % d’ici 2040.

Actuellement, il existe des millions de personnes, femmes et hommes âgés, qui vivent dans la solitude totale. Certains vont même jusqu’à préférer la prison à cette dernière. Également, une personne sur 4 de plus de 50 ans vit seule. En plus de l’évolution de la société et des mœurs, l’explication d’une telle tragédie peut se trouver dans le contexte économique des années 90. La bulle économique japonaise avait alors explosé. Beaucoup de personnes avaient, à l’époque, estimé que ce n’était pas possible de prendre en charge une famille, ou du moins de l’entretenir. De plus, aujourd’hui, il y a énormément de femmes qui sont indépendantes, et qui estiment qu’elles n’ont plus besoin de se marier pour subsister, comme c’était le cas il n’y a pas si longtemps.

Pour finir, en plus de tout cela, le travail est un domaine vers lequel le Japon ne s’améliore pas tellement. Il y a de moins en moins de congés, les heures supplémentaires s’additionnent sans êtres rémunérées, et la société s’enhardie de plus en plus. Tisser des liens sociaux est devenu une mission complexe. Et selon une étude du gouvernement, aujourd’hui, un homme de plus de 60 ans sur six déclare ne parler à un proche qu’une fois toutes les deux semaines…

Documentaire (en anglais) fascinant sur ce phénomène

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