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Après avoir rapidement dressé le portrait des trois empereurs qui ont été à l’origine du Japon de la fin du XIXe et du XXe siècle, nous allons aujourd’hui aborder la période qui s’échelonne de 1872 à 1904. Elle se traduit dans les faits par le véritable début d’une puissance impérialiste japonaise qui va peu à peu se faire une place majeure parmi les plus grandes du monde.

1872 – 1904 : Les premières conquêtes japonaises

Avant de commencer les conquêtes, les dirigeants de Meiji vont avoir comme principal objectif d’obtenir une égalité totale (au moins dans la considération) avec l’Occident et ses grandes puissances. La première des positions qu’ils vont adopter est une réforme de plusieurs traités, afin de mettre fin à l’ensemble des inégalités à la fois judiciaires, économiques, et militaires qui découlent des nombreuses signatures du passé.

Ainsi, dès 1871, la mission Iwakura vise à se rendre aux États-Unis et en Europe afin de renégocier tous les traités. Du côté européen, les puissances insistent sur le fait que les institutions juridiques japonaises ne sont pas réformées selon les mêmes principes européens et américains, et qu’il est impossible de parvenir à des accords équivalents. C’est ainsi que les différents efforts pour parvenir à un compromis sont rejetés dans les années 1880, et il faudra attendre 1894 pour que le règlement conventionnel relatif aux questions d’extraterritorialité soit officiellement modifié.

img 0 e1512960036410 - Histoire complète du Japon impérial – Deuxième partie
La Mission Iwakura

Les Japonais commenceront leur expansion agressive en s’attaquant à l’archipel Ryukyu, qui se situe entre Kyushu, la plus méridionale des quatre îles principales japonaises, et Taïwan. Il ne faudra que sept ans au Japon pour mener ce conflit et conquérir ces territoires, de 1872 à 1879 donc. Techniquement, ce petit royaume, qui était auparavant indépendant, sera très vite annexé au Japon, en dépit des contestations chinoises. Aujourd’hui encore, il fait toujours partie de la province d’Okinawa.

Par la suite, les Japonais vont patienter cinq ans, avant de se relancer dans une nouvelle conquête militaire. Pendant cette légère éclipse, de plus en plus de partis nationalistes japonais (et même certains libéraux) vont appeler avec insistance à mettre en place une politique d’expansion agressive à l’étranger. Des archives nous montrent que les dirigeants de Meiji, à l’époque, avaient refusé cette proposition et œuvraient pour la paix.

Afin de bien comprendre les raisons qui poussent le Japon à entrer en guerre contre la Chine, il convient de rappeler le contexte de l’époque. Depuis des siècles, la Chine considère la Corée comme un état tributaire. Dans les faits, ce n’est plus tellement le cas (même si une grosse influence persiste), mais la tradition conservatrice chinoise demeure dans les esprits. De plus en plus préoccupée par l’influence japonaise grandissante dans la péninsule de la Corée, différents incidents surviennent en 1882 et en 1884. Pour la plupart, ce sont des affronts diplomatiques qui seront réglés par des compromis entre les deux pays. Un an plus tard, en 1885, le Japon et la Chine parviennent à s’entendre sur le fait de ne pas envoyer des troupes en Corée sans en informer préalablement l’autre.

Mais alors que la rébellion a été écrasée, aucun des deux camps ne se retire. Pour cette raison, la première guerre sino-japonaise éclate officiellement, en juillet 1894. Très rapidement, les forces japonaises s’avèrent supérieures, que ce soit sur la terre ou sur les mers. En perdant la majeure partie de sa flotte du nord, la Chine s’engage à obtenir un traité de paix que nous détaillerons ci-dessous.

itoh sukeyuki - Histoire complète du Japon impérial – Deuxième partie
Itō Sukeyuki, l’amiral en chef de l’armée japonaise

Les armées japonaises vont envahir toute la Corée, puis commencer à pénétrer dans le territoire chinois. Le Liadong est le premier morceau de la Chine que les Japonais vont attaquer, et ils chercheront même à s’y installer durablement. En avril 1895, les Japonais vont forcer la Chine à lui céder ce territoire et un bout de la Mandchourie, mais également l’enclave de Port Arthur, très stratégique géographiquement parlant. Taïwan et d’autres petites îles seront également cédées au Japon, dans le traité de Shimonoseki.

Japan China Peace Treaty 17 April 1895 - Histoire complète du Japon impérial – Deuxième partie
Le traité de paix de 1895

Face à une telle expansion agressive d’un pays qui était alors assez peu connu en Europe, les puissances occidentales ne vont pas tarder à réagir. Tout d’abord, la Russie, qui était aux portes de la Corée et de la Chine, et qui souhaite également conquérir de nouveaux territoires, a cherché à créer un pacte militaire avec la France et l’Allemagne, dans le but de demander au Japon de rendre ces territoires qu’il vient de conquérir. Et là, le Japon accepte, tout en exigeant une grosse indemnité financière, qu’il obtiendra.

Mais très avides de conquête, les dirigeants japonais vont pouvoir compter sur un allié pour le moins inattendu. L’Angleterre, en effet cherche à combattre la Russie par tous les moyens possibles, et voit notamment d’un très mauvais œil la construction d’un transsibérien en Chine. Pour réagir à cette décision, l’Angleterre va signer un traité avec le Japon, et lui confie un support sérieux pour contrer “l’influence des Russes” dans la région. Avec l’aide anglaise, le Japon va entrer en guerre contre la Russie, et reprendre tous les territoires précédemment conquis : toute la Corée repasse sous domination japonaise, mais également le sud de l’île de Sakhaline qui était russe, et le Liao-dong, la région chinoise.

Japanese soldiers of the Sino Japanese War 1895 - Histoire complète du Japon impérial – Deuxième partie
Soldats japonais durant la première guerre sino-japonaise

À partir de cet instant, les Japonais se sont engagés dans une phase de conquête qui ne s’arrêtera que bien plus tard dans l’histoire. À cette époque, l’archipel nippon avait déjà mis la main sur des tas de ressources de toutes sortes, et des richesses qui conforteront la population japonaise dans l’idée de poursuivre les efforts.

Dans une troisième partie, nous aborderons la guerre Russo – japonaise, un des éléments fondateurs de la puissance impériale japonaise au XXe siècle.


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