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La geisha (geiko) au Japon – Def, kimono, maquillage…

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Au Japon, la Geisha représente un véritable symbole national, connu de tous et qui s’est, depuis quelques années, exporté aux quatre coins du globe. Suscitant la fascination depuis des siècles, ces artistes en divertissement et en spectacle de la culture japonaise font partie du raffinement associé aux pays du soleil levant. À travers cet article, nous vous proposons d’en savoir plus sur les geishas, et ce sous 5 prismes.

1 — Une geisha, qu’est-ce que c’est ?

Une geisha (芸者), aussi appelée geiko (芸子/芸妓) ou encore geigi (芸妓) est une artiste et une dame de compagnie, qui consacre sa vie à la pratique artistique raffinée des arts traditionnels nippons. Elle a pour mission de remplir des tâches liées au divertissement et à l’accompagnement, pour une clientèle très aisée. Ce sont donc des artistes extrêmement talentueux, qui se basent sur une formation exceptionnelle, fruit de plusieurs années de dur labeur. Une geisha est aujourd’hui élevée au rang de véritable. L’apprenti geisha se nomme maiko.

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Elle a ainsi plusieurs cordes à son arc : danseuse, joueuse de shamisen (un instrument de musique traditionnel nippon), chanteuse, connaissances appuyées des arts traditionnels japonais. En bref, elle incarne le comble du raffinement, et dans une certaine mesure elle apparait comme ultime gardienne d’une culture ancestrale s’évanouissant progressivement sous le poids des années.

Contrairement à ce qui est pensé par certains occidentaux, une geisha n’est pas une prostituée. Il a fallu plusieurs officialisations des gouvernements nippons, le premier débutant en 1779, pour définitivement clore le débat. Celui-ci indiquait par exemple que seules les prostituées patentées avaient le droit d’avoir des relations sexuelles avec leurs clients, et non les geishas. Dans l’ensemble, le métier est extrêmement codifié, et les services sexuels ne sont pas répandus. D’ailleurs, en 1842, la réforme Tenpo proscrit totalement la prostitution, et de nombreux quartiers ou établissements de plaisir sont priés de fermer. Si certains rouvrent dès 1851, les Japonais ont conscience de la différence entre une prostituée et une geisha.

Il faut cependant admettre qu’à une certaine époque, il était possible d’obtenir des faveurs sexuelles de la part d’une geisha. Cela se vérifiait particulièrement dans les établissements de moindre qualité, de moindre réputation. La virginité était même mise aux enchères (mizuage), comme le voulait une certaine tradition. Et à l’instar des prostituées, un rite de passage à l’âge adulte était célébrée.

Quelques anecdotes relatives aux geishas des villes thermales japonaises (onsen) sont notamment relatées : le « jeu de la petite rivière » consistait pour les danseuses à relever progressivement leur kimono, comme si elle traversait une rivière de plus en plus profonde. Cette pratique a aujourd’hui disparu, mais elle est reprise de manière mal intentionnelle par certaines prostituées maquiller en geisha. Les principales cibles sont les touristes étrangers, qui ne font pas systématiquement la différence. C’est pour cela que l’expression « onsen geisha » désigne aujourd’hui ces prostituées se faisant passer pour des geishas.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, et plus particulièrement lors des deux dernières années, les geishas sont envoyées dans les usines pour travailler et ainsi soutenir l’effort de guerre.

Geiko en démonstration
Une geisha en démonstration

Le métier de geisha a débuté avec l’ouverture des maisons de thé en 1712. Celles-ci étaient concentrées dans certains quartiers de plaisir, et des professions ont été créées pour l’occasion. À l’époque, il s’agissait de personnes pour distraire les clients, les invités, à la manière des bouffons du Moyen Âge en Europe. Il n’est donc pas surprenant d’apprendre que les premières geishas étaient en réalité des hommes, rodés à l’art du divertissement. Officiellement, le métier de geisha est enregistré depuis 1779 de manière officielle.

À l’époque, ils se nommaient « hôkan » (bouffon). Les premiers représentants se trouvaient dans les endroits où le gouvernement avait autorisé la prostitution. À la manière des bardes européens, il servait à animer des événements par des conversations légères, quelques tours amusants et des chansons. En 1751, la première femme geisha de profession est apparue. Rapidement, le métier s’est féminisé : en 1780, il y avait déjà beaucoup plus de femmes que d’hommes, et en 1800 le terme ne servait qu’à désigner les femmes.

Le métier de geisha n’a pas d’équivalent dans la culture occidentale. Pour le dépeindre et le comprendre pleinement, une déconnexion est nécessaire. Certaines adaptations européennes, comme le célèbre film Mémoires d’une Geisha ou les «  boules de geisha » sont maladroites. L’approximation dans l’approche de cette partie importante de la culture nipponne a entraîné de de nombreuses déformations culturelles.

2 — Combien de geishas aujourd’hui ? 

Jusqu’au début du XXe siècle, les geishas étaient considérées comme à la pointe de la mode au Japon. Pour cette raison, quand le pays du soleil levant s’est ouvert au monde, et plus particulièrement au XXe siècle, certaines geishas avaient adopté le style vestimentaire à l’occidentale. En quelque sorte, elles représentaient la boussole qui aiguillait la mode d’une société japonaise contemporaine encore à ses balbutiements.

À partir de 1800, toutes les geishas étaient des femmes, et l’officialisation du métier est datée à 1779. Il y avait quelques milliers de geishas, un chiffre qui a depuis largement diminué. En 1965, on dénombrait à Kyoto 65 maikos, 28 en 1975. Fort heureusement, il est par la suite remonté à 60 dans les années 1990, une moyenne qui se stabilise au cours des dernières années. Ces précédentes années, une centaine de maiko ont été recensées, ce qui est probablement dû au regain d’attractivité pour la profession, permis avec les nouveaux médias qui l’introduisent au grand public.

La majorité se situe à Kyoto, une ville traditionnelle. C’est dans cette dernière que les premières représentantes ont fait leur apparition, il y a de cela plusieurs siècles. Véritable symbole touristique, des milliers d’étrangers souhaitent, chaque année, immortaliser leur visite avec un selfie comprenant une geisha. Même si elles sont habituées à cette nouvelle activité florissante dans la région, il est important de garder à l’esprit que ce ne sont pas des bêtes de foire, et que le respect doit toujours prédominer.

 3 — Une profession onéreuse ? 

 À l’époque comme aujourd’hui, recevoir les services d’une geisha coûte très cher. D’ailleurs, il y a plusieurs siècles, il ne suffisait pas d’être fortuné pour obtenir ce que l’on souhaitait. Clients ou seigneurs locaux, il convenait d’être recommandé, introduit par des relations influentes.

La geisha offre donc des services. Pourtant, il est nécessaire de remarquer qu’elles ne sont pas nécessairement soumises. En théorie, elles ont le contrôle de leurs prestations, de leurs performances et des services. À tout moment, elles ont le choix d’interrompre la cérémonie.

Le lieu de rencontre majeur est la maison de thé. De nos jours, leurs services sont principalement demandés par des hommes d’affaires, des politiques, ou encore de riches particuliers. Mais les touristes ont, depuis plusieurs années, l’occasion de découvrir une partie de cette culture ancestrale, en particulier à travers des cérémonies du thé, des spectacles, à des tarifs relativement abordables. On note donc une certaine démocratisation de la profession, obligatoire, selon certains, pour continuer d’exister.

Quand il est question de louer les services d’une geisha, tout est facturé : le temps de présence, la diversité des services obtenus, mais également les repas, les boissons consommées, n’importe quelle dépense est pris en compte. On ne paie jamais sur place, la facture étant de toute manière bien trop excessive.

Aujourd’hui, le métier de geisha se rapproche davantage à une femme d’affaires qu’à une femme soumise se livrant à diverses prestations. Au fil de l’histoire, le métier a d’ailleurs progressivement résonné comme une prise d’indépendance des femmes sur la société. En optant pour cette voie, une Japonaise obtenait du pouvoir, de l’influence de l’argent. Elle n’avait pas non plus l’obligation d’interrompre sa carrière pour se consacrer à son foyer à plein temps.

4 — L’apparence d’une geisha

Critère tout aussi important, l’apparence est véritablement fondatrice dans la considération d’une geisha. Traditionnellement, le revêtement se compose d’un kimono de soie, décolleté dans le dos, que l’on surnomme parfois obebe. Celui-ci varie en fonction des saisons, en fonction de l’âge de la porteuse. À titre d’exemple, les jeunes femmes s’orientent davantage vers des couleurs vives, les geishas de plus de 30 ans choisissent des couleurs plus discrètes. La matière s’adapte aussi à la saison, avec une simple gaze de soie en été, puis un vêtement doublé de crêpe en hiver.

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Une ancienne geisha

D’ailleurs, la large ceinture de soie, que l’on surnomme obi fait l’objet d’une préparation très importante. Tout comme pour le kimono, il varie en fonction de l’âge, et se porte différemment. Pour les jeunes apprentis, les maikos, il remonte jusqu’aux omoplates, et descend en effleurant le sol. Pour y arriver, il faut plier l’ensemble, qui se mesure en plusieurs mètres, directement dans le dos, et nécessite une aide extérieure. Contrairement à une prostituée, le obi est un élément propre à la geisha, qui la différencie des autres professions du divertissement.

Emblématique, le kimono fait également l’objet d’un savoir-faire exceptionnel : ils sont tous fabriqués et peints à la main, ce qui explique leur prix dépassant fréquemment 5000 €. Pour l’anecdote, les kimonos que portent les geishas sont tous de la même taille. Ainsi, il convient de faire quelques retouches, pour s’adapter parfaitement à la taille de la porteuse.

Une geisha n’a pas de sous-vêtement contemporain comme une culotte, mais un couvre-hanches, appelé koshimaki. Celui-ci se présente sous la forme d’une bande de tissus fins, qui est enroulé autour des hanches. Par-dessus, une combinaison dont les couleurs doivent impérativement s’harmoniser avec le kimono.

Enfin, concernant les pieds, les geishas portent ici des chaussettes tabi avec des sandales de bois (geta). 

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Geisha à Kyoto

Nous en venons alors au maquillage : quand une maiko porte un rouge à lèvres uniquement appliqué à la lèvre inférieure, une geisha a les lèvres entièrement teintes. Cette distinction permet de différencier simplement l’expérience entre deux femmes. Le visage, lui, est entièrement fardé de blanc. Pour bonifier sa durée, une couche d’huile spéciale est employée. Contrairement à jadis où le maquillage contenait du plomb, ce qui occasionnait ensuite des problèmes de peau, la recette a quelque peu changé. Tout comme la tête, la nuque est maquillée de blanc. Ce n’est pas tout, puisque les sourcils, le contour des yeux et d’autres éléments physiques peuvent être tracés avec un bâtonnet de charbon, à la manière traditionnelle. La préparation peut durer plusieurs heures.

À noter : plus une geisha vieillit, moins elle applique de maquillage. En outre, les représentantes qui ont plus de 30 ans n’en portent quasiment plus au quotidien, mais bien seulement lors des occasions particulières.

Pour finir sur l’apparence des geishas, il est nécessaire de parler des coiffures. Ici, il est question de chignon traditionnel japonais, tiré à l’arrière. La réalisation appartient désormais au coiffeur, qui l’effectue chaque début de semaine. Elles leur est donc impossible de dormir, sans un repose-nuque spécial, nommé takamakura. Puisque ces chignons tirent énormément sur le cuir chevelu, beaucoup d’anciennes geishas ont une calvitie. Aujourd’hui, ce phénomène est de moins en moins important, du fait que certaines utilisent dorénavant des perruques, quand d’autres commencent leur activité bien plus tard.

5 – Le danna, protecteur de la geisha

Chaque geisha bénéficie d’un protecteur financier. Il est caractérisé par le mot « danna« , qui signifie également « mari ». Cette profession a parallèlement évolué au fil du temps. Autrefois, il s’agissait d’un riche propriétaire, s’appuyant régulièrement sur une forte influence politique. Le haut statut social et la richesse pouvait en effet compenser l’entretien onéreux d’une geisha. La relation avec cette dernière était horizontale, puisqu’il était un client.

C’est la patronne de l’établissement auquel appartient la geisha qui peut conclure l’accord avec ce « danna ». En échange d’une rente mensuelle, d’une protection et de nombreuses offrandes, l’homme reçoit les droits de la geisha. En retour, la geisha de lui offrir la priorité sur les autres clients et il est nécessaire qu’il donne son accord pour toute décision importante. Par exemple, si l’un des autres clients souhaite inviter la geisha en dehors du cadre professionnel, il sera averti. Le choix incombe.

Il s’agit là d’un arrangement verbal, qui peut tout à fait être résorbé. Jusqu’au XXe siècle, presque toutes les geishas se devaient d’avoir un danna pour pallier aux dépenses quotidiennes. Rappelons que les pourboires laissés par les clients ne suffisaient pas. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, seule une geisha sur cinq bénéficie d’un protecteur.

Du point de vue de l’engagement, une évolution est observable. Auparavant, la geisha est la concubine de son danna. Dorénavant, seule la fonction de protection demeure, en échange de certaines priorités. Les rapports sexuels ne sont plus obligatoires, et la vie privée de la geisha est relativement protégée. Elle a le choix.

6 — Quelques particularités des geishas

Durant l’ère Heian (794- 1185), les geishas se teignaient les dents. Cette pratique, connue sous le nom de « ohaguro« , que l’on traduit par « dents noires » s’étendait également aux femmes mariées. On ne sait pas exactement pourquoi les femmes avaient entrepris cette curieuse pratique. La théorie qui revient le plus et que cela permettait de se différencier des animaux. La pratique a peu à peu disparu au fur et à mesure que le Japon s’est ouvert à l’Occident : elle a choqué les étrangers, puis a été interdit par les gouvernements du Japon. Pour ne pas oublier cette coutume ancestrale, les maikos de Kyoto se noircissent les dents à l’occasion du Sakkô. Il s’agit d’une période de plusieurs semaines qui ponctue leur carrière.

Une geisha doit impérativement rembourser les frais de formation qu’elle accumule pendant les années. Pour cette raison, son métier ne lui rapporte aucun pécule durant les premières années, la plupart du temps, aujourd’hui comme autrefois. Par la suite, elles ont le choix de continuer au sein de l’établissement, ou bien de se lancer dans une activité autonome. Mais si elles adoptent cette dernière option, elles doivent assumer des coûts exorbitants en matière de costume, d’habillement et d’organisation.

À l’inverse d’il y a plusieurs siècles, les geishas n’entrent aujourd’hui plus dans les maisons spécialisées dès leur enfance, pour subvenir aux besoins familiaux. Il s’agit aujourd’hui d’un choix entièrement autonome et volontaire, qui se fait à 17 ou 18 ans. Cependant, l’apprentissage s’étend sur plusieurs années, et il demeure complexe.

Selon la geisha Mineko Iwasaki, une geisha doit avoir la délicatesse d’une fleur ainsi que la force et la souplesse d’un saule. Si elles sont contraintes d’avoir des connaissances sur une grande multitude de sujets artistiques et culturels, certaines peuvent se spécialiser dans la danse, ou encore dans le jeu d’un instrument à vent ou de percussions.

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