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De nouveaux documents historiques mettent en évidence le rôle du gouvernement japonais dans le commerce d’esclaves sexuels, durant la Seconde Guerre mondiale

Ce n’est un secret pour personne, sauf pour, peut-être, quelques Japonais réfractaires et négationnistes aujourd’hui. L’armée impériale japonaise a, pendant la Seconde Guerre mondiale, été responsable d’un commerce d’esclaves sexuels à travers toute l’Asie. De nouveaux documents viennent à présent nous apporter davantage d’explications, et l’on peut remercier le service de Kyodo News pour avoir décortiqué l’ensemble ces informations.

Des documents déclassifiés japonais importants

Au total, ce sont 23 documents qui ont été rassemblés par le secrétariat du cabinet du Japon, entre avril 2017 et mars 2019. Des fichiers jusqu’alors classifiés, qui ont concerné des régions aujourd’hui majeures comme la Chine, la Corée ou d’autres pays du sud-est asiatiques. Présent au cœur de l’actualité depuis une décennie, mais génériquement depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la question des esclaves sexuels est l’origine de douloureux différends entre le Japon et ses anciennes colonies. On pense immédiatement à la Corée, mais Taiwan, l’Australie, les Philippines sont également concernées.

Il faut remonter à 1993, pour que le chef du cabinet japonais, parallèlement porte-parole du gouvernement, s’excuse pour ce système des « femmes de réconfort ». Il avait alors reconnu l’implication de l’armée japonaise, dans cette prise d’otages de femmes, utilisées à des fins totalement sexuelles et contre leur volonté. À l’époque, il s’agissait d’un véritable raz-de-marée médiatique au Japon et ailleurs, plus de 40 ans après le début des faits.

Les nouveaux rapports qui ont été analysés s’intéressent à une dépêche du consul général de Jinan, adressée au ministre des Affaires étrangères de l’époque. Il avait alors déclaré que l’invasion japonaise avait provoqué une flambée de prostitution dans la région, avec environ 400 femmes de réconfort. « Au moins 500 femmes de réconfort doivent être concentrées ici avant la fin avril ». On comprend donc toute l’implication du système japonais, de l’armée aux politiques. Ces 500 femmes, qui seront probablement sélectionnées au sein de la population coréenne, sont destinées à servir sexuellement, et contre leur gré, les soldats de l’armée impériale japonaise.

La « volonté » des femmes de réconfort, illustrée par ces documents

Cependant, on note également que certaines sont désignées par le terme « geisha », qui, par définition, ne concerne pas des prostituées. Certains Japonais estiment (encore aujourd’hui) que ces dernières auraient pu faire le choix de venir seules, contrairement aux « femmes de réconfort », contraintes. Une vision qui nous apparait toutefois très incertaine.

D’autres documents évoquent le fait qu’une femme doive « héberger » 70 soldats à elle seule. La marine japonaise avait, elle, demandé 150 femmes de réconfort et geishas supplémentaires, ce qui va toujours dans le sens d’un commerce répandu et largement accepté par l’ensemble de l’armée nippone. Rappelons que le nombre d’esclaves sexuels n’est pas établi. Les historiens se confrontent régulièrement sur les chiffres avancés, mais il est globalement admis que des dizaines de milliers de femmes étaient concernées. De par une sélection, le but était d’empêcher les soldats de se rendre dans les maisons de prostitution, de propager des maladies également de limiter des viols. Pourtant, ces femmes étaient contraintes de force, et dans les faits, il s’agissait tout de même de viols.

La Corée du Sud, elle, continue de demander des excuses plus approfondies. Parallèlement, des poursuites pénales, judiciaires et financières sont en cours depuis Séoul. Au Japon, la colonisation et les antécédents de guerre continuent de peser lourdement avec ses voisins asiatiques, et certains persévèrent à nier tous ces faits. D’autres admettent, mais estiment que cela ne concernait que l’armée, seulement quelques officiels qui auraient dérogé à la règle. Pourtant, la mise en lumière de ces nouveaux documents prouve toute la responsabilité du gouvernement japonais.